medias

Paris 20e : la médiathèque Marguerite Duras vote “Non” aux élections

Antoine Oury - 30.03.2017

Edition - Bibliothèques - Marguerite Duras bureau de vote - bibliothèque élections - Marguerite Duras médiathèque


Depuis plusieurs semaines, l'équipe de la médiathèque Marguerite Duras, dans le 20e arrondissement de Paris, s'oppose de manière frontale à la décision de la mairie de l'arrondissement d'y installer un bureau de vote lors des scrutins présidentiels et législatifs à venir, en avril et en juin. Les personnels dénoncent une organisation problématique pour la bonne tenue des scrutins et la sécurité des citoyens.

 

Médiathèque Marguerite Duras (20e)

La médiathèque Marguerite Duras

(YOURBIBLOG Médiathèque Marguerite Yourcenar, CC BY-NC-SA 2.0)

 

 

L'équipe de la médiathèque Marguerite Duras ne lâche pas l'affaire : après un premier courrier envoyé à la Direction des Affaires culturelles et au Bureau des bibliothèques de la Ville de Paris et une réunion le 7 mars dernier, les personnels ont signé une nouvelle missive pour la Direction des Affaires culturelles de Paris. Ils menacent à nouveau de faire valoir leur droit de grève, les dimanches 23 avril, 7 mai, 11 juin et 18 juin, dates des différents scrutins.

 

Pour rappel, l'équipe de la médiathèque Marguerite Duras s'oppose à l'organisation des scrutins dans l'enceinte de la bibliothèque pour des raisons de sécurité et de bon déroulement des votes. « [L]es lieux de vote en France sont habituellement fermés au public » remarquaient ainsi les bibliothécaires, reprochant à la mairie de l'arrondissement de négliger sécurité et confidentialité lors des scrutins.

 

La mairie de Paris avait apporté des éléments de réponse : pour commencer, « ce ne sont pas les personnels de l'établissement qui tiennent le bureau de vote », et les élections régionales de 2015, organisées dans l'établissement, n'avaient pas posé problème notait l'administration parisienne. Par ailleurs, Paris annonçait des « effectifs de la sécurité [...] doublés, ce qui porte à 4 le nombre de vigiles. Sur les 4 dimanches concernés, un représentant du Bureau des bibliothèques et de la lecture sera présent en renfort », ajoutait la Mairie.

 

Les arguments et mesures de la Mairie de Paris n'ont visiblement pas rassuré les personnels, qui s'expriment de nouveau contre cette tenue des scrutins dans la médiathèque : « [I]l s’agit cette fois d’élections plus importantes en termes de participation, mais aussi de tensions, et l’accueil d’un bureau de vote (situé dans un espace d’exposition jouxtant les collections, donc au sein même de la médiathèque) a été imposé à la médiathèque sans concertation, transformant l’exception en norme, sans considération pour les troubles occasionnés », notent d'abord les personnels.

 

Des flux de visiteurs à gérer

 

Plus loin, l'équipe note aussi que la présence des électeurs et des usagers habituels de la bibliothèque sera problématique lorsqu'ils devront cohabiter, l'après-midi : « [Q]ui sera en charge d’organiser les flux de personnes durant les horaires d’ouverture de la médiathèque (13h-18h), et selon quels critères : les électeurs seront-ils prioritaires sur les usagers de la bibliothèque ? [...] Nous savons par expérience que dans le cas d’évènements organisés au sein de la médiathèque le public adresse ses demandes de façon indifférenciée aux bibliothécaires et aux personnes responsables de l’évènement. »

 

Sollicitée par ActuaLitté, la Mairie de Paris explique que le bureau de vote sera tenu par le président du bureau, assisté par des assesseurs, ainsi que des agents volontaires de la ville et des citoyens volontaires : autrement dit, de quoi diriger et renseigner les personnes. Quant à l'ouverture de l'établissement le matin, alors qu'il est habituellement fermé sur ces horaires, elle sera assurée par un agent de la ville, plus précisément de la Direction de la Démocratie, des Citoyen.ne.s et des Territoires.

 

Selon nos informations, des représentants du personnel ont demandé à la Direction des Affaires culturelles de leur communiquer des chiffres de fréquentation précis de l'établissement le dimanche et pour de tels scrutins. La DAC aurait en effet assuré que la jauge maximale de l'établissement en matière de fréquentation ne serait pas dépassé par l'organisation des scrutins.

 

Les personnels de Marguerite Duras soulignent enfin une contradiction entre la neutralité imposée aux bureaux de vote par le Conseil constitutionnel, et les lieux de débats que sont les bibliothèques et médiathèques : « Les bibliothécaires ne peuvent ni ne souhaitent interdire aux usagers d’échanger des propos de nature politique. De ce fait se pose la question de la neutralité du bureau de vote et de ses abords, et de son maintien », écrivent-ils.

 

En conclusion, « l’équipe demande la fermeture administrative de l’établissement avec la possibilité de travailler en interne les dimanches 23 avril, 7 mai, 11 juin et 18 juin ». Dans le cas contraire, une grève se profile...