Pénélope Fillon, conseillère littéraire de luxe pour la Revue des Deux Mondes

Nicolas Gary - 25.01.2017

Edition - Société - Pénélope Fillon emplois fictifs - François Fillon présidentielle - Revue des Deux Mondes


Voici qui pourrait coûter cher au candidat de Les Républicains : Pénélope Fillon, épouse de François Fillon, est accusée par le Canard enchaîné d’avoir bénéficié d’emplois fictifs. On parle de 500.000 € de revenus, en tant qu’attachée parlementaire, durant huit années. Mais également dans le monde du livre, en travaillant pour La Revue des deux mondes.

 

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Pénélope Fillon, au centre - Bruno Le Maire, CC BY 2.0

 

 

Une carrière d’assistante parlementaire rondement menée, assure le Canard enchaîné : si rien n’interdit à un parlementaire de collaborer avec son conjoint ou sa conjointe, les sommes évoquées font tourner la tête. Entre 1998 et 2002, alors que François Fillon est député de la Sarthe, une première rémunération significative est perçue.

 

Puis, alors que son époux entre au gouvernement, elle poursuit sa carrière en tant que collaboratrice du suppléant, Marc Joulaud. Un montant de 500.000 € brut est avancé durant toute cette période, prélevé sur les caisses parlementaires. Et qui n’aurait rien de compromettant si différents témoignages ne venaient pas mettre en cause la réalité de ces fonctions.

 

Mais c’est également dans le monde du livre que Pénélope Fillon aurait brillé : La Revue des Deux Mondes, que possède Marc Ladreit de Lacharrière, l’aurait employée entre le 2 mai 2012 et décembre 2013. Une belle carrière de critique journaliste, avec une rémunération de 5000 € brut.

 

Peut-être est-il bon de souligner que le patron de la publication, également PDG de Fimalac, est un ami de François Fillon.

 

 


 

 

Bref, de quoi faire monter l’addition à près de 600.000 €. Recrutée comme conseillère littéraire, Pénélope Fillon n’aurait rendu que deux ou trois fiches critiques. Michel Crépu, directeur du magazine à l’époque des faits, confirme qu’il y a un loup. « J’ai reçu deux notes de lectures qui ont été publiées dans la Revue, puis ça s’est arrêté là. Il n’y a pas eu de suites », assure-t-il au micro de France Inter.

 

5000 € par mois, il doit y avoir un travail pour cette rémunération

 

« À partir de ce moment là je n’ai jamais, jamais rencontré Pénélope Fillon, je ne l’ai jamais croisée, je n’ai jamais été amené à entrer en contact avec elle. Et là j’apprends à la faveur de cette enquête du Canard qu’elle a avait été nommée ou embauchée – je ne sais pas quel terme employer – comme conseillère littéraire de la revue des deux mondes, pour 5000 € par mois. Ce qui doit être possible, dans la mesure où il y a un travail qui correspond à cette rémunération. »

 

Et de poursuivre : « Ce que je sais c’est que je n’ai jamais eu entre les mains, la moindre trace d’un travail qui pourrait témoigner valablement du travail qui consiste à être conseiller littéraire. Je n’ai jamais eu trace de cela. Donc je ne dis pas qu’elle ne l’a pas fait, mais je ne l’ai pas vu. La meilleure façon de résoudre cette question, ce serait qu’elle puisse montrer, le plus vite possible, ce qui a été fait. »

 

Si l’on effectue une recherche dans les archives de la Revue, disponibles sur Internet, on retrouve bien plusieurs articles signés par François Fillon, mais aucun de son épouse. 

 

Et encore, aucun ne fut publié durant la période où Pénélope Fillon aurait collaboré dans cette revue. En passant d'ailleurs au crible l’ensemble des notes de lectures recensées entre janvier 2012 et en poussant jusqu’à février 2014, pas une seule fois l’intéressée n’apparaît comme signataire desdites notes. Bon : un souci d’archivage ?

 

 

 

Et pourtant, dans la déclaration d’intérêts et d’activités de François Fillon, signée le 27 janvier 2014 par la Haute autorité pour la transparence de la vie publique, il est bien stipulé que son épouse a été « collaborateur revue des deux mondes ». Collaboratrice, plus précisément. Ou pas. On peut en revanche les retrouver sous le pseudo utilisé, Camille Pauline – commode :

 

 

 

Rappelons que le Code pénal punit de 3 ans d’emprisonnement et 45.000 € d’amende toute ommission dans cette déclaration, ou évaluation mensongère.

 

 

On pourra s’étrangler de l’ironie qui frappe toutefois : le prochain numéro de la RdDM met François Fillon en Une : « Catholique et iconoclaste, Libéral et gaulliste. De quoi Fillon est-il le nom ? » Un papier que son épouse n’aura assurément pas signé.