Paris, Rennes, Toulouse, Lille... Quelle ouverture pour les bibliothèques des grandes villes ?

Antoine Oury - 20.05.2020

Edition - Bibliothèques - reouverture bibliotheques - paris bibliotheques - click collect bibliotheques


Bibliothèques en réseau, forte densité de population, surfaces parfois réduites malgré une fréquentation importante... Alors que la réouverture potentielle des bibliothèques au public, prévue à partir du 2 juin prochain, se rapproche, les grandes villes de France organisent la reprise des activités des établissements de prêt, avec des plans de réouverture plus ou moins précis.

Bibliothèque Václav Havel - Paris
La Bibliothèque Václav Havel, à Paris (photo d'illustration, ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


Depuis le 12 mai dernier, les bibliothèques de France reprennent peu à peu vie, prudemment. L'activité ne s'était pas entièrement arrêtée : un travail interne subsistait, et quelques établissements avaient mis en place des services de portage ou de drive pendant la période de confinement. Mais cette date, que le gouvernement avait d'abord présentée comme celle du retour du public dans les bibliothèques, a plutôt rappelé la nécessité d'organiser le service public de la lecture pour qu'il s'adapte à des conditions sanitaires toujours incertaines.

Dans les plus grandes villes de France, la mise en œuvre d'un plan de réouverture s'avère indispensable : les initiatives permettant de limiter les déplacements dans les établissements, comme le portage de livres à domicile, ne sont pas envisageables. Le « drive », ou retrait d'une commande de livres en véhicule, n'est pas non plus viable dans une métropole : à l'inverse, la préparation des commandes et l'organisation de leurs retraits par les usagers sont désormais le quotidien de nombreux bibliothécaires...

À Paris, la réouverture des établissements s'échelonnera très progressivement : au début du mois de juin, seules 6 bibliothèques rouvriront leurs portes au public (Romilly, Yourcenar, Duras, Sagan, Melville et H. Berr) et uniquement du mardi au samedi. Ces six établissements, au cours de leur première semaine de réouverture, participeront en réalité à « une phase “test” de mise en route », comme le précise un document de la mairie de Paris, partagé par le syndicat CGT-Culture. Au cours de cette semaine, le dispositif « sera adapté en fonction des difficultés que pourraient rencontrer les équipes ».

Si tout se déroule correctement, la période du 16 juin au 11 juillet verrait les ouvertures de 25 bibliothèques supplémentaires (17 bibliothèques de lecture publique automatisées pour le prêt et le retour et 8 bibliothèques spécialisées), et la préparation de l'ouverture des autres établissements.

Très détaillé, le document de la mairie de Paris précise que « [l]'espace des bibliothèques et médiathèques accessible aux usagers sera réduit, et devra être délimité avec de la rubalise (pour le marquage au sol et la fermeture de zones) », promet une prise en compte des mesures de distanciation sociale (avec port du masque obligatoire pour les usagers) et formalise le nettoyage des documents. « Des désinfections avec un produit virucide seront effectuées par les agents, sur la base d’un roulement, sur les couvertures de livres, boîtes de CD et DVD avant que ces derniers ne soient reproposés au prêt », peut-on lire.

Évidemment, de nombreuses activités resteront interdites, dont la consultation de périodiques, l’utilisation des ordinateurs en libre-service, l'accueil des classes ou encore la tenue d'ateliers.
 

Du retrait de commandes à la réouverture contrôlée


À Lille, les équipes ont travaillé, dès le 11 mai, à la mise en place d'un service de réservation et de retrait, qui ne concerne pour l'instant que quelques établissements (médiathèques Jean Lévy, du Faubourg de Béthune, Lille-Sud et Saint-Maurice Pellevoisin), qui seront les seuls du réseau à être « ouverts au public ». Ou presque, car le retrait des réservations s'effectuera aux portes des médiathèques. Des boîtes de retour sont installées, mais les usagers sont invités à encore conserver les documents empruntés, pour alléger la masse de travail liée aux retours.

À Bordeaux, contrairement à la capitale, les 11 établissements s'ouvriront avant tout aux publics scolaires des écoles primaires de la ville, à compter de ce 25 mai. Pour les autres usagers, des systèmes de retrait sont organisés dans tous les établissements, avec des boites de retour pour les documents empruntés. Aucune date n'est précisée pour la réouverture des établissements à tous les publics.

Dans la plupart des villes, comme Strasbourg, Rennes ou Toulouse, ces solutions de commandes et de retraits sont privilégiées, avec un accès aux établissements interdit au public, jusqu'à une date indéterminée.

Seules quelques villes annoncent d'ores et déjà une réouverture, comme à Nantes, où celle-ci est fixée au 7 juillet, « dans le respect des conditions sanitaires ». À Caen, la bibliothèque Alexis de Tocqueville rouvre ses portes le 26 mai, avec des collections « accessibles sous conditions (jauge limitée, tables et ordinateurs non accessibles, limitation du nombre de personnes par famille, annulation des animations…) ». 
 
À Dijon, où les bibliothèques sont ouvertes depuis le 12 mai (masques et gants, ces derniers étant fournis, sont obligatoires), le réseau a mis en place la règle du « Je touche — j'emprunte » : « Vous pouvez choisir directement les documents en rayonnage, en limitant les manipulations aux documents que vous emprunterez ; les documents touchés et non empruntés doivent être déposés dans les cartons prévus à cet effet. »

La commission Bibliothèques en réseau de l'Association des Bibliothécaires de France a publié un document, le 15 mai dernier, avec des recommandations spécifiques pour les établissements fonctionnant en réseau.


Commentaires
Chanceux sont les lecteurs vivant dans des villes où les bibliothèques ont rouvert !Dans ma petite ville (25000 âmes),elle reste fermée. C'est cependant un grand espace où, depuis des années je n'ai JAMAIS vu, dans les rayons, plus de deux personnes, donc à bonne distance . Le seul problème, il est vrai, est une sorte de "salon" où les gens s'assoient pour jacasser ou lire les journaux-magasines. On pouvait le condamner, mais il ne faut pas incommoder l'électorat!...Bref, quand je lis les simagrées autour du "toucher" des livres, s'est-on posé la question dans les supermarchés alimentaires qui sont restés ouverts?
Tout à fait d'accord avec Marie !

Si les personnels des magasins d'alimentation avaient eu les scrupules des bibliothécaires et des élus responsables des bibliothèques nous serions morts de faim durant la période de confinement !

Dans notre petite bibliothèque intercommunale nous sommes ouvert au public depuis le 18 mai. Nous avons mis en place un protocole qui sécurise tout le monde : port du masque obligatoire pour tous, nombre restreint de lecteurs simultanément, obligation de se passer les mains au gel hydroalcoolique avant d'aller choisir des livres, désinfection et mis en quarantaine des livres ramené par les lecteurs, annulation de toutes nos animations et expositions, interdiction de consulter sur place.

C'est bien sûr plus facile à mettre en place dans une petite structure mais cela repose sur nos bénévoles qui, ne l'oublions pas, constituent la majorité des personnels des bibliothèques rurales. Un grand merci à nos bénévoles !
Bonjour à tous, je dirais plutôt "Si les personnels des magasins d'alimentation avaient eu les scrupules des bibliothécaires et des élus responsables des bibliothèques il y aurait eu moins de morts du Covid" chez les caissières et les clients ..."

Mais même en médiathèque tout n'est pas parfait, les procédures ont vraiment besoin d'être précisées car nous avons repris dans l'urgence avec bien des tatonnements.
La comparaison avec les supermarchés ne tient pas vraiment.

Quand je prends un paquet de céréales au supermarché, je ne le feuillette pas pendant des heures, en humidifiant mon index et en toussant dessus épisodiquement, pour ensuite le ramener une semaine plus tard et le replacer en rayon.



Quand on travaille en bibliothèque, on sait très bien dans quel état reviennent les livres après emprunt. Pour un lecteur respectueux, dix n'ont aucun scrupule à ruiner les documents. Il en va donc de la santé de tous les lecteurs, autant que de celle des bibliothécaires.



Par ailleurs, les employés de bibliothèque ont la "chance" de pouvoir faire entendre leur voix sur les questions de santé au travail, contrairement aux employés de supermarché qu'on a envoyé au casse-pipe sans états d'âme (et beaucoup trop sont tombés malades et sont morts dans l'indifférence).

Il est donc normal et compréhensible qu'ils utilisent les instances de dialogue démocratique pour réfléchir deux minutes à l'organisation de la réouverture.

L'avis des personnes qui ne réalisent pas vraiment ce qu'implique de travailler en contact prolongé avec le public n'a pas beaucoup d'importance (désolé ! ^^'). Ce n'est pas un hasard si les enseignants, les bibliothécaires, etc., chopent plus souvent les maladies saisonnières ; tout une équipe d'une bibliothèque que je connais a même été exposée à la tuberculose à cause d'un seul lecteur qui a eu le malheur de la choper et qui est resté là toute la journée à tousser.



Il faut aussi se rappeler que d'autres lieux sont toujours fermés pour les mêmes raisons, comme les bars et restaurants, et les parcs dans certaines régions (!), donc le cas des bibliothèques n'est pas spécifique.



Enfin, un service public est toujours vu par les usagers comme plus redevable de comptes sur son fonctionnement qu'une entreprise privée, et c'est bien normal. Cette responsabilité explique donc aussi pourquoi les responsables prennent toutes les précautions nécessaires, car les plaintes et réclamations, parfois légitimes, ne manqueront pas de fuser au moindre impair.



Ceci étant dit, je suis certain qu'un paquet de bibliothécaires sont pressés de reprendre le boulot, car on choisit rarement ce métier (sur concours et avec paye très modeste) si on ne l'aime pas sincèrement. Le contact avec le public, malgré l'inévitable poignée d'énergumènes peu aimables qu'on rencontre partout, est globalement un enrichissement quotidien.
À Metz, deux médiathèques sur 4 ont rouvert leurs portes pour un service de Click and Collect...voir la vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=I6BxDMgsOww
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