Patrick Deville accusé de négliger une de ses sources pour Peste & Choléra

Clément Solym - 05.10.2012

Edition - International - Patrick Deville - Peste & Cholera - Goncourt


A l'occasion de la rentrée littéraire 2012, certains auteurs en course pour être primés sont soupçonnés de forfaits plus ou moins similaires. Ainsi  Patrick Roegiers, outsider du Grand Prix de l'Académie française fait face a une accusation de plagiat (voir notre actualitté). Quant à Patrick Deville, attendu comme gagnant au Goncourt, se voit reprocher de ne pas avoir assez cité l'une de ses sources dans son ouvrage Peste & Cholera. Une mauvaise publicité dont les écrivains se passeraient bien, et une vraie fausse polémique selon l'avis des deux intéressés.

 

 

Pour les deux Patrick, tout a commencé par l'envoi de lettres adressées à certains jurys littéraires parisiens. Puis les rumeurs ont enflé sur internet, avant que les démentis et autres explications ne s'empêtrent en répliquant aux accusations.

 

 

Pour le cas de Patrick Deville, ces lettres sont signées par un ancien éditeur scolaire oeuvrant désormais au guide Michelin, Olivier Brossollet. Celui-ci soutient que l'écrivain aurait pillé une biographie du médecin-baroudeur Alexandre Yersin.

 

Le livre Peste & Cholerarécent lauréat du prix du roman Fnac 2012, retrace en effet l'histoire romanesque et aventureuse de celui qui fut membre de l'institut Pasteur. Le découvreur du bacille responsable de la peste, Yersin, a vécu une existence aussi foisonnante qu'un nid à bactéries. L'homme  a revêtu tour à tour les casquettes de biologiste, médecin, botaniste, astronome, mécanicien, opticien, ou explorateur...

 

La source du malaise

 

L'historienne Jacqueline Brossollet et l'épidémiologiste Henri Mollaret sont à l'origine d'une première biographie du célèbre franco-suisse. Alexandre Yersin ou le vainqueur de la peste est paru chez Fayard en 1985, avant d'être réédité en 2001 sous le titre Yersin, un pasteurien en Indochine chez Belin. L'ouvrage a notamment décrypté les correspondances du personnage, conservées parmi les archives de l'institut Pasteur.

 

Patrick Deville cite ces correspondances à de nombreuses reprises au cours de son récit, une soixantaine de fois selon le fils de Jacqueline Brossollet, ce qui a provoqué la colère des héritiers de l'ancienne biographie. La veuve d'Henri Mollaret a notamment déclaré : « Je n'ai rien contre Monsieur Deville, mais il se fait passer dans la presse pour un découvreur, comme si ce travail n'avait été effectué par personne. »

 

Vraie fausse polémique

 

L'écrivain accusé, habituellement perçu comme un investigateur de la littérature, voit sa réputation mise à mal par les propos de Brossollet. Ce dernier a affirmé : « Il est normal de citer une correspondance. Mais si j'écris un livre sur Proust et que tous les passages épistolaires utilisés sont ceux qu'a déjà utilisés Pinter, son plus célèbre biographe, je ne vais pas me faire passer pour un rat de bibliothèque qui a fouillé un trésor inexploité. »

 

Pour sa défense, Deville rappelle qu'il a passé des dizaines d'heures à explorer les archives de l'institut Pasteur et avoue avoir consulté consciencieusement l'ouvrage de 1985. L'écrivain a confirmé connaître l'ouvrage : « Évidemment ! Comme j'ai lu celles de Bernard Noël et Henri Jacotot, puisque j'ai essayé de tout lire. »

 

Du côté de l'auteur et de sa maison d'édition, il apparaît normal que des biographies affichent des similitudes. La partie soutient l'idée que si elles s'attachent au même personnage central, il serait plutôt inquiétant de n'en trouver aucune.

 

Si Patrick Deville obtient finalement le Prix Goncourt le 7 novembre prochain, comme le prévoient de nombreux pronostiqueurs, l'ajout d'un hommage à Jacqueline Brossollet et Henri Mollaret pourrait bien compléter les remerciements d'une éventuelle réédition de son dernier livre et enterrer définitivement la hache de guerre.