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Penguin critiquée en Inde pour n'avoir pas mieux résisté à la censure

Julien Helmlinger - 19.02.2014

Edition - International - Penguin - Inde - Wendy Doniger


Les défenseurs du droit à la liberté d'expression ne décolèrent plus depuis que Penguin India a été condamnée par la justice indienne. Après 4 ans de procédure, l'éditeur a retiré du commerce local The Hindus, titre signé de l'historienne Wendy Doniger, et pointé par un groupe nationaliste comme de nature à heurter les croyances de millions d'Hindouistes. Si l'auteure censurée a salué la maison d'édition pour avoir en vain défendu son livre, d'autres écrivains estiment que cela n'était pas assez et réclament le retrait de leurs propres ouvrages.

 

 

 CC by 2.0, par phunkstarr

 

 

Dépités d'avoir vu l'éditeur plier l'échine face à l'article du Code pénal indien qui condamne ce qui peut être perçu comme outrage au sentiment d'une catégorie de citoyens, les écrivains Jyotirmaya Sharma et Siddharth Varadarajan ont pris leur plume. Par le biais d'une lettre, ils demandent le retrait et la mise au pilon de leurs propres livres à Penguin India, qui les édite, ainsi que le retournement de leurs droits d'auteur. 

 

Pour Siddharth Varadarajan, un contrat d'édition est avant tout une affaire de confiance. Il explique ne plus être rassuré quant au fait que Penguin le défendrait face à la justice indienne dans le cas où son livre s'attirerait à son tour les foudres des fondamentalistes religieux se sentant offensés en leurs croyances. Un doute qu'il souhaite manifester au grand jour, même s'il ne s'attend pas forcément à une réponse favorable.

 

Son compatriote Jyotirmaya Sharma, quant à lui, précise à l'attention de son éditeur que dans le cas ou ce dernier n'accéderait pas à sa demande d'annulation de contrat d'édition, il se réserverait alors le droit de donner suite au différend en saisissant la justice.

 

Car pour certains amateurs de livres et de libertés, l'application de la censure par Penguin constituerait une violation du contrat d'édition. Position que soutient notamment Lawrence Liang, de l'Alternative Law Forum, association d'avocats des droits de l'homme basée à Bangalore. Le juriste, dont l'organe a envoyé son avis à l'éditeur, estime qu'il ne faudrait pas confondre le « penguin et la poule mouillée ».

 

La comparaison d'oiseaux n'est probablement pas du goût de l'éditeur, qui ne fera pas de déclarations publiques à ce sujet. Si Penguin estime que sa condamnation relève d'une discrimination entre les droits de divers lectorats, en rendant justice aux conservateurs offensés plutôt qu'à ceux qui jugeaient l'ouvrage informatif, l'éditeur a annoncé que face aux menaces de représailles il entendait préserver la sécurité de ses employés.