Payer les auteurs, “un danger pour la manifestation”, estiment les salons

Nicolas Gary - 02.06.2018

Edition - Economie - auteurs rémunération salons - statut auteurs salons - dédicaces salon bande dessinée


ETUDE – Quel regard les salons, festivals, foires et autres manifestations littéraires portent-ils sur la rémunération des auteurs ? Au cœur d’une véritable révolution sociétale pour l’édition, concrétisée par le mouvement #PayeTonAuteur, cette question a fait l’objet d’une étude portée par l’association On a marché sur la bulle. Cette dernière organise les Rendez-Vous de la Bande Dessinée d’Amiens.


RDVBD d'Amiens - Salons et rémunération des auteurs
ActuaLitté, CC BY SA 2.0 - dessin par Marc Lizano
 

 

Dans le cadre de leur 23e édition, les Rendez-vous proposaient une journée professionnelle, avec une table ronde notamment consacrée à cette question. Une approche salutaire, après le fiasco de celle organisée lors des Imaginales, où les organisateurs avaient fini par accaparer la parole – tout en entretenant une étrange position sur le sujet. 

 

Imaginales : la rémunération des auteurs
confine à la science-fiction
 


L’enquête portée par l’association a sollicité 274 manifestations autour de la bande dessinée et obtenu 75 réponses. Le questionnaire envoyé portait sur différents sujets : le nombre d’auteurs invités en moyenne, leur défraiement, la rémunération, les tarifs de la Charte, les dispositifs d’aides, les pratiques actuelles et leur possible évolution. 
 

Payer, ne pas payer...
 

Globalement, les manifestations qui ont répondu ont pour 78 % d’entre elles, plus de cinq années d’existence, avec 43 % plus de dix années. Elles accueillent pour 54 % entre 1000 et 5000 visiteurs et restent majoritairement portées par une association — 78 % — ou une collectivité — 31 %. 

 

En moyenne, elles reçoivent pour 54 % entre 21 et 40 auteurs — seuls 18,7 % dépassent les 40 auteurs. 

 

Pour ce qui est des actions mises en place autour des auteurs présents, les dédicaces se retrouvent sur l’ensemble des événements. 64 % des manifestations proposent des rencontres et 49 % des ateliers — lectures, interventions scolaires, concerts dessinés ou expositions sont portions congrues qui ne concernent que moins de 10 % des répondants.

 

Vient alors la question de la rémunération : 65,3 % des répondants ne versent aucune somme aux auteurs. En revanche, pour celles qui rémunèrent, on retrouve : ateliers (84 %), rencontres (80 %), dédicaces (34 %) et lectures (23 %). Pourtant, si la rémunération n’est aujourd’hui pas systématique durant les événements, ils sont près de 9 sur dix à en avoir entendu parler. Et dans le même temps, 49,3 % affirment qu’ils ne feront pas évoluer leurs pratiques.  

 

Rémunérer, un danger pour les manifestations


C’est que, de fait, la rémunération des auteurs représente souvent « un danger pour la manifestation », explique-t-on. Cela n’enlève en rien la légitimité de la demande de la part des auteurs, mais plusieurs problèmes se posent, largement entendus : 

• n’inviter que les auteurs vendeurs

• seuls les gros salons aux capacités financières réelles survivront

• diviser le nombre d’invités de moitié pour maintenir l’événement

• besoin d’aide financière au niveau national et régional pour y parvenir

• seul le défraiement peut être assuré

 

Un point biaisé, expliquera Denis Bajram, des États généraux de la BD : « Il faut construire différemment les projets et considérer que la rémunération de l’auteur est la première brique de dépense, et non plus la variable d’ajustement ! »


Rendez-vous de la BD d'Amiens 2018
Des auteurs super héros - ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

Autre point : la rémunération des dédicaces, qui impliquerait d’abandonner la gratuité de la manifestation, est souvent pointée. D’ailleurs, cet argument est aussi avancé par des manifestations qui rémunèrent les interventions des auteurs. Rappelons par ailleurs que la Sofia et le Centre national du livre qui peuvent apporter une contribution financière aux manifestations posent comme condition première aux aides, le fait de rémunérer les auteurs. Et le CNL a d’ailleurs fixé une grille tarifaire à suivre.

 

Solliciter les éditeurs pour partager les coûts ?
 

Pour trouver une solution, l’intervention économique des éditeurs est envisagée : « Le problème de la rémunération des auteurs doit être plus partagé entre toutes les parties du marché de la BD et plus orienté vers *celui qui a le plus à y gagner actuellement*. Et peut-être retravailler le marché de l’édition et la publication de manière générale », avance-t-on.

 

On interroge également : « Le problème est-il avec les festivals ou avec les maisons d’édition qui ne rémunèrent pas suffisamment ? Ne serait-ce pas en partie aussi aux éditeurs de financer la représentation de leurs auteurs qui leur fait aussi office de communication ? »

 

Reste alors celles et ceux qui se trouvent pris entre le marteau et l’enclume : qu’en est-il donc du statut de l’auteur, à ce jour, sujet au cœur des États généraux du livre qui se sont tenus le 22 mai dernier. 

 

Le statut de de l'auteur, problématique...
 

Et de pointer que si les auteurs veulent une rémunération, il leur faut demander un cachet, comme pour les intermittents du spectacle, et négocier avec l’organisateur. Problème : ce cachet n’est pas des plus simples ni à obtenir ni même à facturer, suivant le statut du régime social de l’auteur. Quand un auteur facture des droits connexes (ceux qui sont autres que les droits d’auteurs liés à la vente de livres), il lui faut disposer d’un régime social spécifique.


Etude salon rémunération auteurs
ActuaLitté CC BY SA 2.0

 

Pour certains, la rémunération des auteurs s’accompagne de nouvelles préoccupations : « L’auteur rémunéré devient-il notre salarié ? Quelles exigences pouvons-nous avoir vis-à-vis de lui ? Pourrons-nous exiger de lui une *rentabilité* : présence à son stand, nombre de dédicaces, autres activités ? »

 

De même, comment choisir — ou plutôt, comment ne pas choisir les plus connus qui attireront le plus de public ? « Dans ce cas, celles et ceux qui débutent et n’ont que peu de notoriété ne seraient-ils pas invités que par défaut ? »  
 

  Etude relations entre salons et rémunérations des auteurs by ActuaLitté on Scribd

 


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