Pellerin fière d'avoir fait de la Culture “un ministère de premier rang dans la République”

Antoine Oury - 12.02.2016

Edition - Société - remaniement Culture - Audrey Azoulay Fleur Pellerin - Audrey Azoulay ministre culture


Si l'on en croit la presse, le départ de Fleur Pellerin du gouvernement de Manuel Valls a surpris jusqu'à la principale intéressée : ce matin, le changement de la rue de Valois n'a pas évité la polémique, et les liens de la nouvelle ministre de la Culture avec Julie Gayet ont fait jaser. Néanmoins, Fleur Pellerin ne garde visiblement pas rancune au Premier ministre, qu'elle a chaudement remercié lors de la passation de pouvoir au ministère.

 

Audrey Azoulay et Fleur Pellerin - Passation de pouvoir

Fleur Pellerin et Audrey Azoulay (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

Arrivée au ministère de la Culture et de la Communication en août 2014, pour succéder à Aurélie Filippetti, Fleur Pellerin reste très lié au Premier ministre Manuel Valls. Ce sont d'ailleurs les longs remerciements, liés à son parcours personnel, qui ont le plus marqué dans son dernier discours en tant que ministre de la Culture :

 

Il y a peu de pays au monde où une enfant trouvée dans les rues d’un bidonville, dans un pays en développement, et adoptée dans une famille modeste, dont la généalogie est faite d’ouvriers, de domestiques, pourrait un jour se retrouver ministre de la Culture. Et j’ai une gratitude immense, indicible, pour Manuel Valls, le premier ministre, d’avoir proposé mon nom au Président de la République, en août 2014. Je voudrais le remercier et lui dire ma reconnaissance et ma fidélité.

 

 

Évidemment, si l'on considère la prochaine échéance électorale, la popularité du président Hollande et celle du Premier ministre Manuel Valls, il faut espérer pour Fleur Pellerin que ces remerciements ne tombent pas dans l'oreille d'un sourd. D'autant plus que les commentaires de certains socialistes ne cachent pas la déception ressentie face aux promesses de l'époque « Moi, Président ».

 

 


« Être de gauche, pour moi, c'est une forme de révolte et de radicalité »

 

Outre les circonstances de son départ, Fleur Pellerin doit composer avec un bilan qui, de l’extérieur, se limiterait surtout aux erreurs de communication qui ont émaillé son mandat, et qu’une bonne partie de la presse prend plaisir à rappeler ce matin. « Depuis 20 ans, je n’ai eu qu’un seul et unique engagement, l’intérêt général », soulignera ainsi Fleur Pellerin dès les premières lignes de son discours. À la Cour des Comptes, au sein de plusieurs associations puis au gouvernement (aux PME et numérique, au Commerce extérieur, puis à la Culture), rappelle Fleur Pellerin.

 

« Les 3 campagnes présidentielles auxquelles j’ai participé, pour Lionel Jospin, Ségolène Royal et François Hollande ont été de merveilleuses expériences, de merveilleuses aventures individuelles et collectives », assure Fleur Pellerin, qui a salué au passage Jean-Marc Ayrault, et, de nouveau Manuel Valls. 

 

Rue de Valois, explique l’ancienne ministre, « je n’ai pas voulu d’un ministère de la Parole, j’ai voulu changer le réel et être digne du mandat politique que nous avaient confié les Français. [...] [J]'ai travaillé à faire rentrer nos politiques publiques dans le XXIe siècle, un siècle dans lequel nos concitoyens sont encore trop nombreux à se sentir intimidés par la culture ».

 

Une action centrée autour de l’accès à la culture, donc, qu’il faudra nuancer : sur ce sujet, la position du ministère, résolument contre, sur une définition positive du domaine public, fait partie des dernières déclarations particulièrement impopulaires de la ministre. 

 

Sur son action au ministère, Fleur Pellerin citera encore la « réforme des aides à la presse, l’indépendance et pluralisme des médias et des rédactions, le secret des sources, la modernisation du droit d’auteur — et nous sommes en passe de convaincre la Commission — le crédit d’impôt audiovisuel pour renforcer notre attractivité, la stratégie nationale pour l’architecture, mon combat pour les artistes, la liberté de création, la sanctuarisation de l’intermittence, le soutien aux artistes interprètes, un combat pour plus de diversité dans les visages et les pratiques artistiques de notre pays ». 

 

Malheureusement pour la ministre, son plus important projet de loi, sur la Liberté de Création lui a échappé des mains alors qu’il est en pleine discussion parlementaire. « Je suis fière d’avoir redonné au ministère de la Culture les attributs d’un ministère de premier rang dans la République », avance néanmoins Fleur Pellerin. « Fière d’avoir redressé son budget, fière d’avoir porté à l’assemblée et hier encore, au Sénat, une grande loi sur la liberté de création dans l’architecture et le patrimoine. »

 

Pour cette égalité d’accès à la Culture, qui a motivé l’ensemble de son mandat d’après elle, Fleur Pellerin citera une dernière fois Lire En Short, en omettant encore de préciser que l’idée date d’Aurélie Filippetti. « Je suis convaincue que la culture est une arme d’émancipation massive contre la barbarie. J’avais récemment proposé un pacte de culture au Président et au Premier ministre, j’espère qu’il pourra être mis en œuvre dans les prochains mois », termine la ministre, qui s’est dite très affectée par les attentats qui ont frappé la France en 2015.

 

Avec 1 minute 10 à l’applaudimètre, les services du ministère voient visiblement partir la ministre avec regret.

 

« Les enjeux de la Culture n'ont jamais été aussi importants »

 

Audrey Azoulay devra elle aussi faire face à la suspicion dès son arrivée au ministère : à l'annonce du remaniement, de nombreux observateurs ont remarqué que l'ancienne directrice financière et juridique au CNC et conseillère Culture de Hollande était une proche de Julie Gayet. « À l'occasion de ce passage de témoin, j'aimerais rappeler la mémoire de Jean Zay que le président de la République a fait entrer au Panthéon », a souligné la ministre, renouvelant l'hommage rendu par Fleur Pellerin quelques mois plus tôt.

 

Audrey Azoulay, ministre de la Culture et de la Communication

Audrey Azoulay, ministre de la Culture et de la Communication (ActuaLitté, CC BY SA 2.0)

 

 

« Que la culture soit la vie, la passion, j'y crois profondément. Alors que la France doute parfois d'elle-même, trop, certainement, la culture ouvre des horizons, elle va plus vers l'autre, elle structure des valeurs, c'est notre arme civilisationnelle, notre colonne vertébrale », a déclaré Audrey Azoulay, en faisant un clin d'œil aux professionnels du secteur « qui sont acteurs de leur destin, en bonne intelligence avec les pouvoirs publics et dans le sens de l'intérêt général ». À ce titre, elle a évoqué la lutte contre le piratage et pour les droits d'auteur « pour laquelle les auteurs sont très reconnaissants ». 

 

Évidemment, aucun détail de la politique à venir n'a été dévoilé, même si la ministre défendait quelques heures auparavant la loi Création devant le Sénat. Il faut dire que le nom du directeur de cabinet de la ministre n'est pas connu, et que tous les services de la rue de Valois sont encore dans le flou, jusqu'à la semaine prochaine.