Pays-Bas : la loi sur le prix unique du livre maintenue jusqu'en 2019

Clément Solym - 09.02.2015

Edition - Justice - Pays Bas - prix unique livre - législation examen


Les Pays-Bas viennent de décider que la loi sur le prix unique du livre resterait en vigueur pour les quatre prochaines années. Jusqu'en 2019, ainsi qu'en ont convenu les ministres, lors d'une réunion en conseil, la semaine passée, le prix des livres restera défini par les éditeurs locaux. Ensuite, on verra...

 

Jet Bussemaker

Jet Bussemaker, ministre de la Culture.

Parij van de Arbeid, CC BY 2.0 

 

 

En empêchant les supermarchés et autres discounters de pratiquer le prix de vente qu'ils souhaitent, le législateur néerlandais tient à réaffirmer son soutien à la chaîne du livre. Les éditeurs poursuivront la politique de fixation des prix qui a permis à des ouvrages plus difficiles de trouver malgré tout un public, et de pouvoir circuler, affirment les ministres.

 

Ces derniers considèrent également qu'il importe de protéger le secteur du livre, plus vulnérable que d'autres, et frappé par la baisse des ventes papier. « Maintenant que le marché du livre est en recul, il est encore plus important de le préserver, pour que ressortent des publications vulnérables comme les collections d'essais ou les livres de jeunes auteurs », affirme Jet Bussemaker, la ministre de la Culture. 

 

Introduite en 2005, la loi s'est rapidement imposée comme un outil dont éditeurs et libraires ont pu bénéficier pour garantir une régularisation du marché. D'ici à quatre années, le Conseil de la Culture devra analyser le comportement des lecteurs et des ventes dans le pays, pour s'assurer que le maintien de la législation a apporté les effets attendus. Cependant, on ne se fait guère d'illusion : prix unique ou non, un livre qui ne se vend pas n'aura pas la place qu'on lui attribue traditionnellement en librairie. « Pourquoi un marchand de livres sacrifierait-il ses bénéfices sur un best-seller en stockant un ouvrage invendable ? »

 

Dans le monde du livre, on s'est évidemment félicité de cette décision, qui conforte la loi. Celle-ci, rappellent les éditeurs, doit « garantir la qualité, la diversité et la disponibilité des livres en langue néerlandaise pour un large public. [...] La riche culture du livre que nous avons aux Pays-Bas est d'une importance cruciale pour notre territoire », assure Ria Derks, président du KVB, syndicat des éditeurs.

 

« L'importance sociale d'une société alphabétisée et de la lecture comme moyen d'épanouissement personnel, autant que de développement pour les Néerlandais de tous âges, ne peut être surestimée », précise son communiqué.   

 

La difficulté vient de ce que trois économistes, au cours de l'été 2014, ont déposé un dossier démontrant que l'essor culturel au Danemark et au Royaume-Uni provenait de l'abrogation de la loi. (via NRCQ)

 

 

 

 

Notons également que ces 5 et 6 mars, la Norvège accueillera des représentants européens venus d'horizons divers, pour parler de la stabilisation du prix du livre et de la fixation de son tarif par les éditeurs. Organisé à Oslo, ce séminaire permettra de revenir sur l'instauration de la législation sur le territoire norvégien, tout en établissant un panorama des différents États sur la question. 

 

On reviendra également sur une étude de 2012, Books – At what price ? Report on political instruments in the publishing industry in Europe, qui sera présentée en anglais, et passe au crible les comportements dans 15 pays de la zone euro. Le ministère de la Culture française compte parmi les invités, bien entendu.