Pas de préservatif, je veux un orgasme comme dans mon livre

Clément Solym - 07.07.2011

Edition - Société - sexe - romance - litterature


Définitivement, les scientifiques semblent avoir un problème avec la littérature de romance. Selon une équipe de psychologues, ce genre de fiction est passablement nuisible, et finalement, ses conséquences s'observent... dans les cliniques et les salles de consultation.

Dans le Journal of Family Planning and Reproductive Health Care, Susan Quilliam, psychologue, explique en effet qu'il lui arrive simplement de conseiller à ses patients de laisser tomber ces livres, et de revenir à la réalité. Parce que le constat est assez sidérant. « Un grand nombre des problèmes que nous rencontrons dans les cliniques et les salles de thérapies proviennent de la littérature de romance », précise-t-elle.

Accros à la romance

Dans ces romans, on y peut découvrir de sulfureuses relations sexuelles non protégées, des grossesses non désirées, des attentes sentimentales et sexuelles surréalistes et des ruptures déchirantes...

Ainsi, estime le Dr Juli Slattery, les romans d'amour peuvent « déséquilibrer dangereusement les lecteurs » et d'ajouter que « nombre de femmes sont cliniquement accros aux livres romantiques ».

Slattery ? Mais le nom ne nous est pas inconnu ! Et pour cause. C'est cette même psychologue qui expliquait, début juin : « Il existe un élément neurochimique dans l'interaction entre les hommes et le porno, mais une relation émotionnelle entre les femmes et ces romans. »
(notre actualitté)

Des orgasmes à répétition ?

Eh bien la voilà donc qui récidive, et rempile, dénonçant les méfaits de la libération sexuelle des années 70. Et dans le British Medical Journal, elle ajoute que les lectrices se plongent dans des histoires folles... Où « les héroïnes sont sauvées du danger par un héros, et ensuite s'abandonnent dans des relations à orgasmes multiples et des grosses interminables et sans embûches ». Des manières qui sont à l'opposée de ce qu'elle essaye de promouvoir, dans le cadre du planning familial.

Des femmes conscientes

C'est toute une pédagogie qu'il convient en effet de mettre en place, assure-t-elle, notamment sur la sexualité, la découverte du corps et l'obtention du plaisir, qui ne marche pas comme dans les livres.

Il faut aussi expliquer qu'une grossesse n'est pas forcément une partie de plaisir, qu'elle peut s'accompagner de complication, pour la mère, l'enfant... Mais également que la présence d'un bébé donne des responsabilités et du stress en pagaille...

« Et surtout, nous apprenons que le sexe peut être merveilleux et les relations amoureuses douces, mais que ni l'un ni l'autre ne sont toujours parfaits et qu'en les idéalisant, c'est le meilleur moyen de se faire du mal. » Sauf que les ouvrages de romance viennent fiche en l'air ce type de discours : si elle, dans ce livre, est heureuse, avec des orgasmes à répétition pourquoi pas moi ?

Un éditeur à la mer !


Cependant, les romans publiés par Mills & Boon semblent trouver grâce à ses yeux, avec de véritables personnages qui ressemblent à la vie réelle. Des handicaps, des tentatives pour les surmonter, de la vie, de la profondeur... Pour autant, une enquête que la psychologue cite montrerait que l'on ne fait état des préservatifs que dans moins de 12 % des ouvrages qui sortent.


Et la relation entre la réticence à la capote et la littérature romantique serait alors plus simple à expliquer. Ainsi, une personne venant pour une consultation pourrait tout à fait dire qu'elle refuse de mettre des préservatifs parce qu'elle veut vibrer lors de l'orgasme de son partenaire, autant que son héroïne favorite...

« Si les lecteurs commencent à croire l'histoire que raconte la fiction romantique, alors ils vont accumuler les ennuis - et ils les transporteront jusque dans nos cabinets de consultation. » Or, dans fiction romantique, il y a surtout le mot fiction, qui semble échapper à bien des lectrices - incapables de distinguer le témoignage de ce qui est pure invention...

Au point que l'éditeur ait dû diffuser un communiqué, pour assurer que ses ouvrages ne sont en rien des guides du monde réel, mais bien des oeuvres de fiction. Et estimer que leurs lecteurs sont assez intelligents pour faire la distinction...