Parfois, le traducteur “se pose même plus de questions que l’auteur”

Claire Darfeuille - 05.09.2018

Edition - International - Jérôme Ferrari traduction - traduire roman festival - Melita Logo Milutinović


Jerôme Ferrari est le parrain de la sixième édition du festival Vo-Vf, le monde en livres – la parole aux traducteurs du 5 au 6 octobre à Gif-sur-Yvette. Il vient accompagné de sa traductrice en serbe, Melita Logo Milutinović, à qui l’on doit, indirectement, l’un des personnages de son dernier roman À son image (Actes Sud, 2018) et que nous avons interrogée.
 


DR Actes Sud
 

 

ActuaLitté : Sollicitez-vous beaucoup les auteurs que vous traduisez ?


Melita Logo Milutinović : Non, en fait, je travaille plutôt seule. Pour La Vie des elfes de Muriel Barbery, l’auteure, sachant que son livre était particulièrement difficile à traduire, avait envoyé un courrier à tous les traducteurs pour qu’ils n’hésitent pas à la solliciter. Lorsque nous nous sommes rencontrées, elle s’est étonnée que je ne l’aie pas contactée. En fait, j’avais fait le choix de le traduire comme de la poésie.

Et cela lui a parfaitement convenu, car c’est ainsi qu’elle l’avait conçu, m’a-t-elle dit. Pour son Ordre du jour, Éric Vuillard aussi a envoyé un courrier similaire, où il a présenté « quelques remarques générales et particulières, notées au gré des retours des traducteurs… ainsi que des coquilles, erreurs, de l'édition française à corriger », ce qui m’a été très utile, je dois dire.
 

En revanche, pour traduire La ligne de glace d'Emmanuel Ruben, vous avez eu besoin de quelques éclaircissements généalogiques, d’après Jérôme Ferrari qui m’a rapporté l’anecdote…
 

Melita Logo Milutinović : Ah, oui, pour La Ligne des glaces, j’avais interrogé Emmanuel (Ruben) pour savoir si l’oncle d’une des héroïnes dont il était question était un oncle maternel ou paternel, puisqu’en serbe on traduit les deux différemment. L’auteur ne savait pas, il a réfléchi, puis il m’a dit « paternel ».

Mais en poursuivant la traduction, je me suis rendu compte qu’il était impossible que ce ne fut pas l’oncle maternel, et j’ai rectifié, ce qui fait dire à Jérôme (Ferrari) que le traducteur est celui qui lit le plus à fond un livre. Parfois, on se pose même plus de questions que l’auteur !
 

Quelles sont les difficultés de traduction des livres de Jérôme Ferrari ?
 

Melita Logo Milutinović : Avec l’écriture de Jérôme Ferrari, le plus difficile est de traduire le rythme, le souffle de ses longues phrases qui se déploient, mais ce n’est pas pour ce genre de problèmes qu’on sollicite un auteur. Et pour son dernier roman, c’est plutôt lui qui m’a sollicitée, en amont de son écriture...
 


Melita Logo Milutinović

 

De quelle façon avez-vous été sollicitée pour À son image ?
 

Melita Logo Milutinović : En fait, Jérôme (Ferrari) s’intéresse de longue date aux conflits en ex-Yougoslavie (où se déroule une partie du roman. Ndr) et comme il est venu plusieurs fois en Serbie, pour répondre à des invitations professionnelles ou en vacances, nous avons pu échanger longuement.

Avec ma meilleure amie, Mme Milica Miric, nous avons parlé du conflit, et comme Jérôme s'intéresse beaucoup à la photographie de guerre, Milica lui a aussi présenté une cousine dont le grand-père était l’un des photographes les plus réputés de Yougoslavie, Rista Marjanovic (1885 – 1969). C’était un grand photoreporter qui a couvert tout XXe siècle. Mon amie et sa cousine lui ont montré ses photos, il en est quelques-unes en particulier que vous pouvez retrouver décrites dans le roman.
 

Vous êtes aussi la traductrice des derniers albums d’Astérix qui présentent d’autres difficultés de traduction…
 

Melita Logo Milutinović : Ah, les Astérix ! Leur traduction devait être très compliquée avant internet, quand il était beaucoup plus difficile de comprendre les clins d’œil, les allusions et autres références à l’actualité ou à la culture française. J’ai traduit les sept derniers albums, je révise aussi les anciennes traductions qui ont besoin d’être modernisées.

Parfois, je lis les questions et les opinions des lecteurs sur les forums. Une question portait dernièrement sur Astérix en Corse, le lecteur voulait savoir si la nouvelle traduction conserverait le dialecte monténégrin, pendant de l’accent corse dans la traduction serbe. Je pense que oui…
 

Pourquoi ce choix du dialecte monténégrin pour rendre l’accent corse ?
 

Melita Logo Milutinović : En raison de quelques particularités qui rapprochent les deux peuples… La fierté, par exemple, et quelques autres choses, mais je vais m’attirer des foudres.
 

Pour finir, quelles sont les particularités de la langue serbe ?


Melita Logo Milutinović : Le serbe est une langue slave, d’origine indo-européenne, qui utilise deux alphabets, le cyrillique et le latin, et se construit avec des cas et des déclinaisons. L’alphabet cyrillique est utilisé pour les lois, l’administration ou encore les manuels scolaires, tout ce qui est officiel, l’alphabet latin est de son côté employé très souvent pour les livres et la vie courante. A cause de cela beaucoup présagent de la disparition progressive du cyrillique.


 

Rencontre avec Jérôme Ferrari et Melita Logo Milutinović au festival Vo-Vf, le monde en livres le vendredi 5 octobre à Gif-sur-Yvette à 18h, rencontre suivie de la projection de Une Vie violente de Thierry de Peretti et atelier de traduction « découverte de la langue serbe » avec Melita Logo Milutonović, ouvert à tout public le samedi 6 octobre de 10h30 à 11h30. 




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