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Patrick de Carolis se pique de latinité et pioche chez Pierre Grimal

Clément Solym - 03.11.2011

Edition - Justice - Pierre Grimal - Patrick de Carolis - plagiat


Pierre Grimal est un homme qui ne peut pas laisser un latiniste indifférent. Auteur de plus d'une trentaine de livres, ce spécialiste des lettres romaines a voué sa vie à la culture antique. De fait, il était au latin ce que Jacqueline de Romilly fut au grec ancien : un géant passionné. Il appréciera donc que son héritage aille de Charybde en Scylla...


C'est que, certes, Patrick de Carolis, ancien président de France Télévisions, a quelques origines italiennes, mais de là à croire qu'un engouement soudain pour la Rome antique lui soit subitement tombé du ciel, c'est laisser trop de place à une improbable théophanie.

 

Ma Dame, Sa Muse

 

Pourtant, ledit Patrick a publié chez Plon un ouvrage, La dame du Palatin, qui vient de se faire doucement canarder par nos confrères du Canard enchaîné. De quoi parle-t-on ? D'un plagiat en bonne et due forme, mais avec intelligence puisque c'est justement chez Pierre Grimal que Patou aurait été cherché ses références.

 

Notons d'ailleurs que, depuis le 12 octobre, Patrick de Carolis est membre de l'Académie des Beaux-Arts, largement salué par ses pairs. A l'occasion de son discours, il s'est d'ailleurs fendu d'un superbe : « La culture d'une société, c'est l'art qu'elle respire. » Mais dans son ouvrage, ça respirerait plutôt le repompage dans les règles.

 

Rome, objet de ressentiment

 

Voici donc l'histoire : La dame du Palatin, selon l'éditeur « dessine le portrait d'une femme soumise aux règles de sa condition sociale, puis entraînée malgré elle dans les intrigues sanglantes de la Rome impériale de Claude, d'Agrippine et de Néron ». La pauvrette.

 

Mais selon le Volatile, le plus grand talent dont Carolis fait preuve est celui de la réécriture. Exemples à l'appui

Chez Carolis, on peut lire : Le cortège s'arrête devant la porte de la maison nuptiale où Taurus l'a précédé afin d'y recevoir sa jeune épousée. Paulina descend de litière pour y déposer des offrandes aux divinités du seuil, oindre d'huile les montants du portique d'entrée et y attacher des bandelettes de laine.

 

Chez Grimal, dans L'amour à Rome (Ed. Belles Lettres, 1979)... Enfin, on parvenait à la porte de la maison nuptiale. La fiancée s'arrêtait pour offrir quelques prières aux divinités du seuil : elle oignait d'huile les montants et y attachait des bandelettes de laine.

Un exemple parmi d'autres. C'est qu'en effet, l'épouse de Pierre, Laurence Grimal, a décidé de porter plainte ces prochains jours, contre Carolis et Plon, pour « plagiat caractérisé », après avoir relevé 175 emprunts, de fond comme de forme. C'est que l'on ne trouve pas que des emprunts à l'opus cité, mais d'autres auraient été réutilisés, comme Les mémoires d'Agrippine ou Le procès de Néron, des récits, certes reposant sur une certaine réalité historique, mais surtout, fruit de l'imaginaire de Grimal.

 

Autre exemple, toujours pris au Canard enchaîné :

 

Chez Carolis : « Elle est accueillie dans l'atrium par Taurus, qui lui offre le feu et l'eaui, symboles de la vie commune et du culte familiale, mais aussi éléments vitaux à la célébration des rites sacrés. »

Chez Grimal : « La fiancée attendait dans l'atrium, et lui offrait le feu et l'eau ces deux éléments vitaux, indispensables à l'existence aussi bien qu'aux rites sacrés. »

 

On pourrait y trouver plus qu'un air de famille, en effet.

 

Contacté par nos confrères, Olivier Orban, patron de Plon, refute toute forme de plagiat. « Ce sont des faits historiques, mélangés à du roman. Évidemment que l'auteur prend ses sources chez Pierre Grimal, mais il le fait aussi chez d'autres auteurs antiques, Tacite et d'autres. »

 

Certes, mais si les seconds relèvent du domaine public, le premier, lui, n'a pas même les honneurs d'une citation, comme cela se fait pourtant chez les latinistes et hellénistes. Et Olivier Orban le regrette, évidemment...

 

Des sources gardées sous silence, mais mieux encore : si Grimal est cité, c'est que Carolis lui attribue, dans une largesse qui vaut la clémence d'Auguste, d'avoir recensé 15 oeuvres de Sénèque.

 

Lequel avait l'habitude de dire : « Le discours est le visage de l'âme. » Dont acte.