Payer les auteurs, bien sûr, mais “un minimum de flexibilité” est nécessaire

Antoine Oury - 13.04.2016

Edition - International - The Publishers Association - Stephen Lotinga Publishers Association - auteurs rémunération


Si l'Europe est au coeur des discussions de l'édition britannique, ce n'est plus seulement pour la stratégie du marché unique numérique : le potentiel Brexit mobilise toutes les attentions. Les autres sujets chauds du moment sont plus « traditionnels », dans le sens où ils sont tournés vers l'industrie de l'édition elle-même, et les relations entre ses différents acteurs, principalement les éditeurs et les auteurs. Petit état des lieux avec Stephen Lotinga, le nouveau PDG de la Publishers Association, l'équivalent britannique du Syndicat national de l'édition français.

 

Publishers Association - London Book Fair 2014

(ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Un second référendum sur la question de la sortie ou non du Royaume-Uni de l'Union européenne aura lieu le 23 juin prochain, et les réflexions sur les avantages et les inconvénients de cette sortie, ou plus généralement sur ses répercussions, se poursuivent. Dans le débat, la Publishers Association reste neutre, rappelle Stephen Lotinga, « et je pense que c'est la meilleure chose à faire, car les avis varient énormément selon les personnes que l'on sollicite dans l'édition », ajoute le PDG de l'organisation.

 

Aucun membre de la Publishers Association ne s'est d'ailleurs risqué à prendre publiquement position, même si, en tant qu'individus, certains se sont évidemment exprimés. L'Annual General Meeting de la PA sera l'occasion de convier « des intervenants des deux parties pour s'expliquer devant nos membres, moins sur la politique que sur les effets concrets sur l'industrie de l'édition, ou sur de grands sujets comme la libre circulation des travailleurs, les effets sur les règles commerciales... Tous ces sujets sont très importants, car une large part des revenus du secteur provient de l'export, et une part non négligeable directement de l'Europe », explique Stephen Lotinga.

 

TVA, la bonne nouvelle de l'année

 

L'autre sujet en provenance de l'Union européenne concernait bien sûr la Taxe sur la Valeur Ajoutée, avec une annonce de la Commission qui va dans le sens d'un taux similaire pour le livre papier et numérique. Pour le moment, cependant, les détails manquent sur une mesure destinée à accorder plus de liberté aux États dans le choix des taux à appliquer à telle ou telle marchandise.

 

« Au Royaume-Uni nous sommes, à mon avis, dans une position favorable dans la mesure où nous avons négocié un taux 0 sur le livre papier à notre entrée dans l'UE. Nous aurons plus de détails en septembre avec la stratégie pour le marché unique numérique, mais, évidemment, nous accueillerons avec plaisir une baisse de la TVA sur les ebooks, parce que nous pensons qu'ils sont fondamentaux pour l'éducation, la dissémination du savoir, la possibilité des individus de travailler et d'agir dans une société développée », souligne Stephen Lotinga.

 

Des rumeurs sur une menace potentielle vis-à-vis de ce taux 0 sur les livres papier ont circulé, mais le PDG de la PA n'y croit pas trop : « Le gouvernement n'a donné aucun signe vis-à-vis du taux sur le livre papier et nous verrions, j'imagine, une forte résistance de la part de l'industrie, mais aussi des consommateurs, si une hausse était envisagée sur le livre papier. »

 

La préoccupante situation des auteurs

 

Outre cette histoire de Brexit, qui concerne toute la société britannique, l'Europe ne figure plus en tête des sujets chauds de l'industrie du livre : au contraire, les questions viennent cette fois de l'intérieur, avec un mouvement important des auteurs, qui réclament des droits et une rémunération plus affirmés. « Nous croyons fermement que toute personne mérite un juste salaire pour son travail », souligne d'emblée Stephen Lotinga, « et nous travaillons avec les auteurs pour définir des recommandations afin de nous assurer qu'ils sont traités de manière juste ». Dans cette perspective, les relations entre la Publishers Association et la Society of Authors sont soutenues.

 

« Mais le rôle de la Publishers Association n'est pas de commander à nos membres ce qu'ils doivent mettre dans leurs contrats, non seulement parce que cela générerait des problèmes de concurrence, mais aussi parce que je pense qu'il est important que les gens puissent garder un minimum de flexibilité dans leurs décisions, tant que l'on s'assure que les principes sont respectés » ajoute Stephen Lotinga.

 

Certes, mais la Society of Authors considère visiblement que ces engagements ne sont plus suffisants : début mars, l'organisation annonçait qu'elle avait rédigé un brouillon de législation pour renforcer le statut et la protection des auteurs, qui sera soumis au gouvernement. « Je ne pense pas qu'une législation soit nécessaire, il y a encore du potentiel pour une conversation fructueuse entre auteurs et éditeurs », aussi bien entre organisations que de manière individuelle, au cas par cas, juge Stephen Lotinga.