Permis de tuer dans le marché Saint Pierre

Clément Solym - 19.11.2010

Edition - Justice - tribunal - roman - diffamation


C'est tout à la fois la littérature et la liberté d'expression qui sont désormais soulagées et poussent un soupir profond : Lalie Walker, auteure d'un polar qui prenait place dans le Marché Saint-Pierre vient d'être relaxée.

L'affaire avait quelque chose de grotesque : parce que les dirigeants estimaient que le polar pouvait nuire à la réputation de leur commerce, ils avaient attaqué l'auteure et son éditeur en diffamation, réclamant une somme démente - deux millions € - ainsi que l'interdiction du livre. Un vrai scandale, mais dans l'autre sens du terme.

Nom mais de quoi on parle ?

Au malheur des dames, aurait en effet « porté atteinte à la renommée du magasin », mais surtout les dirigeants considéraient que l'auteure agissait avec la complicité de deux anciens employés, qui avaient été licenciés. Et avaient porté plainte aux prud'hommes. Ce qui rendait le roman, définitivement louche, c'est bien sûr, mon cher Watson.


Le marché Saint Pierre

En l'occurrence, le tribunal correctionnel de Paris a considéré que cette histoire ne tenait pas la route. « Mon but était seulement de mettre dans un décor emblématique tout un tas de personnages », expliquait la romancière, qui avait assuré ne pas connaître le couple licencié.

Le tribunal, en critique littéraire

Validé, a clamé le tribunal. Selon sa décision, le fait que Lalie Walker s'inspire du Marché Saint-Pierre n'était pas du tout illégitime, tout particulièrement si l'on prenait en compte « ancienneté de son enseigne [et] l'authenticité de la tradition dont il se prévaut, a acquis une réputation dont la portée excède largement celle de sa clientèle, de son quartier et même de Paris ».

Joël Boyer, président de la 17e chambre qui a rendu ce verdict a ajouté que le roman « n'avait ni pour objet, ni pour effet, aux yeux d'un lecteur de bonne foi, d'entacher directement ou indirectement la réputation de la société Village d'Orsel ». En revanche, les plaignants ont été condamnés à 3000 € au titre de procédure abusive, mais également 5000 € au couple licencié.

Les communistes en renfort

Dans un communiqué, Ian Brossat, président du groupe PCF/PG, a témoigné toute sa satisfaction de voir une telle issue au procès. « Les prétentions incroyables des dirigeants du marché Saint-Pierre sont justement dénoncées : c'est une excellente nouvelle pour les artistes et la culture », explique-t-il.

Et d'ajouter : « Empêcher un artiste de s'inspirer du monde qui nous entoure est un crime contre la culture. A mon initiative, en mars 2010, le Conseil de Paris avait apporté son soutien à l'auteur et à l'éditeur. L'enjeu était de taille puisqu'il s'agissait de la liberté d'écrire et de créer. »

Selon lui, « le risque d'une privatisation de l'imaginaire tout à fait inacceptable » était en jeu dans ce procès.



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