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Parti pirate : une élue allemande sabordée dans un pire-ratage

Clément Solym - 19.09.2012

Edition - International - Parti Pirate - Julia Schramm - Click me


Blogueuse de renom, membre pivot du Parti Pirate en Allemagne, Julia Schramm a en plus la chance d'être très agréable à regarder. Mais les moqueries devraient se multiplier après que la jeune femme ait réclamé la suppression d'un fichier piraté de son livre Click me : Confessions of an Internet exhibitionist.

 

 

 

Les vues de Schramm sur la lutte contre le piratage semblaient pourtant assez limpides : outre son adhésion et son engagement pour les positions du Parti Pirate, la jeune femme avait qualifié l'expression « propriété intellectuelle » d'« immonde » dans un podcast. À 27 ans, Schramm faisait preuve d'une combativité assez ahurissante.

 

Et pourtant, son éditeur Albrecht Knaus Verlag, filiale de Random House, et l'auteure elle-même n'ont pas traîné lorsque des copies numériques de Click Me ont été mis à la disposition des internautes sur des plateformes de téléchargement et de partage de fichiers. Très vite, une plainte auréolée du prestigieux Digital Millenium Copyright Act a permis de retirer les fichiers, redirigeant les lecteurs vers les boutiques légales - 13,99 € l'ebook - ou la version papier, à 16,99 €. Même le site du Parti Pirate

 

Il semble probable que la plainte de Schramm pour retirer le fichier marque son retrait implicite du Parti Pirate - ou plutôt vice-versa : la seule publication de l'ouvrage avait déjà provoqué des remous dans les rangs de l'organisation politique. Il faut dire que Schramm a reçu un chèque en or de la part de Random House, qui n'a pas rechigné à allonger une avance - les chiffres oscillent entre 100.000 et 130.000 $ pour obtenir la publication de l'ouvrage, que Le Spiegel a qualifié de « désastreux ».

 

Ne pas confondre les effets et les causes

 

Le coprésident du Parti Pirate français, Maxime Rouquet, invite avant tout à la prudence : « J'ai déjà rencontré Julia Schramm, elle est très active ds la communauté. Ce qu'il faut d'abord remarquer, c'est que la plainte a été envoyée par la maison d'édition, le retrait de contenu de sa part me semblait bizarre. » Pour Maxime Rouquet, le problème se trouverait en amont.

 

« Il y a clairement un problème de mise au point avec la maison d'édition : Julia Schramm a pu préciser dans les clauses des instructions pour le partage, et ces dernières ont pu être passées à la trappe par un robot quelconque. » Rappelant l'attention que le Parti Pirate porte à la définition précise des licences libres, ainsi que l'inquiétude qu'il soulève « par son indépendance » en Allemagne, le coprésident français invite à attendre la révélation d'informations plus précises.

 

« Rétrospectivement, il est vrai que j'aurais pu discuter plus longuement de certaines conditions avec mon éditeur » a admis la jeune femme auprès du Welt, en soulignant cependant que des extraits et des textes gratuits sont toujours disponibles via son blog. Mais il reste le manifeste des Pirates, qui préconise la gratuité des usages non commerciaux.

 

Ce qui n'a pas empêché Click Me de disparaître d'un Tumblr créé pour l'occasion de sa sortie par... le Parti Pirate.