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Patti Smith, envoyée spéciale pour récupérer le Prix Nobel de Bob Dylan

Antoine Oury - 12.12.2016

Edition - International - Patti Smith Bob Dylan - Patti Smith A Hard Rain’s A-Gonna Fall - Prix Nobel Bob Dylan


Qui aurait cru qu'en 2016 Bob Dylan puisse encore susciter la polémique ? Réfugié depuis des années dans des tournées mondiales ininterrompues, des albums en demie-teinte ou des compilations de reprises, il fallait bien un Prix Nobel pour faire sortir le barde de sa routine. Mais, à Stockholm, c'est Patti Smith qui est venue récupérer la distinction.

 

Patti Smith lors de la cérémonie des Prix Nobel (capture d'écran vidéo)

 

 

La cérémonie a eu lieu ce samedi, à la mairie de Stockholm, en présence du Roi de Suède Charles XVI Gustave, de la Reine Silvia et de la princesse héritière Victoria. Mené par Carl-Henrik Heldin, biologiste et chercheur suédois, à la tête du conseil de direction de la Fondation Nobel, l'événement culminait bien entendu avec la remise du Prix Nobel de Littérature à Bob Dylan, une des nominations les plus polémiques de ces dernières années.

 

Depuis le 13 octobre, les polémiques ont fait des allers-retours, tandis que le principal intéressé, lui, ne manifestait qu'un intérêt limité pour la nouvelle. Peu habituée à un tel flegme, l'Académie Nobel avait même annoncé publiquement qu'elle renonçait à joindre Bob Dylan, quelques jours après l'annonce de son élection. 

 

« Je peux me tromper, et clairement ce serait une honte de ne pas venir, mais, en tout cas, cette distinction est la sienne, et nous ne pouvons pas être responsables de ce qui se passe actuellement. S’il ne souhaite pas venir, il ne viendra pas, et ce sera quand même une célébration », soulignait Sara Danius, secrétaire générale de l'Académie Nobel.

 

Certains s'étaient enthousiasmés du Nobel 2016, comme Stephen King, d'autres le déploraient, à l'image d'Irvine Welsh, et Dylan restait coi. Jusqu'au 29 octobre, tout de même, Dylan s'exprimait, en assurant qu'il voulait bien du Prix et des honneurs qui vont avec : « N’importe qui rêve d’un moment comme celui-ci », déclarait-il finalement. 

 

En direct de Stockholm, Patti Smith très émue

 

Mais Dylan n'est pas n'importe qui, et pas de cérémonie pour lui : il a transmis un discours, lu par un tiers, tandis que Patti Smith s'est chargée d'interpréter une chanson de son répertoire, « A Hard Rain’s A-Gonna Fall ». Un moment émouvant, évidemment, à la fois par les arrangements du chef d'orchestre suédois Hans Ek, les mots de Dylan, la voix de Patti Smith et ses hésitations. « Je m'excuse. Désolé, je suis tellement nerveuse », s'excusera la chanteuse punk après quelques hésitations sur les paroles.

 

Visiblement, l'assistance ne lui en a pas voulu. Le discours ne fut pas bien long, lu par Azita Raji, ambassadrice américaine, Dylan se contentant de rappeler que « [c]e sont mes chansons qui sont au centre vital de presque tout ce que je fais ». Il a également rendu hommage aux Nobels qu'il avait lu dès sa jeunesse avec, dans l'ordre : « Kipling, Shaw, Thomas Mann, Pearl Buck, Albert Camus, Hemingway. »

 

Étrange moment, malgré tout, comme si la remise du Nobel était posthume. Déléguer Patti Smith a quelque chose d'un peu dérangeant, aussi, mais Dylan n'a jamais été tendre avec les femmes qu'il apprécie — Joan Baez peut encore en témoigner. Patti Smith aura en tout cas choisi de respecter l'esprit de la lettre avec cette interprétation : belle, évidemment, mais qui nous fait regretter un peu plus que Dylan ne soit pas venu chercher son Prix.

 

Il aurait tordu, accéléré et malmené ce standard de la chanson folk, comme il le fait désormais en concert, pour sûrement être polémique encore une fois.