Pays-Bas : Elsevier et les universités parviennent finalement à un accord

Antoine Oury - 10.12.2015

Edition - Société - Elsevier universités boycott - Pays-Bas open access - édition académique scientifique


Il aura fallu le temps, mais l'éditeur Elsevier, spécialisé dans les journaux scientifiques et académiques, a conclu un accord avec les bibliothèques universitaires des Pays-Bas. L'objet du litige était l'open access, ou accès ouvert, un mode d'accès gratuit et libre qui était réclamé par une partie de la communauté des chercheurs et le gouvernement, et qui ne faisait pas vraiment les affaires d'Elsevier.

 

Elsevier Ice Sculpture

(Jeffrey Beall, CC BY-SA 2.0)

 

 

Dès le mois de novembre 2014, une partie de la communauté des chercheurs néerlandais organisait un large boycott d’Elsevier, d’autant plus confiante que le gouvernement du pays les soutenait totalement. Le litige prend sa source dans le fonctionnement même des publications scientifiques : pour que leur étude soit prise au sérieux et obtienne un minimum de visibilité, les chercheurs consacrent une partie de leur budget à l’achat d’un espace de publication dans une revue, si possible la plus prestigieuse. Une fois leur travail publié, les autres chercheurs y accèdent grâce à l’abonnement que la bibliothèque de leur université a acheté.

 

Le problème, c’est que ce système semble dépassé, de l’avis de nombreux membres de la communauté scientifique : d’abord, ce système de double paiement est particulièrement fallacieux, surtout lorsqu’il s’agit d’études financées par des deniers publics. De plus, les militants de l’open access soulignent que ce type d’accès favoriserait la recherche, en facilitant la dissémination du savoir.

 

À l’inverse, Elsevier évoque l’assurance que fournissent les revues pour les chercheurs qui y sont publiés, ainsi que l’enrichissement que l’éditeur peut apporter aux articles, avec l’ajout de documents ou des fonctions interactives. L’éditeur a mis en place quelques formules en open access, mais elles ne concernent bien sûr pas les titres les plus importants et n’ont pas vraiment satisfaits l’ensemble des mécontents.

 

La fin d’un boycott sous tension

 

En novembre 2014, donc, l’association des universités, VSNU, annonçait un boycott d’Elsevier, dès l’été 2015 : elle invitait les chercheurs à ne plus participer aux comités scientifiques mis en place par l’éditeur — au sein desquels les chercheurs ne sont pas payés. 

 

Le mois dernier, les relations semblaient toujours aussi froides, et le conflit s’étendait à d’autres communautés scientifiques : « Nous travaillons pour eux en tant que comité éditorial (gratuitement), nous nous chargeons de l’aspect scientifique de la revue (souvent gratuitement), nous fournissons le contenu (gratuitement), et ils nous font payer des sommes folles pour la simple distribution », résumait ainsi Stefan Müller, de l’Université libre de Berlin...

 

À partir du 1er janvier prochain, un certain nombre de bibliothèques universitaires auraient pu perdre leurs accès aux catalogues d’Elsevier : ce ne sera finalement pas le cas, en vertu de l’accord signé entre la VSNU et l’éditeur. D’après celui-ci, Elsevier s’engage à ce que 30 % de ses publications soient en open access d’ici l’année 2018. Sans autres précisions concernant les titres concernés. Le nouveau contrat, lui, entre en vigueur le 1er janvier 2016, et court sur 3 ans. Les deux signataires du contrat se sont dits satisfaits des conditions.

 

Le gouvernement néerlandais avait précisé ses objectifs, en matière d’open access : il attend 60 % des publications scientifiques des Pays-Bas en accès libre d’ici 2020, et 100 % en 2025. L’avenir dira si les concessions d’Elsevier y auront participé.

 

(via inct, NOS)