"Parce que je suis une auteure jeunesse, mes livres sont dits 'réservés aux filles'"

Antoine Oury - 03.03.2015

Edition - Société - livres jeunesse genre - Shannon Hale auteure - livre filles ségrégation


L'auteure jeunesse Shannon Hale est particulièrement remontée : une de ses interventions dans un établissement scolaire a été réservée aux élèves filles, sous prétexte que certains de ses ouvrages présentent des princesses sur leur couverture ou dans leur titre. À l'inverse, les écrivains hommes interviennent devant l'école au complet. Mais, plus loin que le traitement réservé aux auteures, elle s'interroge sur les relations hommes femmes que fonde ainsi la société.

 

 

« Ce sexisme est devenu banal. Je fais face en permanence à l'idée que mes livres sont pour les filles.»

 

 

La différence de traitement réservée aux auteures femmes par rapport aux hommes constitue un facteur de révolte pour Shannon Hale, mais la ségrégation introduite entre les élèves filles et garçons lui semble encore un peu plus dangereuse.

 

« Dans mon intervention à l'école, j'ai parlé franchement aux enfants sur cette inégalité : les filles peuvent lire ce qu'elles veulent, mais les garçons ont honte de lire des livres sur des filles. Lors de ma visite, j'ai demandé “Pourquoi pensez-vous que les garçons ont peur de lire un livre titré Princess Academy ?” Un garçon a crié : “Parce que c'est pour les filles !” C'était le même garçon qui avait chuchoté plus tôt qu'il voulait lire un de mes livres, The Princess in Black », a expliqué Hale sur Twitter.

 

Shannon Hale souligne que c'est bien la ségrégation introduite par la société, et non sa volonté d'auteure, qui a séparé son public en deux catégories, filles d'un côté, et garçons de l'autre. « Soyons clairs : je ne parle pas de sujets “pour les filles”. Je ne parle pas de nos différences corporelles. Je ne fais pas une intervention intitulée “Parlons de nos cycles menstruels !” » a précisé l'auteure. Et pourtant, tout est fait comme si elle ne s'adressait qu'aux femmes.

 

 


 


 

Elle s'inquiète des effets de cette ségrégation de genres sur les futurs hommes et femmes, et leurs relations. « Dire aux garçons que les livres “pour filles” ne les concernent pas, que les intervenants féminins n'ont rien à leur dire, leur fait autant de mal qu'aux femmes. Ces garçons vont grandir dans un monde rempli de filles et de femmes. Comment vont-ils s'en sortir ? Interagir ? Créer une relation, personnelle ou dans le cadre d'un travail ? »

 

L'auteure termine en comparant l'industrie de l'édition — son analyse peut s'étendre à celle de la culture tout entière : « Vous imaginez si les musées pour les enfants étaient distingués entre “zone pour garçon” et “zone pour filles” ? Inconcevable ! Pourquoi le faisons-nous avec les livres ? »

 

Trois auteures jeunesse ont manifesté leur soutien à Shannon Hale (publiée en France par Hachette) en apparaissant à la présentation de son livre affublées de fausses moustaches. Peut-être seront-elles entendues par des filles et des garçons, cette fois.

 

(via Galleycat)