Payer les dédicaces aux auteurs : et pourquoi pas des téléphones sans fil ?

Nicolas Gary - 06.07.2019

Edition - Société - rémunération auteurs - dédicace travail dessinateurs - salon librairie


Les déclarations de Jacques Génat auront mis le feu aux poudres. Depuis des jours, les différents membres de la chaîne du livre s’expriment sur le sujet de la rémunération à la présence lorsque les auteurs dédicacent avec le célèbre hashtag #PayeTonAuteur. La demande est simple : les auteurs veulent que leur temps de travail soit rémunéré…


crédit Denis Bajram
 

Mais qui mieux que les premiers concernés pour exprimer leurs revendications ? Outrés par les propos de l’éditeur, se sont rapidement déversés sur les réseaux sociaux dessins et tribunes provenant d’auteurs de BD et de littérature jeunesse. Les lecteurs n’ont pas non plus tardé à réagir, et à interpeller les pouvoirs publics.
 
Un tarif “signature” en vigueur

La couleur était pourtant annoncée à la journée de la Ligue des auteurs professionnels, où parmi bien d’autres sujets, les discussions avaient beaucoup tourné autour de l’année de la BD et de la rémunération à la présence lors des salons et festivals. Les auteurs jeunesse avaient éclairé les auteurs de BD sur la pratique dans leur propre secteur, avec les tarifs « signatures » de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, recommandation de la rémunération à la présence lors de tels événements, couramment appliquée. 

À n’en pas douter, les auteurs, pris entre crise sociale et ras-le-bol généralisé, ont peu goûté les commentaires de l’éditeur.


Crédit Obion 

 
Il y a quelques jours, la tribune de Samantha Bailly, présidente de la Ligue des auteurs professionnels et vice-présidente de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, donnait le ton, apportant les arguments en faveur de cette évolution des cadres de rémunération.

« Il est essentiel que les auteurs et autrices soient remis à leur juste place. Il faut construire des garde-fous pour faire en sorte que nous ne soyons pas systématiquement la variable d’ajustement. Cela passe par des décisions des pouvoirs publics, bien sûr, mais aussi de la responsabilisation des festivals et des éditeurs. Cela passe également par nous, auteurs et autrices. Par une prise de conscience et une affirmation de notre valeur. »

Le bras de fer semble inévitable, et la nécessité de l’intervention des pouvoirs publics très attendue. 

De la place de l'artiste auteur, ou la chaise musicale ?

Dans les déclarations du ministre de la Culture dans Le Monde, on peut y lire une prise de position claire : « Autre exemple, dans les territoires, pour les politiques de structurations de lieux innovants, il faut systématiquement se dire : comment les auteurs seront rémunérés ? L’accès à la culture, la démocratisation, c’est très bien et c’est une priorité, mais si, derrière, il n’y a plus d’artistes pour créer et transmettre, ça perd tout son sens », assurait Franck Riester.

Il évoquait également la situation de précarité où se retrouvent certains aujourd’hui. « Par exemple, les auteurs de BD sont souvent dans une situation sociale catastrophique, voire d’indignité pour certains. Ce n’est pas acceptable. »

Des déclarations qui peuvent réjouir. Mais comment se traduiront-elles concrètement ?
 

Crédit Emmanuelle Zicot

 
Denis Bajram, vice-président de la Ligue, s’est exprimé suite aux réactions des différents membres de la chaîne du livre sur la rémunération à la présence : « Depuis quelques jours, je ne sais pas quoi dire qui ne soit pas totalement négatif sur ce qu’on entend de la part des éditeurs, mais aussi des libraires. Avec les États Généraux de la Bande Dessinée, nous avons essayé de créer un espace de discussion afin de faire comprendre à toute la chaîne du livre que ses différents maillons ne pouvaient continuer à faire comme si le premier, les auteurs et autrices, n’était pas en train de craquer. » 

Et d’ajouter : « Au contraire, les déclarations d’éditeurs, d’organisateurs de salon ou de libraires se lavent les mains de ces problèmes se multiplient, dans une sorte de moment de vérité. (...) Tout le reste de la chaîne du livre à l’air de considérer que, si elle doit légitimement en vivre, elle n’a pas payé à son juste prix la ressource initiale. C’est un choix qui ne peut que se retourner contre elle. Si la chaîne du livre n’offre plus aux créateurs et créatrices la possibilité de vivre de leur art, cela veut dire qu’ils n’ont plus aucune raison de ne pas reprendre le contrôle de la ressource, et de l’exploiter librement et sans intermédiaire. »
 


Aucun doute, #Payetonauteur est de retour. Tout le monde se souvient : Livre Paris a fini par plier après le soulèvement des auteurs, qui se sont solidarisés autour d’une même demande. 
 

Crédit Sylvain Frécon

 
À n’en pas douter, le hashtag est réveillé et les auteurs en colère. 


Commentaires
En marche !
nous parlons des dessins en dédicace : l'auteur dessine pendant plusieurs minutes et le dessin se retrouve en vente sur un site commercial !!
Alors il y a un truc que je ne saisis pas. Les acteurs, doubleurs, réalisateurs de séries et ou films, lorsqu'ils sont invités en convention, l'organisation doit d'une part les rémunérer et d'autre part, il n'est pas rare que les dédicaces et autres photobooth soient eux aussi payants.

Pourquoi cela semble t'il si improbable que les auteurs aient le droit au même traitement?
Parce qu'ils ne sont pas pris au sérieux par la chaîne du livre. Pourquoi ? Ben parce qu'ils ne se prennent pas au sérieux eux-mêmes. C'est un problème d'auto-légitimation donc de légitimation.
Je suis totalement d'accord avec Ju. Je serai d'autant plus prêt à payer une dédicace de dessinateur que la seule que j'ai obtenu à ce jour est encadrée chez moi, alors qu'une photo avec de vieux acteurs de série, c'est sympa mais souvent hors de prix (merci ComicCon Paris!) et rarement plus que gadget.
Tout travail mérite salaire et une journée qu'un auteur passe en dédicace c'est une journée de repos - ou de travail - en moins pour lui. Mais la question est qui doit payer ? Le festival ? Le libraire ? L'éditeur ? Les trois ? A mon avis, Glénat a une petite idée sur la question et sa déclaration est un pare-feu.
Pourquoi ne serait-ce pas au lecteur/collectionneur d'acheter le dessin, ce qui n'exonèrerait pas l'éditeur de défrayer l'auteur et/ou l'illustrateur pour son/leur déplacement (gîte, couvert, promo) ?
En tout cas je paye pas pour une dédicace de Manu. oh oh
Pour que ce soit juste ce doit être le client qui paye (je dis ça mais en fait je le souhaite pas réellement) car c'est pratique pour les auteurs "normaux" de se faire payer pas leurs éditeurs mais que faire des auteurs en auto-production comme Olydri, c'est Tipeee et Ulule et les fans qui permettent la sortie des titres / c'est injuste et impossible de faire payer l’éditeur qui n'est pas riche comme Olydri, c'est pas non plus aux mécènes de payer, le libraire est pas assez riche elle non plus, pour plus de Justice ce doit donc être le Client/Fan.
"l'éditeur qui n'est pas riche" hum Jacques Glénat fortune perso 60M euros en 2012

alors je veux bien mais vouloir toujours faire payer les 2 extrêmes de la filière l'auteur et le lecteur c'est bien beau mais faut peut être savoir grâce à qui elle vit cette filière, sans auteurs et sans lecteurs, l'entre deux va vite le sentir passer.

https://www.francetvinfo.fr/culture/livres/cinq-editeurs-parmi-les-500-plus-grandes-fortunes-de-france_3330563.html
Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.