Charlie Hebdo : de l'amour, de la haine et les mêmes débats

Clément Solym - 28.04.2015

Edition - International - Charlie Hebdo - PEN America - Alain Mabanckou


La querelle sévit au sein du PEN America, entre les membres ayant fait sécession, refusant de récompenser Charlie Hebdo, et les autres. Salman Rushdie a fait fureur, en qualifiant les six auteurs mutins de « petites fiottes ». Mais Francine Prose n'est pas décidée à se laisser faire. Dans le même temps, Alain Mabanckou tente de comprendre ce qui peut se passer...

 

 

Graff à la mémoire de Charlie Hebdo

ID Number THX 1139 CC BY 2.0

 

 

On risque de manger froid au dîner du PEN America. Avec cinq autres auteurs, Francine Prose refuse de remettre le prix récompensant la défense de la liberté d'expression à Charlie Hebdo. En tant qu'ancienne présidente, Prose estime tout simplement que Charlie Hebdo ne mérite pas ce prix.

 

« Permettez-moi de souligner à quel point je crois en ces idéaux du PEN. Durant deux ans, j'ai été présidente du PEN America Center. Je crois en l'indivisibilité du droit à la liberté d'expression, quelle qu'elle soit – sauf quand il s'agit de racisme, ou de blasphème », note Francine Prose.

 

Évidemment qu'elle a été choquée, outrée par la mort violente des membres de la rédaction de Charlie Hebdo. Et qu'elle abhorre la censure : le journal a « parfaitement le droit de publier ce qu'il veut ». Mais attention, si le premier amendement de la Constitution des États-Unis autorise des néonazis à manifester, rien n'oblige les membres du PEN à leur donner un prix. 

 

« Le récit des meurtres de Charlie – des Européens, blancs, tués dans leurs bureaux par des extrémistes musulmans – est celui qui nourrit parfaitement les préjugés culturels qui ont entraîné notre gouvernement à faire tant d'erreurs désastreuses au Moyen-Orient », poursuit-elle. (IBTimes)

 

Alain Mabanckou n'en revient pas : « Ces écrivains sont, comme qui dirait, des “poids lourds” dans la littérature d'expression anglaise. Leur attitude et leurs déclarations ne sont donc pas passées inaperçues et, paradoxalement, ce sont elles qui mettent en danger la liberté d'expression ! »

 

Et de s'interroger : que signifie donc liberté d'expression, si trouver la mort pour avoir publié des caricatures tournant en dérision l'intégrisme islamique n'est pas l'une des plus grandes évidences ? Quant à l'arrogance française, reprochée par les six auteurs entrés en résistance, Alain Mabanckou s'en étonne plus encore. 

 

Selon lui « il n'y a pas de France sans arrogance. Il ne s'agit pas de cette propension hégémonique américaine, mais d'une inclination vers la prééminence de ce qui fonde notre humanisme et qui devrait l'emporter en tout temps et en tout lieu : la pensée dans toute sa liberté et la liberté dans toute pensée ». (L'Express) 

 

L'actuel président, Andrew Solomon —, a fait parvenir un courrier aux membres de l'organisation. « Nous ne croyons pas que chacun d'entre nous ait à approuver le contenu des caricatures de Charlie Hebdo, pour affirmer les principes auxquels ils tiennent, ni applaudir la bravoure du personnel qui défend ces valeurs au péril de leur vie, et devant les menaces de mort. »