Payer les services que les libraires fournissent aux éditeurs, un comble ?

Nicolas Gary - 23.06.2014

Edition - Economie - Hachette livres - librairies services - Amazon commandes


Cela faisait quelques jours que l'on n'évoquait plus le conflit Amazon/Hachette Book Group. L'affaire opposant les deux firmes ne s'est pourtant pas conclue : les ouvrages de l'éditeur sont toujours proposés avec des délais de livraison de plusieurs semaines, et il est impossible de précommander les nouveautés. Mais le New York Times en a manifestement appris plus sur la question. 

 

 

ebooks kindle amazon

libraryman, CC BY NC ND 2.0, sur Flickr

 

 

Le différent commercial entre les deux sociétés est absolument confidentiel, mais une source, restée anonyme, apporte quelques petits éclairages. Amazon se serait montré très exigeant vis-à-vis de l'éditeur pour plusieurs de ses services, demandant que ces derniers soient mieux payés. La source évoque alors les conseils personnalisés, les boutons précommandes et la mise à disposition d'un employé d'Amazon pour les livres Hachette.

 

En somme, tous ces éléments sont présentés par la firme comme une valeur ajoutée pour l'éditeur, pour laquelle il doit payer. Et de faire le parallèle avec les règlements accordés par un éditeur pour la mise en avant dans une boutique physique de ses livres. Les accords de coopérations, de visibilité en magasin, sont traditionnels, mais pour ce qui est de la vente sur internet, tout n'était pas si clair.

 

Amazon « est très inventif dans ce que nous appellerions un service standard », précise la source. « Ils présentent toutes ces solutions et disent : ‘Si vous voulez ce service, vous devrez l'acheter.'. Et finalement, il est très difficile de savoir ce que l'on souhaite acheter. Hachette a refusé de payer, et alors, progressivement, ils ont enlevé ces services, comme le bouton précommande, pour donner une leçon à Hachette. »

 

Tout le monde se souvient, outre-Atlantique, que l'éditeur Simon & Schuster avait connu les mêmes problèmes avec les librairies Barnes & Noble. Le différend avait commencé en janvier 2013, et ne s'était achevé que plusieurs mois plus tard, en août de la même année. 

 

C'est un porte-parole de B&N qui avait confirmé que les commandes avaient été réduites pour les titres de Simon & Schuster. « Comme nous l'avons indiqué dans notre déclaration des ventes réalisées durant les vacances, plus tôt, ce mois-ci, les ventes de notre coeur de métier, à savoir les livres et les magazines, ont dépassé nos attentes, en particulier sur les ventes de livres physiques. De fait, nous pensons avoir gagné des parts de marché dans le livre physique à l'occasion des fêtes. En tant que plus grande librairie physique de notre nation, Barnes & Noble appuie les éditeurs qui soutiennent nos librairies. »

 

La demande impérative de voir les éditeurs mieux soutenir les boutiques physiques avait alors conduit à des sanctions, attendu que ce dernier ne souhaitait pas participer financièrement aux mises en avant. Pour les auteurs, les conséquences financières furent rapidement constatables : les best-sellers n'ont pas grand-chose à craindre, mais les écrivains moins connus sentiront la douloureuse passer. Car outre la baisse des achats de livres par le libraire, on parlait de l'annulation de tournées de promotion, ou encore, de panneaux publicitaires supprimés. 

 

La situation s'était réglée avec un communiqué commun des deux acteurs. « Les deux parties expliquent qu'elles attendent avec impatience la promotion des nouveaux grands livres des auteurs de Simon & Schuster. » Laconique, mais efficace. 

 

En clair, Amazon reprend les mêmes méthodes que celles pratiquées par Barnes & Noble, et pour le coup, difficile de condamner la société. Selon les calculs, les ventes perdues seraient alors compensées, avec le temps, par les ventes de services aux éditeurs. Mais, chose intéressante, si la firme de Jeff Bezos fait plier Hachette Book Group, les libraires indépendants pourraient également renégocier l'ensemble de leurs accords avec l'éditeur. 

 

Selon la source évoquée, les négociations pour Hachette Book Group, comme pour tous les autres éditeurs à l'avenir, ne sont pas vraiment optimistes. Elle explique que, durant les précédents entretiens avec Amazon, « nous avions tellement peu d'influence. C'était comme si j'avais une fronde et qu'ils avaient un tank. Nous combattons, encore et encore, et nous faisons des concessions. Ils finissent par nous rouler ».