Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Patrimoine, singularités et violentes amours : nos romans de la rentrée du Collectif

Béatrice Courau - 01.07.2017

Edition - Les maisons - éditeurs Collectif romans - rentrée littéraire 2017 - Anne Carrière éditeurs


C’est sur God only knows que Stephen Carrière, à la tête du Collectif regroupant les éditions Anne Carrière, Aux Forges de Vulcain, Le Nouvel Attila, La Belle Colère et Plein Jour, a ouvert le bal à la Maison de la Poésie. Une entrée en matière musicale, totalement irrésistible, quand l'éditeur lance, tout sourire : « J'ai toujours rêvé de faire une entrée sur cette musique. » Bienvenue dans une autre rentrée littéraire. 
 

anne carriere attila forges vulcain



Qui n'attendait pas avec frénésie le prochain titre de Gilles Marchand, Un funambule sur le sable, aux éditions Aux Forges de Vulcain. L’auteur d’Une bouche sans personne, Prix Libr’à nous 2017, met en scène Stradi, jeune garçon « handicapé ». Handicapé ? Pensez donc, il est né avec un violon dans la tête. Un vrai violon. Différent ? Pas vraiment, il y a juste cette histoire de violon qui grince quand il cauchemarde, qui joue à la moindre émotion ressentie. Mais qui lui permettra aussi de converser avec les pinsons…

Merveilleusement déroutant, de la fable, le texte bascule imperceptiblement vers un délicat et profond roman d’apprentissage. Nous y reviendrons évidemment.



 

Cette rentrée voit décidément arriver en traduction des textes fondateurs de la littérature américaine. Six ans de travail ont été nécessaires au traducteur pour nous livrer toujours Aux Forges de Vulcain le monumental Sheppard Lee, écrit par lui-même, de Robert Montgomery Bird. Il signa, avant Le dernier des Mohicans, avant La lettre écarlate, avant Moby Dick, ce qu’Edgard Poe lui-même qualifia de premier roman américain. Sheppard, figure du bras cassé meurt très vite dans le roman, ce qui lui donnera l’occasion de se réincarner dans une galerie de personnages, qui dresseront au fil de la lecture un incroyable portrait sans concession de cette Amérique tout entière en proie à l’ivresse de la liberté. Patrimoine.
 

L’Amérique encore, cette fois au Nouvel Attila, avec The Only Ones, de Carola Dibbell. New York, dans un pays dévasté par les pandémies. Moïra vend des bouts de son corps pour survivre. Et se retrouvera seule avec un bébé. La maternité la fera-t-elle renaître à son irréductible part d’humanité ? Le premier roman d’une incontournable critique rock de 70 ans, dont la langue acerbe, provocatrice et singulière est à l’image de ce monde dont toutes les structures et les repères ont disparu. 
 


 

Toujours au Nouvel Attila, nous découvrons Les Acouphènes, d’Elodie Issartel. C’est dans la conscience diminuée d’un adolescent que nous entrons. Thomas perd à ce point la mémoire qu’il est incapable de finir ses phrases, ne sait plus s’il vit les choses au présent ou si ce sont des réminiscences, et ne reste ancré au réel que par ses dessins. Une radicale expérience de lecture.

 


(Message personnel aux éditeurs du Nouvel Attila : nous faire sourire à l’imprimatur, merci…)

 

Hannah Nordhaus, aux éditions Plein Jour, se livre à une formidable enquête sur Un fantôme américain, son arrière-arrière-grand-mère, qui hante aujourd’hui, aux dires de tous, un hôtel à Santa Fé. Déroulant le fil de la légende, l’auteur, journaliste au Los Angeles Time, dessine un portrait en creux à partir de journaux, de carnets intimes, de minutes de tribunaux, de cette femme, dont le destin romanesque nourrit le texte. Quand le journalisme devient grande écriture.

 

Il aura fallu six ans à Matthieu Jung pour parfaire Le triomphe de Thomas Zins, que publient les éditions Anne Carrière. Thomas a 15 ans en 1983, et il va lui arriver le pire qu’il puisse arriver à cet âge : il va tomber amoureux. Elle aussi. Comment devenir un homme lorsque la vie commence de manière triomphante ? Violents comme cette époque qui vit apparaître l’idée de « la fin de l’histoire », nous les voyons se livrer avec vaillance à une lutte pour sauver leur amour, avec une maladresse désarmante et désespérée. « Roman total, entre ingénuité et flamboyance, sous adrénaline », Stephen Carrière nous le présente comme un grand roman romantique, une véritable « Déséducation sentimentale. »


  

 

Incroyable destin que celui d’Eclairs Lointains d’Heinrich Gerlach. Cet officier allemand, cultivé, bourgeois, vivra l’effroi de la bataille de Stalingrad. Fait prisonnier des Russes, c’est durant sa captivité, nourri des récits de ses camarades et de sa propre traversée de l’enfer qu’il rédigera ce texte. Confisqué par les Russes à la fin de la guerre, le « grand roman allemand sur la guerre que les Allemands ne liront jamais » disparaît, jusqu’à la déclassification des archives du KGB. Un texte indispensable, âpre, bouleversant, qui mêle la grande histoire à l’humanité de ceux qui en portent le fardeau. 
 

 

(à paraître 24/08) Gilles MarchandUn funambule sur le sableÉditions Aux forges de Vulcain — 9782373050288 – 19€

(à paraître 21/09) Robert Montgomery Bird — Sheppard Lee, écrit par lui-même —  Trad Antoine Traisnel — Éditions Aux forges de Vulcain – 9782373050240 – 22 €

(à paraître 31/08) Carola Dibbell — The Only Ones — Trad Théophile Sersiron — Éditions Le nouvel Attila — 9782371000506 – 21 €

(à paraître 31/08) Elodie Issartel — Les Acouphènes — Éditions Le nouvel Attila — 9782371000544 – 17 €
(à paraître 07/09) Hannah Nordhaus – Un fantôme américain – Trad Sybille Grimbert & Florent Georgesco – Éditions Plein Jour – 9782370670311 — 21€

(à paraître 24/08) Matthieu JungLe triomphe de Thomas ZinsEditions Anne Carrière – 9781843378676 – 23€

(à paraître 31/08) Heinrich Gerlach – Eclairs lointains – Trad Corinna Gepner – Editions Anne Carrière – 9782843378515 – 24 €

 

Le catalogue des nouveautés éditeurs de la rentrée littéraire 2017


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