Patatras à Caracas : l'isolation culturelle du Venezuela nuit aux livres

Clément Solym - 24.02.2012

Edition - International - Venezuela - Roger Michelena - Ficcion Breve


L'industrie du livre vénézuélienne ne se porte pas bien. Pas bien du tout. Roger Michelena, éditeur et libraire, est l'un des hommes les plus influents de l'univers littéraire du Venezuela, et son témoignage fourni par Publishing Perspectives n'annonce pas de jours meilleurs dans les années à venir.

 

De nombreux observateurs avaient déjà alerté sur le fait que le pays était très isolé en matière culturelle, souffrant de la politique littéraire en vigueur dans les hispanophones. Chacun d'eux agit comme des gros conglomérats dont la maison mère reste l'Espagne. Mais le hic dans cette affaire, c'est que les auteurs d'Amérique latine ne sont distribués que dans leur pays, les frontières restant hermétiques aux échanges directement entre les pays. Avec pour résultat ce constat alarmant : seul 1 % des livres publiés dans le monde sont disponibles au Venezuela.

 

Michelena veut briser ce cercle et pour ce faire il a doublé sa casquette, faisant de lui à la fois un éditeur et un libraire. Une reconversion partielle qu'il a su faire fructifier, Ficcion Breve, la maison qu'il a montée en 1999 est devenue l'une des plus grandes du pays avec 500 titres publiés par an.

 

 Sur son blog perso, l'éditeur essaie de préserver la lecture comme il l'aime.

Entre café, critique et érotisme.

 

Et même s'il s'est lancé corps et âme dans l'édition, Roger Michelena considère toujours son métier de libraire comme la connexion nécessaire entre lecteurs et écrivains : « Nous sommes les gardiens qui guidons le lecteur dans la forêt de titres et d'auteurs ». Une réalité d'autant plus forte que l'État vénézuélien investit peu dans la culture, et par suite, dans la littérature. Ainsi, Michelena rapporte : « récemment, je suis allé à la Bibliothèque nationale (Biblioteca Nacional) et j'ai découvert qu'ils n'avaient pas acheté de livre depuis près de trois ans. Le principal pourvoyeur est le gouvernement, mais il y a beaucoup de livres précieux publiés par les sociétés privées ou étrangères. »

 

« Dans 90 % des cas, je n'aurai pas le livre que le client me demande »

 

Cela a pour conséquence de restreindre drastiquement la distribution et donc la disponibilité des livres chez les libraires. « Dans ma librairie, je sais d'avance que dans 90 % des cas, je n'aurai pas le livre que le client me demande ». En cause, le carcan administratif qui enserre le pays.

 

« Ce n'est pas le contenu qui est sous contrôle, mais ce sont les importations. Les procédures sont devenues tellement lourdes, qu'il est courant de repartir de zéro après plusieurs mois de travail parce qu'un fonctionnaire habilité  n'a pas signé les papiers à temps ». Premières conséquences de ces difficultés, le départ des éditeurs historiques : « il y a des éditeurs importants, comme McGraw-Hill, qui avaient des succursales au Venezuela et qui ont décidé de quitter le pays ».

 

Alors certes, la production intérieure de livres vénézuéliens augmente fortement ces dernières années, mais de l'autre côté les livres internationaux sont de moins en moins accessibles. Le mot de la fin revient à Michelena : « Une culture, pour être belle et vivante, a besoin de diversité ».