Emmanuel Macron enterre définitivement l'amendement Fnac

Clément Solym - 10.06.2015

Edition - Economie - Emmanuel Macron - Alexandre Bompard - ouverture dimanche


Le ministre Emmanuel Macron a définitivement enterré l’amendement Fnac, qui accordait de nouvelles possibilités d’ouverture aux distributeurs culturels. Ironie, le PDG de Fnac était à l’antenne de France Inter, la veille, pour jurer qu’il se battrait jusqu’au bout afin d’obtenir gain de cause. Le combat cessera donc, pas fautes de combattants.

 

Emmanuel Macron distributeurs cultrurels

 

 

Les ministres auraient pu intervenir par décret, précise Emmanuel Macron, pour favoriser cette mesure. Cependant, « si demain on autorise les Fnac à ouvrir, ça a d’ailleurs déjà commencé, les Fnac ne vendant pas que des livres, mais aussi de l’électroménager, du matériel informatique », la tentation pour d’autres enseignes sera de réclamer le même arrangement.

 

« De proche en proche, vous allez généraliser beaucoup plus qu’on ne le veut, l’ouverture des commerces le dimanche », conclut le ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique. 

 

Pour la Fnac, le sujet porte sur la concurrence de l’internet, poursuit-il – oubliant au passage de rappeler que FNAC dispose de sa plateforme de vente en ligne. « Vous avez des enseignes qui ne s’appellent pas FNAC, et qui sont moins françaises, voire moins européennes, qui vendent massivement le dimanche. Qui font plus du quart de leur chiffre d’affaires le dimanche... »

 

Voici donc que reviennent les fameux 25 % de CA que le PDG de Fnac a toujours prêté à Amazon, chiffre allégrement repris par Aurélie Filippetti quand elle était ministre de la Culture, et que le ministre de l’Économie s’approprie – sans qu’il n’ait jamais été vérifié. Amazon avait tout simplement balayé cette estimation. 

 

Mais le ministre entend regarder « au cas par cas », les besoins de Fnac, et des autres sociétés, « pour à la fois lui permettre de faire face à cette concurrence, qui est en effet agressive ». Et ce, sans déstabiliser les autres enseignes qui ne vendent pas de livres, et les libraires indépendants, « dont il faut bien comprendre aujourd’hui les revendications ».

 

Et de conclure : « Réformer, dans un pays qui a une économie installée, alors même qu’il a de nouvelles formes économies qui arrivent, c’est toujours compliqué, parce qu’il y a des effets de bord. » 

 

Il semble donc qu’une totale incompréhension se soit installée. Alexandre Bompard, sur la question des produits vendus, autres que les biens culturels, avait été très clair : dans 90 % des tickets de caisses Fnac, on trouve un bien culturel. « La Fnac est le premier disquaire, le premier libraire, et le premier vendeur de vidéos. On est de très loin le premier distributeur de biens culturels ! »

 

Ce que le PDG de Fnac revendiquait, c’était avant tout de pouvoir disposer, grâce à ses magasins, d’un retour de concurrence, par rapport à Amazon, qui est ouvert par définition en permanence. « On a besoin de ce petit oxygène supplémentaire », assurait-il. 

 

L’amendement est en tout cas parti pour une apnée, qui semble bien définitive.

 


Emmanuel Macron : "Il faut donner de la... par franceinter


Pour approfondir

Editeur : CNRS Edition
Genre : industrie culturelle
Total pages : 213
Traducteur :
ISBN : 9782130581659

La Fnac ; Entre Commerce Et Culture

de Vincent Chabault

On trouvera ici une histoire croisée de la Fnac et de ses employés. Fondé en 1954 par deux anciens militants d'extrême-gauche, ce distributeur façonne les pratiques de consommation culturelle des Français : les temps forts du développement de l'enseigne illustrent un modèle commercial basé sur l'alliance avec le consommateur, la médiation culturelle et les prix bas. L'ouvrage étudie également la trajectoire professionnelle des générations d'employés, entrés à la FNAC pendant ou après des études supérieures. Ce livre contribue à la fois aux réflexions menées sur la consommation culturelle et sur l'insertion professionnelle des jeunes générations. Vincent Chabault est maître de conférences en sociologie à l'Université Paris Descartes et membre du Centre de recherche sur les liens sociaux (CNRS).

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