Pellerin "pas désignée pour occuper ce poste" à la Culture (Ben Jelloun)

Nicolas Gary - 28.10.2014

Edition - Société - Patrick Modiano - Fleur Pellerin - Bernard Pivot


Grand mal en a pris à la ministre de la Culture de faire preuve d'honnêteté. En reconnaissant qu'elle n'avait pas lu de livres depuis deux ans, et montrant qu'elle ne connaissait pas de livres du dernier prix Nobel, Patrick Modiano, Fleur Pellerin est prise en flagrant délit. Et les pontes de pontifier sans vergogne, à l'instar de Tahar Ben Jelloun, prix Goncourt.

 


 

 

Invité de l'émission d'Augustin Trapenard sur France Inter, Tahar Ben Jelloun revient sur cette déclaration malencontreuse.  

Fleur Pellerin a avoué « sans aucun problème » que les livres n'avaient pas leur place dans son emploi du temps chargé, et ce depuis deux ans. Mais que l'on se rassure, la ministre lit ses « notes », certes peut-être pas avant toutes les émissions TV, mais « beaucoup » en tout cas. Et puis aussi des « textes de loi, les nouvelles, les dépêches AFP, mais je lis très peu ». Une révélation qui a fait réagir la présentatrice de l'émission : « Mais c'est un problème ! » (voir notre actualitté)

 

« C'est triste. J'ai de la peine pour elle, parce que... un ministre des Affaires étrangères n'a pas le temps de lire un roman, il lit des dépêches, mais une ministre de la Culture doit se plonger dans la littérature, ne serait-ce que par devoir politique. C'est pas possible... c'est pas possible qu'on ne puisse pas citer un seul livre de Modiano. C'est pas possible, c'est honteux. Je trouve ça lamentable. »

 

Le romancier insiste : « Nous vivons une époque, quand même, où la culture est traitée par-dessus la jambe et, d'une certaine façon, j'ai l'impression que c'est un peu la dernière roue de la charrette. Et que l'on laisse passer. » Mais rien de personnel contre la ministre, « la pauvre, elle a d'autres vertus. Mais je pense qu'elle n'était pas désignée pour occuper ce poste ». Et de prophétiser alors que ce sera quelque chose qui lui sera reproché, « et que le web va se moquer pas mal ».

 

Écouter à 8'30

 

Quant à Bernard Pivot, c'est sollicité par l'AFP en tant que président de l'Académie Goncourt, qu'il prend position, tout en nuançant. L'homme de lettres estime qu'il « ne faut pas pour autant la condamner », pour ce défaut de référence. « Ce n'est pas parce qu'on n'a pas lu Modiano qu'on est inintelligent, et pas apte à diriger le ministère de la Culture. » 

 

Et d'ajouter : « J'aurais préféré qu'elle soit incollable sur Modiano mais ce n'est probablement pas quelqu'un qui lit des romans, c'est probablement une femme qui lit des essais, des livres techniques. Sa curiosité ne se porte pas sur les romans, qu'est-ce que vous voulez qu'on y fasse, c'est comme ça. »

 

Le problème ne provient en effet pas de cette déclaration, mais plutôt du cabinet de la ministre, qui n'a pas forcément anticipé cette question, ou encore, de ce message de félicitation malheureux, diffusé le jour de l'annonce du prix Nobel. 

 

 Sans être un grand communicant, il aurait été sage, ou plus avisé, d'annoncer qu'elle était sur le point d'entrer dans l'œuvre de Modiano, et que, par manque de temps, elle ne l'avait pas encore fait. Après tout, personne ne peut reprocher un manque culturel – en revanche, le défaut d'informations...

 

Cet article de Slate sur l'algorithmisation de la culture ne manquera pas de saveur.