#PayYourAuthor, quand la colère et l'indignation des auteurs s'exportent

Fasseur Barbara - 28.06.2018

Edition - Société - Society of Author Rémunération - Payetonauteur Royaume Uni - Revenu Auteurs Pullman


Les émules du mouvement #PayeTonAuteur semblent sur le point de traverser la Manche. En effet, Philip Pullman, accompagné de deux autres auteurs à succès, s'inquiète pour l'avenir des auteurs au Royaume-Uni. Ils appellent les éditeurs à une distribution plus équitable des recettes pour améliorer la situation économique des auteurs professionnels.



Dun côté, Philip Pullman, auteur d'À la croisée des mondes (Miki Yamanouchi, CC BY-ND 2.0) et de l'autre, les auteurs français en manifestation devant le ministère de la Culture (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)


 

Une étude menée par l'Authors’ Licensing and Collecting Society (ALCS), organisme de gestion collective, constate qu’en Angleterre, les revenus de la majorité des auteurs professionnels n'atteignent pas le salaire minimum du pays. 5 500 d’entre eux ont fait part d’une diminution drastique de leur revenu, rendant difficile, voire impossible, le fait de vivre de leur plume.

 

Les revenus des auteurs consacrant plus de la moitié de leur temps de travail à l'écriture ont chuté de 42 % depuis 2005, pour tomber sous les 10.500 £ (environ 11.900 €) par an, bien en dessous du revenu minimal annuel britannique, qui s'élève à 17.900 £ (environ 20.300 €), selon la Joseph Rowntree Foundation. Ainsi, le pourcentage d’auteur pouvant se contenter des revenus de leur plume est tombé à 13 % à peine contre 40 % en 2005.

 

C’en est trop pour Philip Pullman, président de la Society of Authors et à qui l’on doit le cycle À la croisée des mondes. Aux côtés d’Antony Beevor, historien et romancier, et de Sally Gardner, auteure et illustratrice de livres jeunesse, ils se confient dans le Guardian pour ouvrir les yeux et faire bouger les choses.

 

Pour eux, c'est le même constat qu'en France. Laisser les auteurs dans une telle situation c'est mettre en danger la qualité et la diversité des productions, tout comme le revendiquaient les artistes-auteurs présents à la manifestation française, au ministère de la Culture. Ils font donc directement appel aux éditeurs afin de négocier l’augmentation des droits d’auteur. Car il est surprenant de voir les ventes de livres atteindre des sommets quand les revenus des auteurs, eux, touchent le fond.

 


Philip Pullman demande un partage plus équitable
des profits de la vente de livres


 

Nicola Solomon, directrice générale de la Society of Authors, estime que le paiement des auteurs ne représentait que 3 % du chiffre d'affaires des éditeurs en 2016. « L'industrie paie si peu pour la matière première. Les éditeurs parlent de la diversité, puis ne font rien pour soutenir les carrières des écrivains. Il est pourtant de leur ressort de s'assurer que les auteurs sont correctement payés et que leurs revenus ne diminuent pas », a-t-elle ajouté.

 

Sally Garner, auteure illustratrice jeunesse, explique : « Aujourd’hui, l’industrie de l’édition veut des romans best-seller quoi qu’il en coûte, mais pour développer le talent et une bonne écriture il faut de la patience, des encouragements et un soutien financier ». L’auteure illustratrice craint pour le devenir de la création : comment aborder des questions importantes, mettre en forme ses réflexions, quand on gagne à peine sa vie ?

 

Les préoccupations sont donc les mêmes que pour les artistes-auteurs de France. Les auteurs professionnels voient la qualité du travail partir de la course à la rentabilité. Si la situation perdure, les écrivains devront écrire toujours plus pour gagner leurs vies aux dépens de la qualité de leurs écrits. Le serpent se mord la queue, la culture et la diversité se meurent et les auteurs se reconvertissent.


Les auteurs au ministère de la Culture,
partagés entre colère et déception


Beevor, auteur du best-seller Stalingrad, se penche sur le cas des auteurs de non-fiction qui font face à un problème particulier. Leurs ouvrages nécessitants des recherches poussées, et ils ont besoin d'argent pour les financer. « Stalingrad m'a demandé quatre ans de travail, qui a été financé par des offres d'édition du Royaume-Uni et de l'étranger », a déclaré Beevor. « J'avais essayé d'écrire à mi-temps le soir, mais tu es trop crevé à la fin de la journée et je ne pouvais pas le faire. »

 

Pullman s’indigne encore : « Le mot exploitation vient à l’esprit. Beaucoup d’entre nous ne sont pas traités correctement parce que ceux qui mènent nos livres au public agissent sans avoir pleinement conscience de ce qu’ils font, sans une pensée pour le futur de l’écologie du commerce, comme un tout. Ça compte parce que la santé intellectuelle, émotionnelle et artistique de la nation compte, et que ceux qui écrivent contribuent à son maintien. »




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