Perez-Reverte crache sur l'Espagne d'aujourd'hui comme sur celle d'hier

Clément Solym - 27.02.2010

Edition - Société - Perez - Reverte - interview


Arturo Perez-Reverte ne sait pas vraiment garder sa langue dans sa poche. En témoigne le dernier interview de l’auteur espagnol par le quotidien El Mundo. Si, désormais Perez-Reverte est mondialement connu pour sa saga racontant les aventures historico-policière du capitaine Diego Alariste, il fut au préalable journaliste de terrain, arpentant les conflits armés à travers toute la planète.

Mais, avec le succès de sa saga, M. Perez-Reverte se prend même pour un grand philosophe et historien du temps présent comme des obscures périodes passées. C’est ainsi qu’il affirme, sans ambages, que l’Espagne aurait bien eu besoin de la guillotine à la fin du XVIII° siècle pour en finir une bonne fois avec la vieille aristocratie et le pouvoir ecclésiastique.

La France aurait finalement eu une forme de chance de connaître cette violence pour que, bien des décennies plus tard, s’installe la démocratie sans retour possible vers un régime passéiste.

Si l’on retrouve Perez-Reverte dans les pages du quotidien El Mundo, c’est tout simplement parce qu’il sort encore un nouveau tome de la saga des Aventures du capitaine Alatriste. Dénomé El Asedio, ce nouvel opus a pour cadre la ville de Cadix à l’époque du siège des lieux par les armées napoléoniennes en 1811.

Espérons que Perez-Reverte ne lâchera plus sa plume de romancier pour espérer revenir au poste de journaliste. Toutefois, ce nouveau roman lui permet de brosser le portrait d’une ville de Cadix libérée de l’obscurantisme du reste de l’Espagne. Ce port, communiquant directement avec les colonies d’Amérique était devenu une ville moderne.

Toujours dans l’interview qu’il donne au quotidien El Mundo, Perez-Reverte se montre très sévère sur l’Espagne d’aujourd’hui. Et la loi dénommée « mémoire historique », mise en place par le gouvernement, qui vise à réhabiliter les victimes du franquisme est inutile à ses yeux. Le problème est ailleurs.

Et dans une Espagne qu’il taxe d’ « inculte », l’absence de mémoire collective empêche toute initiative pouvant permettre d’éviter le retour à l’obscurantisme. L’écrivain n’explique pas l’arrivée de Franco au pouvoir comme le fait d’un seul homme et remettre en cause simplement les têtes ne fera aucunement avancer l’Espagne. C’est le peuple dans son ensemble qui doit réfléchir à ce lourd passé.