Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Pas d'édition 2012 pour Paris en toutes lettres : la mairie réfléchit

Clément Solym - 02.02.2012

Edition - Economie - Paris - Delanoë - manifestation


Depuis 2009 qu'avait cours la manifestation, les tensions n'avaient pas manqué de se faire sentir. « Ville littéraire par excellence, Paris a constitué tout au long de son histoire une terre d'accueil, une source d'inspiration et de création pour les écrivains du monde entier », avait pourtant soutenu en octobre 2010 le maire de Paris, Bertrand Delanoë, fier de son lancement, pour la 3e édition (du 5 au 8 mai... 2011).

 

Mais voilà : la quatrième édition n'aura pas lieu. Bertrand Delanoë et son adjoint chargé de la Culture, Christophe Girard ont confirmé ce qui avait été pressenti comme une option très possible. 

 

Dans un entretien accordé à LivresHebdo, joyeusement verrouillé, le directeur artistique, Olivier Chaudenson, explique que la manifestation qu'il organisait depuis trois ans maintenant n'aura pas lieu. 

 

Il évoque ainsi un « désir d'aller plus loin et de dépasser la simple approche événementielle ». La Mairie de Paris aurait en effet décidé d'apporter un plus fort soutien à la création littéraire, et on entreprendrait de remplacer Paris en toutes lettres par un local permanent d'accueil à la création littéraire. On suspend donc l'édition 2012, au profit d'une réflexion qui va se mettre en place - avec la Maison de la poésie en partenaire. 

 

Présentation en octobre 2011

 

Olivier Chaudenson évoque d'ailleurs la création de cette scène littéraire : « Je voudrais créer ce que j'appelle une “scène littéraire” permanente qui serait entièrement dédiée aux écrivains, aux rencontres, à la littérature vivante et à ses nouveaux modes d'expressions : en particulier les lectures et les performances croisant le texte avec d'autres formes artistiques (musique, image, vidéo...). »

 

Un Paris en toutes lettres, donc, mais toute l'année, plutôt que quatre jours dans l'année. Fameux. « Par ailleurs, le goût du public pour les lectures, les rencontres et les moments collectifs liés à la littérature ne cesse de se renforcer. Il y a donc là une occasion extraordinaire de soutenir cette ouverture de la littérature vers la scène et d'accompagner ce goût du public pour les nouvelles formes de rencontre avec le texte en inventant un lieu qui décloisonne. »

 

On ne l'avait pas vu venir...

 

Ce que l'on omet pourtant gentiment de souligner, c'est qu'en juillet 2011, l'idée d'un arrêt définitif de la manifestation avait été évoqué comme une sérieuse piste d'économie pour la ville de Paris. 

 

Une note interne faisait en effet valoir « l'arrêt de Paris en toutes lettres », dans le cadre du budget annuel de la Ville qui devra être adopté en octobre 2012. Et pour le coup, Paris qui envisageait de faire des coupes franches dans ses dépenses culturelles, ne s'arrêtait pas là : plusieurs établissements de théâtre étaient concernés, et les bourses pour auteurs tout autant menacées. 

 

De fait, dans cette série de coupure, Christophe Girard avait nié et démenti, assurant que la note interne n'avait aucune autre valeur que celle du possible administratif. « Effectivement, ce sont les élus et le maire qui décident, et je peux déjà vous dire une chose : on ne reprendra aucune de ces propositions ! Pour Paris en toutes lettres, pas question de l'arrêter, mais peut-être faudra-t-il revoir la formule. »

 

Sacrément revue, la formule, en effet. Surtout que le maire de Paris avait lui-même promis d'assurer un maintien des efforts en faveur de la culture pour l'année 2012. Dans un communiqué de juillet 2011, on pouvait lire que le maire « s'attachera à ne pas remettre en cause la dynamique des festivals et établissements culturels qui font la richesse de la culture à Paris ». Et de même, il s'engageait à veiller à ce que le budget soit « déterminé de façon particulièrement rigoureuse ».

 

« Comme tous les ans, la préparation du budget de la Ville fait l'objet de nombreuses discussions, (..) chacun étant libre d'exprimer son point de vue, afin de construire un budget équilibré et dynamique », concluait-il. 

 

Pas vraiment étonnante, cette mise en suspens, donc, et moins encore, que l'on annonce dans quelques semaines que l'espace du 104 sera le lieu de convergence souhaité par la Mairie...

 

À suivre, évidemment... Pour mémoire, Paris en toutes lettres recevait une subvention, et son adossement au 104, permettrait 100.000 € d'économies.