Patricia Battin, bibliothécaire pionnière dans l'usage du numérique

Maxim Simonienko - 06.06.2019

Edition - International - patricia battin - stockage numérique bibliothèque - université columbia


Patricia Battin est morte le 22 avril 2019 suite à des problèmes cardiaques, dans une maison de retraite du Maryland (États-Unis). Peu connue du grand public français, elle était une figure majeure dans le milieu américain des bibliothèques. Elle a notamment contribué à faire évoluer sa profession et à mettre en œuvre une politique en phase avec la révolution numérique.
 

La Bibliothèque Butler de l'Université Columbia (Achen33 - CC BY-SA 3.0)

 

Un combat pour le stockage numérique


C'est à partir des années 1970 et 1980 que sa voix commence à être entendue. Patricia Battin s'était spécialisée dans le reformatage des livres et des vieux journaux, utilisant des microfilms, des ordinateurs et même Internet, des technologies qui, rappelons-le, commençaient tout juste à émerger. Son seul et unique but était d'utiliser ces nouveaux outils pour conserver les livres et les rendre plus accessibles tout en créant davantage d'espace sur les étagères de sa bibliothèque pour les futurs ouvrages imprimés.

Dans les années 1980, elle a dirigé une campagne nationale visant à sauver des millions de livres abîmés, publiés entre 1850 et 1950, en persuadant le Congrès d'augmenter son financement alloué aux opérations de microfilmage. Ce support de stockage analogique a permis de sauvegarder et d'archiver des milliers de documents patrimoniaux.

Cette action, que l'on pourrait qualifier aujourd'hui de visionnaire, n'était pas perçue d'un bon œil par l'ensemble de l'élite littéraire. L'écrivain Nicholson Baker accusait ainsi Patricia Battin d'être « motivée par l’hyperbole », assurant que la dématérialisation de certaines archives pourraient être « dévastatrices ». Dans son ouvrage Double Fold : Libraries and the Assault on Paper, publié en 2001, Baker dénonçait notamment le massicotage des reliures qui était nécessaire pour aplatir les pages lors d'un microfilmage. Cependant, de nombreux critiques ont contesté les propos de l'ouvrage et reprochaient à l'écrivain d'avoir déformé les faits.
 

Le livre, un format merveilleux mais encombrant


De 1987 à 1994, Patricia Battin a été présidente de la Commission sur la préservation et l'accès, aujourd'hui renommée en Conseil de la bibliothèque et des ressources en informations. C'est un groupe privé à but non lucratif qui s'engage à la préservation des documents publiés et des archives, quel que soit leur format.

« Le livre est une technologie merveilleuse à utiliser, mais c'est un format de diffusion encombrant et un format de stockage de plus en plus fragile en cette ère de télécommunications rapides », écrivait-elle en 1989.

Bien avant cela, elle avait été embauchée par l'Université Columbia, en 1974. En tant que directrice des services de bibliothèque, elle a réussi à créer l'un des premiers catalogues de cartes électroniques. Quatre ans plus tard seulement, elle a été promue vice-présidente des services d’information.

Elle a eu le privilège d'avoir été la première femme à diriger une bibliothèque de l'Ivy League et l'une des premières bibliothécaires universitaires à superviser à la fois des services de bibliothèque et des technologies de l'information. Elle était au centre de toutes les informations des 26 bibliothèques du campus, quelle que soit la manière dont elles étaient stockées ou diffusées. Néanmoins, avec l'arrivée des premiers ordinateurs, qui pouvaient stocker et trier un nombre d'informations bien plus important, ses missions ont été revues et modifiées en conséquence.

Pourtant, elle n'a pas l'air très rancunière vis-à-vis du progrès technique, bien au contraire. « Le monde des bibliothèques de recherche est en ébullition. Tous les principes et hypothèses sur lesquels nous avons construit nos bibliothèques au cours des cent dernières années sont remis en question aujourd'hui », écrivait-elle en 1983.
 

Ses efforts ont fini par payer puisque son travail a été récompensé par le prix du bibliothécaire de l'année en 1990 par l'Association des bibliothèques universitaires et de recherche. Après son départ de la Commission sur la préservation et l'accès, en 1994, elle a ensuite décidé de diriger un « projet de bibliothèque virtuelle » de trois ans à l'Université Emory. En 1999, le président Bill Clinton lui a décerné la Médaille nationale des sciences humaines.

via The New York Times, Association of Research Libraries



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