Pendant les vacances, Leclerc collecte les déchets du marketing ?

Nicolas Gary - 29.07.2019

Edition - Librairies - Michel Edouard Leclerc - emballage plastique - déchet pollution Leclerc


Le tour de France achevé, Michel-Edouard Leclerc s’en retournera le cœur léger à d’autres considérations. Fier sponsor de la Grande Boucle, il a pu assister au triomphe du Colombien Egan Bernal, sacré plus jeune vainqueur du tour, à 22 ans. Le centenaire de la manifestation prend fin, revenons-en donc à l’actualité de la semaine passée.

Garbage on the Kuta beach, Bali
Artem Beliaikin, CC BY 2.0
 

L’association des libraires britanniques avait communiqué son Green Manifesto, un livre blanc appelant toute la chaîne du livre à faire preuve d’un comportement plus écoresponsable. Avec, entre autres, la réduction de déchets. « Le besoin de changement pour prévenir un plus important déclin de l’environnement est urgent », annonçait la Booksellers Association.

Parmi leurs recommandations, celle d’éliminer les sacs plastiques à usage unique dans les commerces, et plus encore, de ne plus en produire, tout simplement. Et par conséquent, de ne plus en donner aux clients. La Booksellers Association s’engageait même à réaliser un audit auprès de ses membres.

Même la papeterie était ciblée, estimant que cette dernière — et en particulier les cartes de vœux — n’avait besoin ni d’emballage ni de cellophane.
 

Polar saignant et durée de conservation


Emballage et cellophane, tiens donc : en mars dernier, dans un des établissements Leclerc, celui de Relecq-Kerhuon (Finistère), était menée une opération marketing. Des ouvrages — polars et thrillers — se retrouvaient inutilement empaquetés dans un film alimentaire, avec carton. Un peu comme les aiguillettes de poulet, ou la tranche de bœuf qu’on achèterait.

Devant la réaction des clients, la boutique Leclerc avait décidé de mettre rapidement un terme à l’opération. Contactés, les responsables n’avaient alors pas eu la politesse de répondre, mais deux jours plus tard, c’était le grand patron en personne qui se fendait d’un message sur sa page Facebook.
 
« [P]eut-on, au risque d’ouvrir la boîte à claques, se moquer de ces pères la vertu incapables de distinguer une initiative provocatrice, mais marrante... d’un acte répréhensible », s’interrogeait MEL. Et de défendre son équipe, considérant que les internautes qui n’avaient pas goûté l’opération de communication n’avaient rien compris. 
 

Camarades délateurs, ce n'est qu'un début


« Passait par-là un objecteur de conscience, un agent de la police anti-gaspi, le smartphone à hauteur du cerveau. Voilà notre libraire et notre boucher sacrifiés à la lutte anti-emballage et cloués au pilori : leur délit ? Ce n’est pas tant la marchandise qui dérange que la housse transparente qui relie nos trente cadavres littéraires à leur noire barquette. » 



 
Ah, bien entendu : le libraire de cet établissement avait eu une riche idée, qu’il était impératif de promouvoir. Le polar en barquette, façon barbaque, c’était indispensable. Et comme l’ensemble s’accompagnait de petites phrases d’humour entre boucherie et calembours, c’était du grand art. Si fait.

Avec courage, M. Leclerc avait même interpellé la rédaction — sans pour autant taguer comme il se doit quand on répond en bonne et due forme — avec une hauteur “cimiesque”. 

« Eh bien moi, j’ose dire avec sincérité aux militants des ZéroGaspi, ZéroDéchet, ZéroWaste et rédacteurs du site Actualitté : vous avez raison sur le principe, la cause est juste... Keep cool, camarades délateurs, prenez un peu de hauteur et évitez-nous ce catéchisme écologique punitif », affirmait-il.
 
Sauf qu’en guise de condamnation aucune n’avait été exprimée dans nos colonnes. Nous étions tout disposés à dialoguer, mais personne n’a cru bon de retourner nos appels dans la boutique de Relecq-Kerhuon. Nous n’avions pas non plus jugé la dimension amusante — on peut rire de tout, mais pas avec tout le monde — plutôt interrogé le besoin de créer du déchet, là où ce n’était pas vraiment nécessaire.
 

La liberté d'entreprendre s'arrête où commencent les urgences environnementales


Sarcasme et clins d’œil, smileys et indignation d’entrepreneur, Michel Édouard Leclerc jouait des coudes et des blagues pour justifier un choix marketing. 


Crédit Michel Edouard Leclerc

 
Et de conclure : « Et appréciez que des entrepreneurs soient capables de laisser un tel degré de liberté créative à des salariés qui ont osé briser les frontières de leurs métiers pour partager leur amour des livres. À moins qu’il ne faille arrêter aussi d’en vendre... pour préserver la forêt ? » Ah, oui, ultime argument logique, qu’on déconstruirait aisément : jusqu’à preuve du contraire, le papier utilisé pour les livres répond à certaines normes en matière de respect de l’environnement. 

En est-il de même pour les barquettes cellophane ? Recyclables ? Personne n’ayant répondu, on restera sur sa faim. Il paraît que la cire d’abeille peut avantageusement remplacer le cellophane, mais l’effet ne sera pas le même, peut-être ? D’ailleurs, puisque l’opération n’était qu’humour et altruisme, pourquoi y avoir mis un terme quand les premiers grognards grognèrent ?  

Une étude de 2015 opérée par 50 millions de consommateurs indiquait déjà que les trois quarts des déchets n’étaient pas recyclés. MEL avait-il à l’esprit d’accompagner ses emballages saignants d’une notice explicative narrant les dangers du cellophane sur l’environnement ? N'y avait-il vraiment rien de plus amusant à organiser avec le groupe Hachette ?

Ou faut-il imaginer que, dans sa volonté de partager cet amour du livre, MEL ne laissera aux générations à venir... que des emballages à recycler ? Sur simple demande, nous serions ravis de traduire les propos du Green Manifesto que les confrères britanniques des établissements Leclerc ont établi. Ravis.


Commentaires
J’aime bien cette petite analyse de Nicolas qui s’émoustille de l’utilisation de 50 grammes de cellophane !! Notre journaleux à sauvé la planète !! Bravo. Il a simplement oublié que Leclerc a été le premier à retirer les sacs plastiques jetables de ses magasins, il y a plus de 15 ans, je crois. La balance est plutôt de son côté !!! (et je n’y ai rien à gagner...). De plus, avec une bonne pub AIRBNB pour finir, la crédibilité est de mise. Ces enquêtes qui ne voient que par un bout de la lorgnette sont désespérantes. Nicolas avait trouvé un sujet, il en a traité 5%, dommage..

Bonne journée
Salut camarade Vpj, et merci de ton intervention.

Sur le fond, rien à ajouter, votre honneur.

Sur la forme, la pub Airbnb que tu as vues est liée à ton historique de navigation. Tu n'es peut-être pas allé directement sur leur site, mais elle t'est proposée en fonction des historiques de surfs.

Excellente journée
Poster un commentaire

 

grin LOL cheese smile wink smirk rolleyes confused surprised big surprise tongue laugh tongue rolleye tongue wink raspberry blank stare long face ohh grrr gulp oh oh downer red face sick shut eye hmmm mad angry zipper kiss shock cool smile cool smirk cool grin cool hmm cool mad cool cheese vampire snake exclaim question

Vous répondez au commentaire de

Cliquez ici pour ne plus répondre à ce commentaire

* Laisser vide pour ne pas reçevoir de notification par email de nouveaux commentaires.