#PayeTonStand : pas de Pavillon des Lettres d'Afrique à Livre Paris 2019

Nicolas Gary - 22.02.2019

Edition - Economie - Pavillon Lettres Afrique - Livre Paris Afrique - paiement facture salon


La Fondation Orange risque de rencontrer un sérieux problème. Elle avait annoncé en grande pompe la première édition du Prix Orange du livre en Afrique. Les auteurs des six romans finalistes devaient être invités sur le Pavillon des Lettres d’Afrique, en mars 2019, pour Livre Paris. Sauf que de Pavillon, il n’y aura pas durant le salon...


crédit Pavillon des Lettres d'Afrique
 

Initié en 2017, le Pavillon faisait alors grande impression, avec 400 m2 dédié aux auteurs et littératures d’Afrique. Sous le thème Lire et écrire l’Afrique, l’espace avait été bâti par Aminata Diop-Johnson, en association avec l'agence Hopscotch Africa. Déjà à l’origine de la programmation de Livres et auteurs du Bassin du Congo, c’était en étroite collaboration avec le ministre de la Culture et de la Francophonie de Côte d’Ivoire, Maurice Bandaman, que le Pavillon voyait le jour. 

Pour sa première sortie, plus de 100 auteurs étaient réunis, avec un espace lounge privatif et bien d’autres. La Côte d’Ivoire était en tête de file – et pour cause, il était le principal partenaire financier de l’opération. 
 

Promouvoir auteurs et littératures, toujours mieux


Fort de son succès, et du dynamisme, le Pavillon revenait en 2018, après un passage remarqué à la Foire du livre de Bruxelles. Cette année-là, les lettres d’Afrique-Caraïbes-Pacifique étaient mises à l’honneur outre-Quiévrain. Une véritable réussite pour l’Agence Culturelle Africaine, qui avait alors pris la suite des opérations – fondée en décembre 2017 et dirigée par Aminata Diop. Toujours avec le projet de promouvoir les écrivains du continent, en instaurant un lien avec l’édition occidentale, et plus largement, lors de ces événements.

Un premier couac était pourtant survenu : dans une communication étrange, l’Agence affirmait que son Pavillon se retrouverait également au salon du livre de Genève. Une incongruité : la manifestation genevoise organise le Salon africain, depuis 16 années, en toute indépendance. Un bug, en somme, qui avait induit en erreur plusieurs rédactions.

Qu’importe : en 2018, c’est enrichi des Caraïbes et du Pacifique que le Pavillon voyait le jour pour Livre Paris, l’occasion d’une nouvelle célébration. Avec cependant, un chiffre d’affaires de la librairie sur place qui avait connu un réel recul en regard de 2017.
 

Qui pour régler la note laissée ?


Mais alors, quid de 2019, si ses précédentes éditions furent des réussites ? Le problème relèverait de la comptabilité. En effet, la Côte d’Ivoire était le principal sponsor du Pavillon des lettres d’Afrique : à ce titre, le ministre, Maurice Bandaman, avait fait le nécessaire pour convaincre ses homologues du bienfondé de l'opération.

Le tout avec un investissement de l’OIF de 26.000 € pour 2017, reconduit en 2018, mais également l’Association des Caraïbes (fonds européens engagés à la hauteur de 100.000 $), ainsi qu'une participation de l’Union africaine.

Un partenariat global en 2017 et reconduit l’année suivante. Avec un coût pour les pays partenaires : en effet, si la Côte d’Ivoire absorbait 60.000 € de dépense en 2018, pour son leadership, les autres pays se voyaient proposer deux options, à, respectivement, 20.000 € et 30.000 €. Un budget global de 400.000 €, selon nos estimations, en incluant les autres financements. 

Dans le premier cas, le chèque de 20.000 €, seule la présence à Livre Paris était assurée pour l'État africain. Dans le second, trois événements étaient prévus : Bruxelles, Paris et... étrangement Genève. Sauf qu’une fois encore, et nous pouvons en témoigner, les organisateurs genevois n’étaient au courant de rien. Et le représentant du Sénégal, venu à la manifestation genevoise et découvrant que rien n’était apprêté, était tombé des nues.

Livre Paris 2018 de nuit
ActuaLitté, CC BY SA 2.0

 

Bruxelles, Paris, même combat


2018 s’achevait avec un succès moindre mais réel. Pourtant, dans les mois qui suivirent, des factures sont restées en souffrance. Bruxelles, pour exemple, nous assure que seule la moitié des sommes dues par le Pavillon a été versée. Un montant qui serait moindre en regard de celui que Paris doit encore recouvrer, mais qui « rapporté à notre échelle reste encore très important », nous assure-t-on. D’autant que même le standiste n’aurait pas été payé non plus.

Pas faute d’avoir « remué ciel et terre, pour arriver à une solution : le projet était séduisant, mais il fallait qu’elle puisse honorer ses engagements ». En vain, malgré les financements obtenus. Le Pavillon fut ainsi l'un des grands absents de l'édition 2019 de la Foire du livre de Bruxelles.

Côté Reed Expo et Syndicat national de l’édition, les coorganisateurs du salon du livre de Paris, les comptes sont faits : les impayés de 2018 ont attendu trop longtemps d'être régularisés. Si l’on table sur une surface de 400 m2, à 314 € le m2, le calcul du montant dû se fait aisément : près de 120.000 €. Reste à définir à combien se chiffre la douloureuse en souffrance – moitié, comme Bruxelles, ou plus ? 

Et quid du passage du Pavillon à Francfort, en 2018 ? Pour la première fois, l’an passé, un espace dédié était présent lors de la Foire du livre la plus dédiée aux professionnels qui existe en Europe. Nous avons sollicité les organisateurs de la Buchmesse et sommes encore en attente de réponses.
 

Le SNE et Reed montent le ton... enfin ?


Le Pavillon des Lettres d’Afrique ne sera donc pas présent en 2019 à Livre Paris : un véritable manque pour la manifestation, dont les coorganisateurs ne peuvent cependant pas s’asseoir sur les montants. En revanche, selon nos informations, le président du SNE, Vincent Montagne, avec Reed Expo, a pris la décision de ne pas accepter le Pavillon – une absence toutefois déplorée.

La condition sine qua non pour accepter le Pavillon était qu'il solde 2018 et règle par avance 2019 – chat échaudé craint l’eau froide, on le comprend. « D’autant qu’en 2017, la même scène s’était jouée : le paiement du stand n’était intervenu que très, très tardivement », ajoute un proche du dossier. Sollicitée, la directrice de l’Agence Culturelle Africaine n’a pas encore répondu à nos questions.

Nous avons joint Sébastien Fresneau, commissaire général de Livre Paris, pour obtenir des précisions. « Sur tous les salons, n’est pas autorisée à exposer l’année suivante une structure qui n'a pas réglé intégralement sa participation de l’année précédente : nous appliquons cette règle. »

Une interrogation demeure : comment cette situation finira-t-elle, sinon par une procédure, dans l’hypothèse où 2018 ne serait pas réglé du tout ? « La vraie question reste de savoir pourquoi l’éternelle règle de Reed n’a, en réalité, pas été scrupuleusement appliquée », précise, espiègle, un proche de ces dossiers. « Logiquement, la question de la présence du Pavillon n'aurait même pas dû se poser. » 

De son côté, la Fondation Orange assure n’être absolument pas au courant de la non-présence du Pavillon. Mais Reed ferait son possible pour trouver une solution afin que le prix soit tout de même remis, dans les meilleures conditions possible. « Je trouve que le prix Orange est une très bonne initiative donc je souhaite effectivement les aider à trouver une bonne solution pour le remettre pendant le salon », indique Sébastien Fresneau.


Commentaires
Bonjour,



C'est une honte qui entache le monde littéraire africain et salit le nom du continent...

Chaque pays devrait dorénavant s'organiser pour louer un espace et y animer son stand.

Le Congo animait le stand Livres et Auteurs du Bassin du Congo jusqu'en 2016 et coup de théâtre, le bateau prend et Lettres d'Afrique voit le jour en 2017, tout en rappelant qu'Aminata Diop a travaillé pendant des années sur ce stand.



Pas de Pavillon, signifie pas de présence pour les éditeurs africains donc pas d'auteurs, parce que personne ne recevra de lettre d'invitation...
Bonjour,

Cet article n est pas digne de vous.

On sent toute la haine dans chaque phrase. Vos chiffres sont ils justifiés? Êtes vous satisfait d avoir « enquêté » de la sorte? Cela ressemble plus à de la diffamation...

Êtes vous satisfait d essayer de priver les auteurs africains et de la diaspora de ce seul espace au salon du livre?

La culture n est elle que chiffres? Ce genre d article fait il avancer les choses? Si le salon du livre ne ne monnayait pas la culture de la sorte, ce genre de situation n aurait pas lieu...
Bonjour

Pour ce qui nous concerne les chiffres sont vérifiés et les personnes interrogées ont vu leur témoignage confirmés.

Nous ne privons pas les auteurs des salons : votre colère se comprend, mais les salons sont des espaces commerciaux. S’engager avec eux c’edt respecter les conditions commerciales et marchandes. Si la responsable de ce Pavillon est debitrice, alors c’est elle qui a mis les auteurs dans une situation difficile.

Mais nous devrions pouvoir appporter plus d’elements cette semaine.
Exactement le genre de réaction épidermique et contre productive...

L'article cite nommément des gens qui, s'ils ne se reconnaissent pas, porteront plainte pour diffamation.



Le pire c'est que l'organisation ne se sente toujours pas tenue d'envoyer un communiqué de démentie officiel. Rien. C'est ça la vraie insulte envers ceux que ce pavillon intéresse. Pas un seul mot pour confirmer la présence de ce stand, à quelques jours de l''évènement. Pas un communiqué de presse, pas une page Facebook, rien...
Bonjour,

J’ignore totalement ce que « digne de vous » peut signifier : votre anonymat ne me permet pas vraiment de mieux le cerner. En revanche, la haine que vous percevez, je peux vous assurer qu’elle n’existe que dans votre lecture. Pour le reste je peux répondre ce sont de vraies questions, pas du ressenti. Parce que de la diffamation, faut aller chercher loin : nous avons le SNE, la Foire de Bruxelles, les documents officiels, Reed Expo qui ont apporté des éléments factuels.



Chiffres vérifiés ? J’ose espérer que la question est rhétorique.

Satisfait ? Non, je n’aime pas publier ce type d’article, mais cela fait partie du métier aussi. Et les problèmes duraient depuis longtemps.

Priver les auteurs ? Personnellement, je ne les prive de rien : voyez plutôt avec l’organisatrice du Pavillon, les raisons pour lesquelles il y a eu des retards de paiement. D’ailleurs, si vous cherchez vraiment des coupables, interrogez-vous sur la personne qui a fait rêver tout ce monde sans honorer ses engagements financiers.

Culture et chiffres ? Eh bien, Reed expo n’est pas une association caritative. Donc il faut jouer selon les règles ou ne pas jouer.

Avancer les choses ? Oui, assurément. Tout le monde a une vision plus claire désormais.
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