Un libraire à la disposition des libraires 

Nicolas Gary - 04.06.2015

Edition - Librairies - librairies indépendantes - commerces culturels - service remplacement


Trouver un remplaçant, que l’on soit disquaire ou libraire, pour profiter simplement d’un samedi de repos en famille, ne va pas de soi. Missionnée voilà un an par les services de l’État, la Ville de Paris puis le Conseil régional d’Île-de-France afin de soutenir le développement économique et de l’emploi des commerces physiques de biens culturels en fragilité économique, la Maison de l’Emploi de Paris a décidé d’expérimenter la mise en place d’un Service de remplacement. Ce dernier permet à des gérants de commerces culturels indépendants de se dégager du temps pour se rendre à des salons professionnels et développer leur activité, pour se former, voire prendre du temps pour soi. 

 

service remplacement commerces culturels

 

Un projet novateur, qui vient d’aboutir et de se concrétiser, après six mois de préparation. C’est qu’en effet, depuis le 2 mai dernier, deux libraires généralistes et deux libraires spécialisés jeunesse utilisent ce Service, qui est une première pour les commerces culturels à Paris. 

 

Nathalie Roux, responsable observation et anticipation des mutations économiques pour la MEP, nous explique comment la MEP a conçu une réponse aujourd’hui pleinement opérationnelle. 

 

« Pour les gérants de ces petits commerces, la prise de congés peut devenir particulièrement complexe. Quand on travaille 70 à 80 heures par semaine, des problèmes de santé surviennent. Prendre du recul par rapport à son activité, se rendre à des salons professionnels est difficile. Suivre une formation implique de fermer la boutique durant une ou plusieurs journées et occasionne une perte de chiffre d’affaires. » 

 

La Maison de l’emploi de Paris a d’abord prospecté disquaires et librairies pour les aider à estimer le nombre de jours de remplacement dont ils pourraient avoir besoin au cours d’une année, convertir ce nombre de jours en volume d’heures de travail à confier à un collaborateur remplaçant, et leur présenter une simulation de coût. 

 

Il fallait trouver ensuite un cadre juridique pour loger ce Service de remplacement. « Le groupement d’employeurs est la seule forme juridique pour permettre à plusieurs établissements de partager un salarié et au salarié d’avoir un seul contrat de travail pour intervenir dans plusieurs établissements. C’est donc avec Paris Mix Group’Emploi que nous avons collaboré pour créer un Service de remplacement pour les disquaires, tout d’abord, puis pour les libraires. »

 

Un modèle d'interim à la carte

 

Restaient alors à identifier les personnes susceptibles de répondre à ce besoin d’emplois mutualisés. « À l’issue de la faillite de Virgin, nous sommes entrés en relation avec le cabinet en charge du reclassement des salariés licenciés. Toutes les personnes qui travaillaient pour cette enseigne n’avaient pas retrouvé de travail. Elles formaient donc un vivier dans lequel puiser les compétences de vendeur de disques, de livres et présélectionner des profils de vendeurs collaborateurs — remplaçants. Deux des trois collaborateurs remplaçants recrutés aujourd’hui par Paris Mix Group’Emploi sont d’anciens salariés de Virgin. »  

 

Les trois collaborateurs remplaçants ont signé un contrat de travail à durée indéterminée à temps partiel. L’un cumule cette activité avec une autre activité professionnelle et les deux autres souhaitent augmenter leur temps de travail. 

 

Par rapport à l’embauche en direct et par rapport à l’intérim, ce Service présente plusieurs avantages pour le disquaire ou le libraire : pouvoir confier moins de 24 heures de travail par semaine si le besoin est moindre, bénéficier de la mutualisation des coûts de l’embauche, être déchargé de la gestion administrative du contrat de travail, accueillir dans son commerce, le professionnel qu’il a choisi. 

 

 « Ce projet est expérimental et nous l’évaluerons à la fin de l’année. D’ici là, il nous faut poursuivre la prospection de nouveaux libraires et disquaires, faire connaître ce nouveau Service en nous appuyant sur les relais institutionnels, la presse et les fédérations professionnelles pour le développer. » 

 

Et puis, dans quelques mois, les fêtes de fin d’année pointeront le bout de leur nez : qui sait, alors si, pour ce rush des cadeaux, le pool de remplaçants ne sera pas utile pour faire face au surcroît d’activité des disquaires et libraires à cette période ? (à voir sur le site de la MEP)