Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Pas de dumping chez Amazon, garant de 'la diversité culturelle en France'

Nicolas Gary - 01.10.2013

Edition - Economie - Amazon - dumping - diversité culturelle


L'exercice périlleux de la justification pour Amazon s'est déroulé hier soir dans les colonnes du Figaro. Romain Voog, président d'Amazon France SAS a répondu aux accusations portées par le syndicat de la librairie, ou encore la ministre de la Culture, pour qui la société américaine pratique un dumping qui introduit une concurrence déloyale vis-à-vis des libraires. Une réponse bienvenue, puisqu'elle intervient quelques jours avant l'examen à l'Assemblée nationale d'une proposition de loi UMP favorable à la suppression de la gratuité des frais de port.

 

 

ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

 

On le sait, le cumul des 5 % de remise, accordés par la loi Lang, et la gratuité des frais de port, quel que soit le montant de la commande, sont de véritables forces pour Amazon. Si l'UMP souhaite que disparaisse la seconde option, le ministère de la Culture, pour sa part, voudrait que dans le cadre de la vente en ligne, il soit impossible de cumuler les deux offres. C'est que, pour l'ensemble des concurrents, sur le net, d'Amazon, ces deux points pèsent lourdement dans la balance. 

 

Mais Romain Voog, selon l'éternelle stratégie d'Amazon que de mettre au centre de tout le consommateur, préfère considérer ces approches législatives comme des torts causés aux clients. Le prix de vente public serait plus élevé, souligne-t-il, oubliant soigneusement de préciser que le prix du livre serait enfin unique pour tout le monde. 

 

Et de relativiser : « Si les projets de loi passent, cela aura un impact mineur sur Amazon mais en revanche, cela pénalisera les consommateurs et menacera la diversité culturelle en France, car Amazon offre le plus large choix de livres neufs ou d'occasion en France. » Certains doivent grimacer de colère, en voyant repris, dans la bouche de M. Amazon, les arguments mêmes que sert le Syndicat de la librairie Française, pour lutter justement contre Amazon. Joli retournement de situation, clairement, mais pas convaincant pour autant : on sait combien le monopole d'Amazon pèse sur l'industrie américaine du livre, et ce que la société peut imposer aux éditeurs, petits ou grands, de par son poids. 

 

De même, s'il est évident que la fin de la gratuité des frais de port s'applique, les accords passés par la société américaine pour la distribution ne gêneront pas réellement. En revanche, Romain Voog passe sous silence le fait que si la TVA est de 5,5 % en France pour tous les acteurs, celle d'Amazon est de 3 %, puisque son siège est basé au Luxembourg. De la sorte, c'est moins la question du dumping qui se pose que celle de l'optimisation fiscale. 

 

Car, sur le dumping, le président est clair : c'est illégal, et Amazon perd de l'argent, certes, mais non pas pour des pratiques illégales. C'est « parce qu'il investit massivement dans des entrepôts. En France, nous avons ouvert quatre entrepôts dans lesquels nous stockons 800.000 titres différents pour pouvoir servir au mieux les lecteurs ». Sauf que pour ces entrepôts, la firme a perçu des aides de l'État, et que, tout comme aux États-Unis, la société est capable de faire fortement pression si l'on vient lui chatouiller les centres de distribution.

 

Seule chose intéressante, à prendre avec des pincettes taille XXL, ce sont les données que Romain Voog livre sur le fonctionnement d'Amazon.  

Nous réalisons 70% de nos ventes sur des livres de fond de catalogue qui ont plus d'un an. Au contraire, les libraires se concentrent sur les nouveautés et ne peuvent pas servir les clients qui demandent des ouvrages plus anciens, car ils ne les conservent pas en stock. Nous sommes donc parfaitement complémentaires.

Par ailleurs, si l'on regarde les parts de marché, la vente en ligne de livres ne représente que 10% du marché de l'édition. Les grands vendeurs de livres sont les grandes surfaces alimentaires (20% du marché) qui réduisent leurs offres aux best-sellers, et les grandes surfaces spécialisées dans la culture, qui disposent d'un quart du marché. Les librairies indépendantes conservent encore 20 % du marché.

 

On ignore bien entendu si ces données incluent les ventes de livres d'occasion, les ventes d'ebooks ou quoi que ce soit d'autre, mais ce positionnement est particulièrement significatif. Pour renverser la mauvaise presse dont la société est victime - au point d'avoir décidé de boycotter le Salon du livre de Paris pour l'édition 2013 - se présenter comme une offre complémentaire présente de nombreux avantages. 

 

Quant aux arguments déployés autour de la création de 458 CDI, originellement des CDD, on renverra à la lecture du livre de Jean-Baptiste Malet. Ce journaliste qui s'était infiltré dans un entrepôt d'Amazon fait un état des lieux assez alarmant des conditions de travail dans un centre Amazon...