Panorama de l'édition en Italie : bibliothèques, ebook, droits étrangers

Nicolas Gary - 12.12.2016

Edition - Economie - marché édition Italie - Più libri più liberi - Rome éditeurs professionnels


Chaque année, la campagne italienne Più libri più liberi offre à l’édition un éclairage spécifique sur le marché. Ainsi, de grandes thématiques ont été évoquées au cours des quatre journées organisées au Palazzo dei Congressi, de Rome. Réunissant les professionnels, petite, grande et moyenne édition, ces journées furent riches d’échanges. 

 

 

 

Più libri più liberi a été lancé voilà quinze ans avec pour mission de réunir les professionnels du livre – mais également confronter les regards internationaux. Ces Assises interprofessionnelles réunissent chaque année plus de 50.000 visiteurs dans la capitale italienne.      

 

Après la communication de résultats encourageants pour le marché italien, lors de la Foire du livre de Francfort, l’édition italienne se recentre sur son marché... pour souligner la force de l’exportation de droits. « Dans les prochains mois, sera présentée une nouvelle mesure de l’Union européenne pour encourager les programmes pluriannuels d’aides aux traductions », indique l’AIE, association italienne des éditeurs. 

 

Ce volet est particulièrement mis en avant parce que l’AIE a été chargée par l’Europe de piloter le programme Aldus, de mise en relation des foires et salon du livre au niveau européen. À ce titre, rappelons que des financements à la hauteur de 400.000 € existent pour soutenir les éditeurs dans leur volonté d’exportation. 

 

La petite édition, un moteur

 

Antonio Monaco, président du groupe des petites maisons à l’AIE, soulignait : « En période de crise, les petits éditeurs savent faire la différence, par la qualité. » Et clairement, les résultats financiers indiquent que l’édition indépendante s’inscrit dans une perspective de longue haleine. Représentant 16 millions € de chiffre d’affaires, toutes les petites maisons affichent des résultats en hausse.

 

Sur les dix premiers mois de l’année 2016, elles indiquent + 0,2 % en valeur, en dépit d’un recul de 3,2 % en volume, selon les données de Nielsen. Cependant, ces résultats intègrent toutes les surfaces de vente. Si l’on enlève les résultats des grandes chaînes, une autre valeur se révèle : + 1,9 % en valeur et recul de 0,8 % en volume. En clair, les chaînes souffrent plus que les autres revendeurs, suffisamment pour influencer le marché.

 

En se penchant spécifiquement sur les petits éditeurs, les résultats sont plus éloquents encore : + 7,6 % en valeur et + 5,9 % en volume. Des résultats importants, et des secteurs éditoriaux très spécifiques : la fiction italienne pour les jeunes est en forte croissance, de même que les ventes à l’étranger. Même la non-fiction présente des données dans le vert – en valeur + 7,9 % et en volume + 9 %.

 

« En Italie, les lecteurs ne se développent pas, mais mûrissent, affirmant leurs goûts et leurs choix », poursuit Antonio Monaco. Et les petits éditeurs sont le fer de lance du marché : « Ils savent dénicher de nouveaux secteurs, des formules, des capacités et des niches innovantes. Aussi, aujourd’hui, ils savent comment appréhender le marché, mieux que les grands éditeurs, et présentent une croissance supérieure à la moyenne du marché. » 

 

S’affirmer à l’international 

 

Les études menées par le bureau de l’AIE montraient déjà, lors de Francfort, que les droits de 6229 titres avaient été commercialisés à l’international, soit 5,3 % de mieux qu’en 2015. Et ce, principalement sur le secteur jeunesse (37,9 %, + 13,5 % par rapport à 2015) et la fiction (35,4 %, +4,3 en regard de 2015). 

 

Les ventes s’effectuent toutefois majoritairement en Europe, qui pèse pour 59,2 % des ventes (+ 23,1 %), mais la plus intéressante croissance est celle du Moyen-Orient, avec 4,3 % des exports, soit + 77,9 % en regard de 2015.

 

 

 

Le développement de la coédition apporte aussi un nouveau souffle : le processus de partage a entraîné 1075 parutions, principalement autour de la littérature jeunesse, 57,7 % et l’illustré, 18,5 %. Gianni Peresson, responsable des études, souligne : « L’Observatoire confirme les tendances de l’édition italienne sur le long terme : une capacité croissante à offrir des auteurs, des gens et une diversité éditoriale aux éditeurs et aux marchés étrangers. »

 

L’autopublication : accepter une réalité commerciale

 

La grande innovation cette année apportée par Più libri più liberi porte sur l’analyse de l’autopublication. En 2015, ce secteur représentait 41,4 % de l’édition numérique dans le pays, soit 25.817 titres, contre 146 en 2010. L’enquête menée propose une photographie impressionnante de cette tendance, et relativement inédite. 

 

La fiction semble majoritaire, avec 50,1 % des ouvrages, une évolution intéressante, en regard de 75,8 % de 2010, quand on parle d’autopublication en papier. Dans le strict format numérique, 56 % de la production relève de la fiction, et la non-fiction pratique est à 16,4 %. 

 

Or, si la production de livres numériques affiche une très forte croissance, les prix ont également connu une forte variation. Avec 5,06 € en moyenne, cela conduirait le marché de l’autoédition, pour 2015, à représenter 17 millions € – il ne s’agit là que d’une estimation toutefois. D’autant plus que l’enquête a exclu le vecteur Kindle Direct Publishing d’Amazon, certainement le leader en matière de commercialisation numérique – et accessoirement d’impression à la demande.  

 

Malgré tout, l’offre d’ebooks autopubliés est un marché qui pèse, économiquement, moins d’un tiers de l’offre numérique des éditeurs. 

 

Bibliothèques, une véritable hémorragie

 

À ce jour, près de 13 millions d’Italiens vivent dans une municipalité sans bibliothèque – sur une population de près de 60 millions d’habitants. Plus précisément, 21,1 % des personnes qui vivent dans une ville de plus de 10.000 habitants n’ont pas de bibliothèque. « Les données nous indiquent qu’il existe une corrélation entre l’absence de librairie et les indicateurs sur la lecture », soulignait Giovanni Peresson.

 

Bien entendu, le sud du pays est plus frappé encore que le nord, avec des pourcentages largement supérieurs. Mais on atteint aussi, dans le nord-est, des données de 20,5 %. 

 

Or, la situation dans les écoles n’est pas vraiment plus brillante : près d’un demi-million d’élèves fréquente des écoles sans bibliothèques scolaires, et 262.000 d’entre eux sont en classe primaire, contre 147.000 en secondaire. En parallèle, 3,5 millions d’élèves ne bénéficient que d’une offre très pauvre dans les espaces de bibliothèques.

 

« Dans les régions métropolitaines et les centres urbains (+ 50.000 hab.), où le tissu des bibliothèques et des services est plus dense et plus solide, la population qui se déclare lectrice de livres est de 51,1 % et 44,4 %, respectivement », note Giovanni Peresson. 

 

Mais dès que l’on franchit la périphérie des zones urbaines, les indicateurs de lecture chutent. « Ce n’est pas un hasard si les plus grandes pertes de lecteurs, au cours des cinq dernières années, ont eu lieu dans les petites villes », poursuit-il. Les données sont éloquentes : - 15,3 % contre une moyenne nationale de - 9,1 %.