Pas de livres pour les détenus : Prisons les chaînes

Clément Solym - 02.04.2014

Edition - International - prison - interdire les livres - prisonniers


La guerre est déclarée, entre les écrivains britanniques et le gouvernement. Contre l'interdiction d'envoyer des livres aux prisonniers qui ne se seraient pas bien comportés, les auteurs poursuivent leur vindicte, tentant de faire entendre raison à David Cameron et son secrétaire d'État à la Justice. Mais en renfort, d'autres acteurs, directement venus du monde carcéral, font entendre leur voix. 

 

 

Prison ?
maciek_draba, CC BY NC 2.0

 

 

Mark Haddon, Salman Rushdie, Julian Barnes, Ian McEwan et d'autres, intiment à Chris Grayling de revoir ses positions, et de revenir sur son choix, avant d'être couvert de ridicule. Demandant que soit reconsidérée cette approche, ils assurent, depuis la semaine dernière, comprendre « que les prisons doivent être en mesure d'appliquer des règles incitant les détenus à adopter un comportement correct ». Pour autant, sanctionner les livres, en ce qu'ils sont des « bouées de sauvetage », permettant de renouer avec le monde et la sociabilité, demeure une erreur grave, déjà plusieurs fois dénoncée. 

 

Frances Crook, directrice générale de la Howard League for Penal Reform, s'est jointe à eux. L'interdiction de réception de colis personnels contenant des livres fait partie d'un ensemble plus large que la Justice britannique souhaite mettre en place. Mais pour certaines organisations de défense des droits de l'Homme, cette mesure serait tout bonnement illégale. Comment un secrétaire d'État, fut-il à la Justice, pourrait-il appliquer une nouvelle peine qu'aucun juge n'a validée ?  

 

Pour le gouvernement, la position est maintenue : les prisonniers peuvent se procurer des livres grâce à la bibliothèque de l'établissement pénitencier dans lequel ils se trouvent. Et si leur ouvrage n'est pas au catalogue, il est toujours possible de le commander. Sauf que, oublie-t-on de préciser, les budgets d'acquisition dans les établissements publics de prêt fondent comme neige au soleil : comment ceux accordés aux prisons pourraient alors se vanter de disposer de fonds plus avantageux ?

 

La pétition lancée par les écrivains a désormais atteint plus de 24.000 signatures, et il faudra bien que le gouvernement britannique écoute le peuple, juge-t-on. L'auteur Terence Blacker insiste d'ailleurs sur ce point : habitué aux visites en prison, il assure que ces objets, pour le moins inoffensifs, sont des liens forts entre les personnes. « Lire des livres à leurs enfants permet aux prisonniers de renouer avec la normalité. Ils peuvent être drôles, enthousiastes ou rassurants. Durant ces moments, ils redeviennent de simples parents qui emportent un enfant dans un conte de fées pour la journée. »

 

Dans les prisons, insiste Chris Grayling, l'enjeu est celui de l'amélioration de l'alphabétisation, pas l'accès à la littérature. Le défi pourrait donc être distingué : la forme et le fond. Mais peut-on réellement relever l'illettrisme sans livres ?