Patience et longueur de temps : l'agent littéraire et son bâton de pèlerin

David Pathé Camus - 30.09.2019

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DOSSIER – Pour qu’advienne la rencontre entre un manuscrit et un éditeur, l’agent littéraire sera de plus en plus indispensable. Une raison simple à cela : sa connaissance des interlocuteurs et sa capacité à proposer le bon livre au bon interlocuteur. David Pathé-Camus, auteur, traducteur et agent littéraire, examine les facettes de ces échanges, et comment les faire aboutir au mieux.
 

Nils Holgersson - pixabay licence


La plupart des éditeurs avec lesquels je travaille connaissent bien leur métier. Ce sont, dans leur immense majorité, d’excellents professionnels qui ne laisseront pas passer un manuscrit qui leur correspond. Et puis, même si ce sont des commerciaux (je veux dire par-là qu’ils cherchent à dégager des bénéfices), ce sont aussi des lecteurs. Les coups de cœur existent, indépendamment de la valeur « commerciale » d’un manuscrit.

J’ai déjà eu plusieurs fois l’immense plaisir de défendre — et de vendre — des ouvrages pour des raisons avant tout littéraires. Y compris un certain premier roman reçu via la boîte mail de l’agence. L’un de ces si fameux 1 projet sur 200 que je retiens.
 

Apprendre la patience, surtout


Une fois le manuscrit envoyé aux éditeurs, il peut s’écouler entre quelques minutes à plusieurs mois avant qu’un éditeur réponde favorablement. Mon record, je crois, était d’une poignée de minutes. Mais généralement, il faut attendre plusieurs jours. Deux ou trois semaines est un bon délai. (Traditionnellement, le temps pour avoir une réponse est de trois mois — mais cela varie en fonction de vos liens avec la maison d’édition et de la nature du manuscrit envoyé.) 

Il arrive parfois que les mois s’écoulent sans qu’on reçoive de réponses. Charge à nous, l’agent, de voir pourquoi l’éditeur n’a pas encore répondu. Peut-être est-il débordé, pris par tel autre projet. Peut-être croule-t-il sous les manuscrits urgents à lire. Si nous avons la conviction qu’un manuscrit correspond pile-poil à l’éditeur auquel on l’a adressé, il ne faut pas hésiter, gentiment, à le relancer. Comme quand on dit à un ami : « Mais comment ? Tu n’as pas encore lu ce livre formidable que je t’avais recommandé il y a quelques mois ? »

Cela dit, le quotidien d’un agent est de s’entendre dire « non ». (Et encore, j’estime qu’il a de la chance quand on lui répond.) Il faut juste, dans certains cas très précis (et rares), se permettre d’insister — et de relancer. 
Quand un manuscrit correspond très exactement à l’éditeur à qui je l’envoie, je le sais. Mais lui ne le sait pas toujours. Charge à moi de lui ouvrir les yeux. 

Et si votre manuscrit n’est pas pris ? Cela peut arriver aussi. Cela n’est pas, d’ailleurs, parce qu’il n’est pas de qualité. Dans les exemples que j’ai en tête, c’était parce qu’il n’y avait pas de marché assez important pour ce genre de titre, ou parce qu’un autre livre, sur le même sujet, était déjà en préparation dans la maison d’édition. Ou parce qu’il était trop tôt — les meilleurs livres sont parfois, tout simplement, en avance sur leur temps.

Comme le disait une de mes amies éditrices pour justifier le fait qu’elle ne ferait pas d’offre sur tel titre que j’adorais, et qui mettait en scène gays, lesbiennes et transsexuelles : « Le marché n’est pas prêt. »  

Dans ce cas, on reprend son bâton de pèlerin, on cherche en profondeur, on élargit le champ des éditeurs auxquels on soumet le projet. Et on le garde en tête, en prévision du jour où un nouvel éditeur surgira — car oui, ce jour finira bien par arriver. Un jour, un éditeur cherchera justement le genre de livres que nous avons au catalogue, et qu’il a tant de mal à trouver. Encore une fois : quand un projet est bon, il finit toujours par être édité. Même si cela doit prendre plusieurs années. 
 

Le retour et la signature


Il n’est pas facile pour un auteur d’avoir à attendre, surtout quand son agent n’a que des refus à lui annoncer. Le mieux, c’est de travailler à un autre manuscrit, et de garder dans un coin de sa tête celui qui n’a pas encore trouvé preneur. 

En trente mois passés à l’agence AJA, j’ai défendu plusieurs centaines de projets, et j’en ai vendu (et donc négocié) deux cent quarante (soit pour mes auteurs en direct, soit pour le compte d’éditeurs ou d’agents que je représentais), dans une dizaine de territoires. Deux cent quarante occasions de négociations avec les éditeurs. Deux cent quarante de ces moments que beaucoup d’auteurs redoutent, et que j’apprécie tout particulièrement. 

Lorsqu’un éditeur souhaite acquérir une œuvre, il s’enquiert auprès de l’agent de la disponibilité des droits de l’œuvre en question. Il arrive en effet que les droits ne soient plus disponibles. L’œuvre n’est peut-être pas encore parue, mais un autre éditeur en a acquis les droits et s’apprête à la publier – voire, l’a déjà publiée sans que le premier éditeur sans soit aperçu.

Si les droits sont disponibles, l’éditeur envoie une offre. J’insiste là-dessus : c’est à l’éditeur de faire une offre. Il peut arriver que l’agent fixe un minimum et dise, par exemple : « Nous ne céderons pas les droits à moins de telle somme ». Ou qu'il assortisse la cession de quelques conditions – comme l’obligation pour l’éditeur d’acquérir les droits de tel autre ouvrage, passé, présent ou à venir –, mais il est important que ce soit l’éditeur (autrement dit l’acquéreur) qui fasse l’offre. 

 
Prochain article : La négociation — partie 1

Précédemment : Le bon livre pour le bon éditeur

Dossier - Profession : agent littéraire, un métier mal connu


Commentaires
"Scouts toujours prêt !" ou "Baden Powel", nom d'une agence littéraire particulièrement réactive, voire prédictive. wink
Et à qui faut-il s'adresser pur trouver l'agent littéraire qui saura convaincre un éditeur de publier son livre???? Si vous connaissez cet oiseau rare, let me know pleazzzze
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