Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Paulo Coelho : le Brésil pratique le népotisme à Francfort

Clément Solym - 07.10.2013

Edition - International - Paulo Coelho - Foire du livre de Francfort - Coupe du monde de football


La foire du livre de Francfort a mis à l'honneur le Brésil. Or, Paulo Coelho compte parmi les auteurs majeurs du pays, et le romancier vient de se fendre de fracassantes déclarations pour protester contre le choix des écrivains présents pour représenter le pays. Die Welt, qui recueille ses commentaires foudroie littéralement la manifestation, qui débute cette semaine. 

 

 

Blaues Sofa Berlin mit Paulo Coelho

Das blaue Sofa, CC BY 2.0

 

 

C'est que la Foire de Francfort, en dépit de tout ce qu'elle représente, est la seule à laquelle il ne souhaite pas se rendre. Dénigrant le rôle des critiques littéraires, qui le fustigent avec délectation, mais ont besoin de lui pour exercer leur profession, Coelho ne s'inquiète pas le moins du monde du sort réservé à ses ouvrages dans la presse. 

 

Népotisme et corruption

 

Sur les 70 auteurs conviés par le ministère de l'Éducation brésilien, Coelho explique n'en connaître qu'une vingtaine, les 50 autres étant plus « probablement des amis d'amis. Du népotisme. Ce qui me dérange particulièrement : il y a une nouvelle scène littéraire passionnante au Brésil. Beaucoup de jeunes auteurs, mais qui ne se trouvent pas sur cette liste ». 

 

Ce n'est pas faute d'avoir ouvertement critiqué ce choix, et tenté de faire usage de son influence, en tant que membre de l'Académie des lettres du Brésil. Mais en vain. Raison pour laquelle, en signe de protestation, Coelho a refusé de se rendre à Francfort. 

 

Une situation qu'il regrette d'autant plus que le patron de la Foire, Juergen Boos, est un homme à qui il reconnaît de grandes qualités dans l'innovation numérique. Et que Coelho n'est pas le dernier des auteurs à avoir profité des réseaux sociaux, ou encore, à avoir offert gratuitement ses livres en format ebook sur les systèmes de partage. « D'autres salons du livre, à Genève ou Paris sont sur le déclin, car ils s'accrochent à des vieux modèles économiques », souligne-t-il. 

 

Pourtant, pas question de venir jouer à Zorro ni Robin des bois à Francfort : cette délégation officielle brésilienne l'agace, et il déplore que de nombreux écrivains professionnels n'aient pas été conviés. « J'ai soutenu le gouvernement [brésilien], et je suis très déçu de ce dernier. » Aujourd'hui, il considère l'exécutif brésilien comme un désastre, qui « a promis un ciel bleu - et n'a finalement rien offert ». Et d'ajouter : « Quand il s'agit de présentation officielle de la culture brésilienne, la politique, malheureusement, s'immisce de manière très désagréable. »

 

Football et partage, une histoire de valeur(s)

 

Le Brésil sera le pays en charge de la Coupe du monde de Football l'an prochain, mais Coelho regrette que la population locale ne profitera pas vraiment des innovations apportées. La violence, la corruption, la pauvreté dans les favelas ou encore le sort des enfants sont des sujets qui le mettent en colère - et des choses sur lesquelles le gouvernement, une fois de plus, s'est engagé, sans rien réaliser. 

 

D'ailleurs, la situation dérive, quand le footballer Ronaldinho déclare que la Coupe du monde n'est pas faite pour construire des hôpitaux ni des routes, mais des stades. « Il s'agissait d'une déclaration d'une rare stupidité. Ronaldinho ferait mieux de se taire. » Les infrastructures du quotidien sont beaucoup plus importantes que les stades de foot, et ces dernières, au Brésil, sont dans un vilain état. 

 

Fervent utilisateur de Twitter, qu'il utilise comme un outil de communication et de rapprochement, saluant toutes les religions et les confessions des hommes, Coelho croit fermement au devenir du monde numérique. Et si personne n'a encore encouragé les internautes à pirater les livres comme lui l'a fait, il ne comprend toujours pas pourquoi. On allègue que ses revenus et sa célébrité lui permettent de le faire, mais Paulo n'est pas d'accord. « Je ne peux pas expliquer pourquoi mes livres imprimés se vendent mieux maintenant qu'avant les services de partage [NdR : Coelho n'emploie à aucun moment le terme de piratage] de fichiers. Mais il semble que la plupart de ceux qui téléchargent pour la première lecture, se sentent obligés plus tard d'acheter la version papier. »

 

Un rôle, et un modèle pour la nouvelle génération d'auteurs, qui l'ont d'ailleurs baptisé Le Magicien des Nerds. Un véritable compliment, estime-t-il.