Parodie de justice au Vietnam pour six dissidents sacrifiés

Auteur invité - 06.04.2018

Edition - International - Parodie justice Vietnam - écrivain procès Vietnam - peine prison Vietnam


Présentés par les autorités comme dissidents, ils sont six à avoir été condamnés ce 5 avril. Des peines de prison qui vont de 7 à 15 ans — des sanctions terribles. Le régime communiste les accusait d’avoir tenté de renverser le gouvernement : ils écopent des plus lourdes peines vues ces dernières années.


« Le Viêt Nam est l’un des pays d’Asie du Sud-Est incarcérant le plus de militants pacifiques - une distinction honteuse à laquelle aucune nation ne devrait aspirer », assurait James Gomez, directeur Asie du Sud-Est et Océanie à Amnesty International. Nguyên Hoàng Bao Viêt, Membre du Comité des Ecrivains et Ecrivaines en Prison et du Centre PEN Suisse romand, s’indigne de cette « parodie de justice ». Il écrit à ActuaLitté, dénonçant à l’instar d’Amnesty International, l’attitude d’Hanoï.


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James N. Mattis, CC BY 2.0

 

Bannie au Viet Nam, l’Association des Frères et Sœurs pour la Démocratie (Hôi Anh Em Dân Chu) a été condamnée à 66 ans de prison et 17 ans de détention probatoire par le tribunal du peuple à Hanoi aujourd’hui. En vérité, cinq hommes parmi les six personnes condamnées sont des anciens prisonniers d’opinion et de conscience très connus et la sixième est une femme.

Ces six membres actifs de l’Association des Frères et Sœurs pour la Démocratie ont été lourdement punis dans un procès inéquitable à huis clos, sans aucune preuve irréfutable, en l’absence de juges indépendants et impartiaux. Leur crime : avoir le courage de promouvoir la démocratie, de dénoncer la corruption impunie et l’injustice sociale, de critiquer l’abus du pouvoir et de défendre les sans-voix et sans-défense.

Ils ont été condamnés à de terribles et lourdes peines de prison pour ‘’des activités visant à renverser l’administration populaire’’ alors que l’accusation initiale était "propagande contre l’Etat socialiste". La presse mondiale et les diplomates étrangers n'ont pas été autorisés à assister directement au soi-disant ‘’procès public’’.

 

Six condamnés dans un simulacre de procès
 

Les six victimes de cette cruelle répression se nomment, avec leur triste et brave histoire et leurs peines intolérables: 

 

Nguyên Van Dai (49 ans), avocat des droits humains, membre exclu de l’Association des Avocats de Hanoi, traducteur, blogueur, co-éditeur et rédacteur de la revue bannie Liberté d’Expression (Tu Do Ngôn Luân), membre co-fondateur du Comité banni des Droits de l’Homme au Viet Nam et de l’Association des Frères et Sœurs pour la Démocratie. Arrêté le 16 décembre 2015 et condamné le 5 avril 2018 à 15 ans de prison et 5 ans de détention probatoire. Dans un Avis adopté le 25 avril 2017, le Groupe de Travail des Nations Unies sur la Détention Arbitraire a conclu que sa détention était arbitraire et a exhorté les autorités de Hanoi à le libérer immédiatement et sans conditions.


Truong Minh Duc (58 ans), journaliste indépendant, blogueur, défenseur des droits humains, militant contre la corruption, membre co-fondateur de l’Association des Frères et Sœurs pour la Démocratie. Arrêté le 30 juillet 2017 et condamné le 5 avril 2018 à 12 ans de prison et 3 ans de détention probatoire.


Nguyên Trung Tôn (47 ans), pasteur, blogueur, défenseur des droits humains, membre co-fondateur de l’Association des Frères et Sœurs pour la Démocratie.

Arrêté le 30 juillet 2017 et condamné le 5 avril 2018 à 12 ans de prison et 3 ans de détention probatoire.


Nguyên Bac Truyên (50 ans), juriste, blogueur, défenseur des droits humains, membre co-fondateur de l’Association des Frères et Sœurs pour la Démocratie, membre actif de l’Association bannie des Anciens Prisonniers de Conscience. Arrêté le 30 juillet 2017 et condamné le 5 avril 2018 à 11 ans de prison et 3 ans de détention probatoire.


Lê Thu Hà (f) (35 ans), enseignante, traductrice, membre assistante de l’Association des Frères et Sœurs pour la Démocratie. Arrêtée le 16 décembre 2015 et condamnée le 5 avril 2018 à 9 ans de prison et 2 ans de détention probatoire.


Pham Van Trôi (46 ans), écrivain dissident, défenseur des droits humains, membre co-fondateur du Comité banni des Droits de l’Homme au Viet Nam et de l’Association des Frères et Sœurs pour la Démocratie. Arrêté le 30 juillet 2017 et condamné le 5 avril 2018 à 7 ans de prison et 1 an de détention probatoire. 

 

Vietnam, loin des images idylliques
 

Pour rappel : Membre de l’Organisation internationale de la Francophonie, la République socialiste du Viêt Nam est un État communiste autoritaire dirigé par un parti unique qui garde une poigne de fer sur la liberté d’expression, la liberté de réunion et la liberté d’association, de religion et de croyance.

Indépendants ou dissidents, écrivains, journalistes, intellectuels, artistes, blogueurs et défenseurs des droits de l’Homme et de l’environnement sont souvent victimes d’intimidation, de menaces et d’agressions brutales perpétrées par des forces de police ou d’agresseurs non identifiés. Ils sont criminalisés en vertu de lois sur la sécurité nationale vaguement définies dans le Code pénal, tels que les articles 79 (activités visant à renverser l’administration populaire), 87 (porter atteinte à la politique d’unité nationale), 88 (propagande contre l’État), 245 (troubler l’ordre public) et 258 (abuser des droits à la liberté et à la démocratie pour porter atteinte aux intérêts de l’État, aux droits et intérêts des individus).

Ils font également l’objet d’arrestations arbitraires, de mesures de détention provisoire indûment longues, de restrictions quant à l’accès à un avocat, de procès inéquitables et de lourdes et injustes peines de prison. Dans les camps de travail forcé, ils sont soumis à des traitements cruels, inhumains ou dégradants, incluant des conditions d’emprisonnement surpeuplées et insalubres, la sous-alimentation et le confinement en cellule d’isolement. Les prisonniers malades ne disposent pas d’un accès adéquat aux soins médicaux.

Les remises de peine sont très rares. Elles s’accompagnent alors de périodes de détention probatoire très longues, quand les personnes libérées ne sont pas contraintes à l’exil à l’étranger, ou déportées loin, très loin de leur famille. Une fois relâchées, elles sont toujours soumises à de harcèlement physique et moral, telles que des arrestations et interrogations répétées, interdiction de voyage ou confiscation du passeport et placées en résidence sévèrement surveillée. 

 


 




Commentaires

Dernière triste nouvelle : NGUYÊN VAN TUC (54 ans), agriculteur, poète, défenseur des droits humains, membre actif de l’Association des Frères et Sœurs pour la Démocratie, arrêté le 1 septembre 2017, a été condamné le 10 avril 2018 à 13 ans de prison et 5 ans de détention probatoire par le tribunal du peuple de la province de Thai Binh (Nord Viet Nam). Comme les autres six membres de l’Association des Frères et Sœurs pour la Démocratie déjà jugés et condamnés à de lourdes peines de prison le 5 avril 2018, Nguyên Van Tuc a été criminalisé en vertu de l’article 79 du code pénal du régime de Ha Noi (activités visant à renverser l’administration populaire). Nguyên Van Tuc est connu pour son activisme contre la corruption et l’injustice sociale. Ancien prisonnier d’opinion et de conscience 2008-2012 (4 ans de prison et 3 ans de détention probatoire pour ‘’propagande contre l’Etat socialiste’’).
LA PARODIE DE JUSTICE NE S’ESTOMPE PAS AU VIET NAM.

En une semaine, du 5 au 12 avril 2018, 10 dissidents et défenseurs des droits humains, dont des auteurs, poètes, traducteurs, journalistes, blogueurs, avocats, religieux vietnamiens, ont été condamnés à de lourdes et injustes peines de prison accompagnées d’humiliantes années de détention probatoire. Ainsi, la violente et inhumaine répression contre la liberté d’expression et d’opinion touche bientôt et dépasse ensuite la barre des 100 ans d’emprisonnement. Un record mondial pour un Etat membre de l’Organisation Internationale de la Francophonie et du Conseil des Droits de l’Homme, sans oublier sa récente candidature (échouée) au poste du Directeur général de l’UNESCO. Et cela, en toute impunité, malgré de multiples appels solennels et pressants des experts des Nations Unies en matière des droits l’homme: * M. Michel Forst, Rapporteur spécial sur la situation des défenseurs des droits de l'homme; M. José Antonio Guevara Bermúdez, actuel président-rapporteur du Groupe de travail sur la détention arbitraire; et M. David Kaye, Rapporteur spécial sur la promotion et la protection du droit à la liberté d'opinion et d'expression. En résumé, voici les dix condamnations citées ci-dessus, dont 9 membres de l’Association des Frères et Sœurs pour la Démocratie (AFSD) et sept anciens prisonniers :

1. Nguyên Van Dai, avocat, traducteur, blogueur, éditeur et rédacteur, membre de l’AFSD, et du Comité des Droits de l’Homme, condamné le 5 avril 2018 à 15 ans de prison et 5 ans de détention probatoire;

2. Truong Minh Duc, journaliste, blogueur, défenseur des droits humains, membre de l’AFSD, condamné le 5 avril 2018 à 12 ans de prison et 3 ans de détention probatoire;

3. Nguyên Trung Tôn, pasteur, blogueur, défenseur des droits humains, membre de l’AFSD, condamné le 5 avril 2018 à 12 ans de prison et 3 ans de détention probatoire;

4. Nguyên Bac Truyên, juriste, blogueur, défenseur des droits humains, membre de l’AFSD, condamné le 5 avril 2018 à 11 ans de prison et 3 ans de détention probatoire;

5. Lê Thu Hà (f), enseignante, traductrice, membre de l‘AFSD; condamnée le 5 avril 2018 à 9 ans de prison et 2 ans de détention probatoire;

6. Pham Van Trôi, écrivain dissident, défenseur des droits humains, membre de l’AFSD, condamné le 5 avril 2018 à 7 ans de prison et 1 an de détention probatoire;

7. Nguyên Van Tuc, agriculteur, poète satirique, défenseur des droits humains, membre de l’AFSD, condamné le 10 avril 2018 à 13 ans de prison et 5 ans de détention probatoire;

8. Trân Thi Xuân (f), travailleuse sociale, défenseuse des droits humains et de l’environnement, membre de l’AFSD, condamnée le 12 avril 2018 à 9 ans de prison et 5 ans de détention probatoire;

9. Vu Van Hung, professeur, blogueur, défenseur des droits humains, membre de l’AFSD, condamné le 12 avril 2018 à 1 an de prison;

10. Nguyên Viêt Dung, ancien étudiant, dissident, blogueur, défenseur des droits humains et de l’environnement, condamné le 12 avril 2018 à 7 ans de prison et 5 ans de détention probatoire.



*http://www.ohchr.org/EN/NewsEvents/Pages/DisplayNews.aspx?NewsID=22937&LangID=E

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