Papier/numérique : Les éditeurs italiens réclament une TVA harmonisée

Antoine Oury - 08.10.2014

Edition - Economie - taux de TVA - Italie éditeur - ministre culture


En direct de Francfort : Au tour de l'Italie de réclamer un taux de TVA harmonisé pour le livre papier et le livre numérique. Actuellement, le premier est taxé à 4 %, quand le second accuse le poids d'un taux de 22 %. Une demande qui fait suite à un certain désamour de la population pour la lecture, et une volonté du gouvernement de la réhabiliter. 

 

Dario Franceschini - Frankfurt Buch Fair

Dario Franceschini, ministre de la Culture italien, à Francfort (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Les 4 dernières années du marché ont été noires pour l'édition italienne, qui a profité de la conférence de presse en présence du ministre de la Culture Dario Franceschini pour dévoiler quelques chiffres. Le plus marquant est probablement les 20 % de revenus perdus, pour le secteur global de l'édition. En explication à ce repli sans précédent du marché, les causes habituelles, de la crise économique à la fermeture massive des librairies.

 

Le désamour de la population pour la lecture se matérialise avec un recul de 6,1 % de cette pratique, soit 1,6 million d'Italiens qui ont totalement abandonné l'idée d'ouvrir un livre, en 2013. Concurrence d'Internet, de la télévision, train de vie plus rapide… Les explications sont nombreuses, mais pas toujours prouvées. Par ailleurs, les 3 % de revenus générés par le livre numérique italien ne permettent pas de compenser les pertes, a souligné Marco Polillo, président de l'Association des éditeurs italiens. La croissance du format se poursuit, malgré tout, et devrait atteindre les 5 % pour la fin de l'année.

 

C'est avec un regard sur ce panorama peu avenant que l'Association des éditeurs italiens met en avant la différence de traitement entre le livre numérique et le livre papier. Elle va lancer une campagne en ligne, dotée d'un hashtag, #unlibroeunlibro, et de comptes Facebook et Twitter, pour pousser le gouvernement à prendre position. Elle a reçu, lors de la Foire de Francfort, le soutien du ministre de la Culture italien.

 

Solliciter le gouvernement italien directement

 

Un soutien plus important qu'il n'y paraît, dans la mesure où l'Italie est présidente, pour 6 mois, de l'Union européenne pour le livre. « La France et le Luxembourg ont choisi de risquer la procédure d'infraction, mais je crois qu'il faut porter les discussions au niveau européen », a souligné le ministre. Il portera la question auprès de la Commission fin novembre, en espérant qu'une annonce en sortira avant le 1er janvier 2015, lorsque la TVA sera prélevée selon le pays de l'acheteur, et non le pays de vente. Un désavantage concurrentiel que redoutent grandement les éditeurs.

 

Dans le cas où la Commission ne réagirait par, les éditeurs demandent au gouvernement italien d'agir de son propre chef.

 

La question sera évidemment décidée par le ministère des Finances italien, reste à savoir si elle aboutira à une baisse des prix du livre numérique. Lorsque l'on évoque le désamour pour la lecture et l'achat de livres, prendre en compte le prix ne semble pas inopportun. Le ministre de la Culture a toutefois mis l'accent sur l'école, « avec une présence du livre renforcée dès la maternelle et l'école primaire », et l'opération Amo chi legge, lancée pour les années 2014-2015, qui invite des auteurs pour des lectures collectives dans les établissements. « Donner le sentiment de faire partie d'un événement, d'un mouvement, est particulièrement important », a souligné Dario Franceschini.

 

Le ministre a également évoqué la signature récente d'une directive interdisant la fermeture des bibliothèques historiques suite à une hausse de loyer ou des taxes immobilières. « Nous devons reconnaître leur valeur littéraire », a martelé le ministre, en poste depuis 7 mois. Il a également rappelé son engagement pour la défense « du droit d'auteur, de la création, de la liberté de création et des auteurs, en ce début d'ère numérique ». 

 

Autant dire que l'Association des éditeurs italiens était doublement ravie de l'avoir reçu.