Le FBI, principal organe d'étude de la littérature afro-américaine

Julien Helmlinger - 12.02.2015

Edition - International - FBI - John Edgar Hoover - Surveillance


En vertu du Freedom of Information Act, le FBI est en train de passer un mauvais quart d'heure pour avoir fouillé la vie privée de divers artistes, pendant la direction de John Edgar Hoover, de 1924 à 1972. Des milliers de pages de documents du Bureau d'investigation ont dernièrement été déclassifiés, révélant que les communistes présumés et écrivains afro-américains se trouvaient dans le collimateur. Cette surveillance fait l'objet d'un nouveau livre.

 

 

Claude McKay, un des écrivains fichés par le FBI

 

 

L'universitaire William Maxwell, professeur associé d'études afro-américaines et de langue anglaise au sein de l'Université Washington de St Louis, s'est rendu compte de l'étendue de cette surveillance en demandant accès au dossier du poète jamaïcain Claude McKay. L'écrivain était une figure du mouvement littéraire de la Harlem Renaissance, notamment auteur du sonnet If We Must Die, qu'aurait cité Winston Churchill pendant la Seconde Guerre mondiale, selon la légende. 

 

À l'origine, Maxwell avait l'intention de préparer une édition de l'intégrale des poèmes de McKay. Mais en lisant les 193 pages du dossier du FBI, il s'est rendu compte que le Bureau avait « rigoureusement lu et agressivement poursuivi » l'auteur, le considérant comme « un nègre notoirement révolutionnaire ». Ayant appris que d'autres auteurs afro-américains s'étaient retrouvés sous surveillance, tels Molly Crabapple, Langston Hughes et James Baldwin, l'universitaire a décidé d'approfondir ses recherches.

 

Il a donc fait 106 demandes d'accès à l'information supplémentaires auprès du FBI, ciblant toujours des auteurs afro-américains modernistes, et parmi eux 51 avaient leur dossier, comptant entre 3 et 1884 pages chacun. Il savait que Hoover se méfiait particulièrement des protestations de la communauté afro comme des citoyens politiquement engagés à gauche, mais il était loin de se douter que le Bureau avait suivi le travail de la moitié des auteurs majeurs de la littérature afro-américaine entre 1919 et 1972.

 

« J'ai réalisé que le FBI avait surpassé la plupart de chaque autre institution majeure de l'étude littéraire aux États-Unis, consacrée à la littérature noire », estime désormais le spécialiste qui publie FB Eyes : How J Edgar Hoover's Ghostreaders Framed African American Literature, chez Princeton University Press le 18 février prochain. Si les inimitiés entre Hoover et Martin Luther King sont connues, il voit son livre comme la première étude concernant la façon dont le FBI « a surveillé et influencé l'écriture afro-américaine ».

 

Maxwell estime que Hoover était convaincu que l'alphabétisation des Afro-américains contribuait à leur radicalisation politique, tout en précisant que certains critiques-espions du FBI ont admis en leurs rapports avoir parfois apprécié leurs lectures pour des « raisons esthétiques ».

 

(via TheGuardian)