Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Payot reprend La Librairie, à Morges, et s'ouvre à la presse

Nicolas Gary - 22.08.2017

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C’est un séisme, dans le monde de la librairie et de la presse, alors que l’enseigne Payot attaque très fort la rentrée. D’un côté, c’est le rachat de l’historique établissement de Morges, La Librairie. De l’autre, la création de kiosques à journaux dans les espaces Payot et Genève et Lausanne. 


Librairie Payot Geneve
 Librairie Payot de Genève - ActuaLitté, CC BY SA 2.0



Sylviane Friederich a passé plus de cinquante années dans le monde de la librairie. Sa librairie baissera le pavillon le 23 décembre prochain, pour céder la place à l’enseigne Payot, qui rouvrira en janvier 2018, à Morges. La librairie de la rue des Fossés disparaîtra et c’est au 50 Grand-rue que Payot s’installera, avec un espace de 200 m2. 

 

Mais, chose intéressante, les deux employés de La Librairie se retrouveront dans l’établissement Payot, avec Sylviane Friederich, qui interviendra à temps partiel. La garantie d’une continuité, assure-t-on. Pour la gérante et le DPG de Payot, Pascal Vandenberghe, cette solution permet en effet d’assurer, dans la ville, « la présence et la garantie du prolongement d’une librairie de qualité ».
 

« Aujourd’hui il y a un problème de surproduction et de vitesse. On passe trop rapidement d’un titre à l’autre. Parfois j’ai l’impression de travailler dans la mode où l’on est toujours en préparation de la saison suivante », expliquait-elle à ActuaLitté en avril dernier.
 

“Depuis toujours la Suisse a été dépendante à 80 % du marché français”

 

« C’est un développement très naturel », indique Pascal Vandenberghe à ActuaLitté. « Morges a toujours été une ville que nous souhaitions investir, mais la présence de la librairie de Sylviane Friederich posait problème. Nous ne cherchons pas à nous étendre dans des lieux où la zone de chalandise est trop étroite pour deux librairies. »

 

Du reste, cela permet à Payot de prendre un peu plus position autour du lac Léman. « Nous complétons notre présence, et montrons qu’il est possible de saisir l‘opportunité d’ouvrir des librairies, quand cela est possible. »
 

Laisser 17.000 concitoyens sans librairie ? Impossible


Pour Sylviane Friederich, le changement de lieu provoque un petit pincement : « La rue des Fossés, c’est un lieu magique, avec des tapis d’orient, de la récup’, et architecturalement, un espace un peu de guingois. Évidemment, la nouvelle librairie sera un espace Payot, avec une configuration totalement différente. »

 

Mais l’important reste l’accompagnement de la clientèle, ce qui l’a poussée à rester. « Cela n’a rien d’un putsch où Payot s’installerait dans la ville, en balayant La Librairie. Nous nous connaissons depuis des années, et avions déjà collaboré ensemble. Cette forme de partenariat nous permet de poursuivre cette collaboration, et surtout, de garantie que Morges ne se retrouve pas privée de librairie. » 17.000 habitants, sans livres à se mettre sous la dent... quelle tristesse ce serait ! 

 

Après 40 années passées dans la ville, Sylviane Friederich se réjouit que Payot permette cette persistance. « C’est un libraire indépendant, aujourd’hui, pleinement. Mon souci était de faire perdurer un lieu digne de ce nom : on dit toujours que l’esprit de la librairie tient à la personne qui l’anime. » Et le rachat du stocke de La Librairie facilite également les choses : « Contrairement à d'autres, nous n'avons pas à brader les livres : c'est rare. »

 

Cependant, cet heureux dénouement ne cache pas la difficulté de la relève. « Les librairies de Suisse sont soumises à une sacrée concurrence avec les sites en ligne : pour se lancer, un jeune libraire doit avoir les reins solides, parce que ce n’est aujourd’hui pas évident du tout. » L’opportunité de ce local fut l’occasion rêvée : « J’ai dit à Pascal [Vandenberghe] que si j’avais eu dix ans de moins, j’aurais déménagé. Mais aujourd’hui, je suis une vieille dame », plaisante-t-elle.

 

L'opportunité d'un flux de visiteurs pour les librairies
 

De Morges en passant par Lausanne et Genève, les librairies Payot s’étendent, et développent leur offre. Déjà l’ouverture du vaste établissement genevois en mars 2015 avait fait sensation. Une perspective qui suivait d’ailleurs la création en avril 2014 d’un espace Payot dans la gare de Cornavin (en lieu et place d’une banque UBS, d’ailleurs).

Désormais, c'est donc avec une offre de journaux que Lausanne et Genève se retrouvent. Pour les établissements, c’est une offre de 630 titres de presse régionale, nationale et internationale qui se retrouvera proposée.
 

Pascal Vandenbergue insiste : « La presse représente un service complémentaire plus qu’une source de revenus : cette offre peut entraîner un nouveau flux de clients, mais elle répond avant tout à un manque. » Et de pointer l’absence, dans l’environnement proche des librairies des deux villes, d’un kiosque « avec une offre de presse internationale ».


Quand le groupe Valora, exploitant de kiosques en Suisse, s’est séparé de Naville Distribution en juin 2016, ce dernier s’est par la suite rapproché de l’enseigne Payot. D’ailleurs, il est amusant de rappeler que Naville appartenait originellement à Lagardère, de même que Payot : le premier fut cédé en novembre 2014, à Valora, alors que Payot avait été vendu quelques mois plus tôt, en juin. 
 

Pour Genève, l’initiative coulait de source : le quartier des affaires profitera certainement de cette manne. En outre, la librairie de Genève avait pour vocation originelle de proposer un secteur presse. De même pour Lausanne, « on ne trouve aucun kiosque dans un périmètre proche », indique le PDG de Payot. 

 

« Notre démarche ne se fait d’ailleurs pas au détriment du livre : mais de la lecture d’ouvrage à la presse, d’une certaine manière, il n’y a qu’un pas. » Les journaux vendus compléteraient plutôt l’espace consacré aux mooks. « Pour le livre, nous restons sur un projet d’augmentation de l’offre et d’affiner nos sélections : la presse n’empiétera donc pas sur des surfaces dédiées. Nous comblons un manque plus que nous ne faisons de concurrence. »