Le Royaume-Uni agité : éditeurs et marchands s'empoignent en silence

Clément Solym - 27.05.2015

Edition - Economie - Amazon UK - Penguin Random House - négociations contrats


La presse savoure déjà, et à tort, le conflit annoncé entre Penguin Random House et Amazon. Un passionnant épisode estival qui s'approche, pour remplir les longues journées des juilletistes et aoûtiens. Bien entendu, la dispute n'intervient, pour l'instant, que sur le territoire britannique, et pas vraiment avec la puissance d'un Hachette contre Jeff Bezos. Surtout que les deux parties continuent de nier. Mais alors ?

 

 

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Faruk Ates, CC BY NC 2.0

 

 

Le contrat d'agence qu'Apple avait mis en place avec les différents groupes éditoriaux américains fut porté en justice. Les éditeurs ont préféré s'acquitter d'une amende, plutôt que de suivre le procès – toujours en cours, avec seule Apple à la barre. La procédure d'appel est enclenchée après une première condamnation, et a d'ores et déjà conduit à la suppression du contrat d'agence, façon Apple.

 

En revanche, après une période de deux ans, les éditeurs américains ont eu le droit de renégocier un contrat avec l'ensemble des revendeurs. Et tous ont fini par reproposer un contrat d'agence, par lequel ils fixent le prix de vente de leurs ebooks. Aux États-Unis, Penguin Random House sera, en fin d'année, le dernier groupe à négocier. Et en attendant, c'est donc du côté britannique que les choses coincent. 

 

Ici, les choses sont légèrement différentes. Quoique très semblables. S'il n'y a pas d'accord entre les deux parties, les livres du plus grand groupe littéraire au monde ne se retrouveront pas sur la plateforme du premier vendeur d'ebooks au monde. Simple. Et cela, qu'on se trouve aux USA ou au Royaume-Uni.

 

Reste un point qui ne manquera pas d'intérêt : aux États-Unis, Random House ne faisait pas partie de la procédure judiciaire pour démonter le contrat d'agence. En revanche, Penguin oui. Et la fusion des deux sociétés a conduit la nouvelle entité à se soumettre aux conditions du Department of Justice américain. 

 

Comme tous les autres groupes éditoriaux ont connu des négociations serrées avec Amazon, pas de raison que PRH UK y échappe. Et la renégociation provient de ce que la Commission européenne a mis son nez dans ses affaires, suite à une enquête diligentée et menée par la Concurrence. Les maisons avaient mis en place un contrat d'agence, et le détaillant Amazon n'avait pas vraiment apprécié. 

 

Tout retard dans la signature de l'accord aurait des conséquences fâcheuses pour les deux groupes. Et en l'absence de tout commentaire officiel, la presse est donc stressée. Il est vrai que PRH, résultat d'une fusion considérable, dispose de 15.000 nouveautés publiées annuellement, à travers 250 filiales. L'attention est donc rivée, surtout quand on constate l'effet que les sanctions prises par Amazon, dans son opposition à Hachette Book Group, a pu avoir sur les ventes d'ebooks. Le mois de novembre avait été sévèrement impacté, même si les méthodes punitives du cybermarchand n'étaient que partiellement mises en cause. 

 

Au Royaume-Uni, PRH dispose de 23 % de parts de marché selon les données de Nielsen BookScan. Autrement dit, les cartes seraient plutôt dans la main de l'éditeur. 

 

Seraient, le conditionnel est toujours important.