Pascal Rogard : "Il y a besoin d'argent pour éditer un livre", pas pour l'écrire

Nicolas Gary - 18.09.2015

Edition - Economie - Pascal Rogard - écrire argent - peindre financement


France Culture invitait hier l’avocate Agnès Tricoire, auteure d’un ouvrage, Petit traité de la liberté de la création (2011), ainsi que Pascal Rogard, directeur général de la SACD. Au cœur de l’émission, la loi Création, débattue par la commission des Affaires culturelles le 16 septembre dernier. Et bien entendu, la question de la liberté de création est rapidement reliée à celle du financement.

 

Pascal Rogard, en mai dernier lors d'un débat à Cannes

 

 

Pascal Rogard, que l’on connaît sur les réseaux pour ses déclarations toujours fameuses, n’a pas manqué de se faire remarquer : considérant que la liberté de création « est assurée », c’est lui va opérer le glissement vers les questions financières. Et rapidement, de prendre l’exemple du cinéma.

 

« Tout le monde peut créer ce qu’il veut. Là où ça commence à coincer, c’est quand, pour créer, il faut de l’argent, comme c’est le cas pour le cinéma, la télévision – il faut même dans certains cas beaucoup d’argent... » Des investisseurs interviennent alors, en acceptant ou refusant que l’œuvre voit le jour. 

 

L’autre problématique rencontrée, dans la diffusion du spectacle vivant, c’est le financement par les collectivités locales, pour deux tiers. Certaines municipalités peuvent intervenir, parce que la programmation n’est pas vraiment à goût politique du jour. Le bât blesse quand la politique se mêle de du choix des œuvres, alors que le programmateur est choisi.

 

Ce qu’il faut donc assurer, c’est cette liberté, confiée à un responsable. 

 

Et sans que l’on n’y prenne garde, le point Audiard débarque en plein milieu de ce début d’émission. 

 

« La liberté de création, dans certains cas... on peut écrire tout ce que l’on veut comme livre, dès lors que l’on respecte les lois générales... » Intervention de l’animatrice : « Oh, c’est sympathique. » Réaction de M. Rogard : « Non, mais je veux dire, il n’y a pas besoin d’argent, pour écrire un livre. Il y a besoin d’argent pour éditer un livre. » 

 

Et de reprendre et poursuivre : « Il n’y a pas besoin d’argent pour écrire un livre [...] pour peindre. Par contre, pour exposer, pour éditer, il y a besoin de ressources. » Bien évidemment, tout cela pour conclure que d’autres types d’œuvres ont besoin d’investissements massifs pour voir le jour – comprendre, cinéma, audiovisuel...

 

Pas d’auteur, pas de livre : pas d’argent, plus d’auteur

 

Ce matin même, la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse (re)lançait un cri d’alarme, en dénonçant le taux de rémunération dérisoire qu’ils perçoivent. Le directeur général de la SACD démontre joyeusement que certaines idées sont encore bien ancrées. Avec le paradoxe du lobbyiste bien installé, puisque, la minute suivante, il défendra... le droit d’auteur.

 

« Il faut naturellement que les créateurs, leurs droits, soient respectés. Un élément fondamental de la liberté de création, c’est par exemple le droit d’auteur. Si le droit d’auteur n’est pas respecté, si les auteurs quand leurs œuvres sont diffusées, ne sont pas rémunérés, il est évident que ce sera beaucoup plus compliqué de créer. »

 

Le reste est à écouter à cette adresse.

 

Comment dans la même intervention peut-on affirmer que l’écrivain n’a pas besoin d’argent pour écrire, et que sans argent il lui sera compliqué de créer ? Un carambar au nougat à qui nous l’explique... 

 

Pour mémoire, l'identité de la SACD est la suivante, « une société de gestion collective qui a pour mission de percevoir et répartir les droits d'auteur ». Elle revendique également une mission sociale : « Aux côtés des auteurs dans leurs projets comme dans leurs difficultés de la vie, la SACD les accompagne, les conseille, leur apporte un soutien financier. La SACD attribue également aux auteurs, sous certaines conditions, une allocation complémentaire à la retraite. »

 

 

mise à jour : 

Pascal Rogard avait le droit de répondre. Il n'y était pas containt, et peut-être n'aurait-il pas dû, mais il l'a fait. Voici comment :

 

 

Un bref échange, conclu ainsi :