Paris suggère la gratuité des prêts CD-DVD, mais pour certains usagers

Antoine Oury - 22.03.2016

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Le paradoxe a été remarqué depuis plusieurs années : si l'inscription et les emprunts de livres sont gratuits depuis longtemps au sein du réseau de lecture publique de la Ville de Paris, ce n'est pas le cas des CD et des DVD. Le Conseil de Paris avait adopté un vœu pour étendre la gratuité à ces objets culturels en 2014, et la Mairie prévoyait de l'appliquer aux usagers mineurs et bénéficiaires des minimas sociaux dès 2015. Finalement, la gratuité des prêts de CD-DVD pourrait être effective entre mai et septembre 2016.

 

Médiathèque Françoise Sagan (Paris 10e)

Des DVD à la bibliothèque Françoise Sagan (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

La mesure de gratuité a été révélée par le blog CGT Culture : il rappelle que, si l'emprunt des livres et des revues est gratuit dans le réseau parisien, celui des CD est facturé 30 € pour l'année, et celui des DVD (qui permet également l'emprunt des CD) 61 € pour l'année. 

 

Les questions relatives à la gratuité des emprunts de CD et de DVD sont étudiées depuis longtemps : un rapport sur « L'avenir de la musique dans les bibliothèques de la ville de Paris », publié en janvier 2012, abordait déjà le sujet de la gratuité. 

 

« Nous constatons que le réseau parisien est l'un des rares à percevoir des droits spécifiques sur les supports musicaux. Une situation d'autant plus paradoxale que l'emprunt des livres est gratuit. La gratuité, cette doctrine immuable à la Ville de Paris est pourtant loin d'être la règle générale dans les autres collectivités. Ce traitement différencié a un effet stigmatisant, laissant penser que la musique est soumise à droit tandis que seule la lecture serait un droit fondamental », pouvait-on lire dans le document.

 

Une mesure sociale pour Paris avant tout

 

Pour le moment, donc, la gratuité de ces emprunts, si elle est adoptée au Conseil de Paris, sera réservée aux usagers mineurs et bénéficiaires des minimas sociaux (RSA, RMI, API, ASS, AER, ATA, ASPA, AV, ainsi que l'allocation aux adultes handicapés et l'allocation supplémentaire d'invalidité). « C'est une mesure sociale, qui concerne ceux qui ont le plus de mal à payer les forfaits », souligne Noël Corbin, directeur des Affaires Culturelles de la Ville de Paris.

 

« L'exécutif a suivi un vœu du Conseil de Paris, déposé en décembre 2014, et il sera toujours intéressant d'en observer les effets sur les prêts », ajoute Noël Corbin. Pour le moment, évidemment, l'extension de cette mesure à d'autres catégories d'usagers, voire à tous les usagers, n'a pas encore été abordée.

 

Elle était pourtant au cœur de ce fameux premier vœu déposé en juin 2014 par Nicolas Bonnet-Oulaldj et Raphaëlle Primet (Communiste-Front de Gauche), qui demandait à l'origine la gratuité du prêt des disques, tout court. Le vœu avait été amendé sur proposition de l'exécutif, justement, pour ne concerner que les mineurs et les bénéficiaires des minimas sociaux.

 

Rappelons au passage que la mairie de Bordeaux avait pris la décision de rendre gratuites toutes ses bibliothèques en octobre 2015.

 

« Il s'agit d'une première avancée », nous explique Raphaëlle Primet, « et je demanderai au prochain Conseil qu'un bilan soit fait d'ici un an, pour que cette mesure puisse être élargie à tous les usagers. Nous ne voudrions pas que les discothèques soient pénalisées [par rapport aux bibliothèques] parce qu'il y a moins d'usagers, et que l'on décide ensuite de les fermer pour cette raison. »

 

Ce point a déjà été évoqué parmi les autres arguments avancés pour défendre une gratuité totale des prêts de CD. Certains évoquaient ainsi la nécessité de repeupler les discothèques de la Ville de Paris : « L'ensemble des petites discothèques offre des fonds qui sont sous-utilisés (Amélie, Saint-Simon, Europe, Batignolles, Aimé Césaire et Vaugirard) », notait ainsi le groupe de travail à l'origine du rapport cité précédemment, et disponible ci-dessous.

 

Interrogée sur les différences entre usagers que créera cette mesure, Raphaëlle Primet explique que « l'égalité n'exclue pas la solidarité pour des publics en difficulté, comme c'est déjà le cas pour les entrées au musée par exemple. Par contre, dans l'absolu, nous ne comprenons pas la différence établie entre les livres, dont l'emprunt est gratuit, par rapport aux CD et aux DVD. C'est pour cela que la gratuité totale des prêts est l'objectif final. »