Parcourir l'Enfer avec Socrate ou La philosophie à travers ses erreurs

Louis Mallié - 22.04.2014

Edition - International - Dante - Enfer - Claudio Calosi


Achille Varzi, professeur de Logique et de Métaphysique à l'Université de Columbia, et Claudio Casoli, philosophe des sciences à l'université d'Urbino ont décidé d'écrire une histoire de la philosophie sous une forme pour le moins originale. En effet, il ne s'agit ni plus ni moins d'une nouvelle version de l'Enfer de Dante : vingt chants, vers métrés (la fameuse terzina dantesque), et un voyage guidé... au milieu des philophies en pénitence.

 

 

 

À la place de Virgile en « Duce » pour guider le poète, on trouvera un autre éminent fantôme des limbes du poème original : Socrate. « Il représente l'expression la plus haute de la convergence ente l'amour du savoir et la conduite morale, le symbole de celui qui aime mieux mourir que trahir son intégrité intellectuelle », expliquent les auteurs dans un entretien avec la Repubblica.

 

Quant à ceux qui subissent les tourments de l'Inferno, on retrouve la même diversité de caractère que dans le travail de Dante, à ceci près qu'à la place des orgueilleux, simoniaques, hérétiques, et pêcheurs en tous genres, on trouve cette fois-ci les sceptiques, les dualistes, les cyniques… Toutes les écoles possibles de philosophie en somme. La hauteur des idées n'exclut nullement la dureté du châtiment : les dualistes apparaissent sous la forme des morts vivants, et le virulent Nietzsche prêche sur un grill. 

 

En outre, la géhenne philosophique n'accueille pas uniquement des doctrines philosophiques, mais également des « caractères philosophiques ». Lors de sa tribulation, le poète aura ainsi l'occasion de rencontrer par exemple les Naîfs, « ceux qui se laissent attirer par les solutions faciles, qui cèdent à la séduction des mythes consolateurs », ou encore les Irresponbles, car « c'est une grande négation de notre libre arbitre que de ne pas assumer la responsabilité de nos actes ».

 

En somme, l'ouvrage, qui tient autant de la diatribe que de l'épistémologie, joue avec 2500 ans de pensée. Prétentieux ? Les auteurs assurent que non. Car comme le montre Socrate, l'erreur est une ressource de la pensée philosophique : « Nous avons écrit une histoire de la philosophie à travers ses erreurs ». 

 

Aussi,  Achille Varzi et Claudio Calosi tiennent d'abord à montrer que l'erreur de la pensée philosophique n'est pas irrémissible : « C'est la raison pour laquelle notre enfer est doté d'une porte de sortie, contrairement à celui de Dante ». Disponible en version papier aussi bien que numérique, l'ouvrage vient de paraître aux éditions Laterza. Une présentation de l'ouvrage, ainsi que des lectures d'extraits par les auteurs est également disponible sur Youtube.