Pérou : la grâce du président Fujimori déclenche la fureur populaire

Victor De Sepausy - 01.01.2018

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Toujours hospitalisé, le président péruvien Alberto Fujimori a pu passer son réveillon en toute liberté, a assuré son médecin. Âgé de 79 ans, l’ancien chef d’État avait été transféré en urgence depuis la prison où il était détenu depuis 10 ans. Mais la grâce présidentielle qui lui a été récemment accordée est très loin d’enchanter le reste de la population.

 


 

 

Dirigeant du pays entre 1990 et 2000, Alberto Fujimori purgeait une peine de prison de 25 ans, dans un des centres de détention de Lima, reconnu coupable de crimes contre l’humanité. Il a également été jugé pour la mort de 25 personnes dans le cadre de deux opérations antiterroristes menées en 1991 et 1992.

 

Mais l’actuel président péruvien, Pedro Pablo Kuczynski, a décidé d’accorder une grâce à son prédécesseur, le 24 décembre dernier, alors qu’il était déjà hospitalisé. Des milliers de Péruviens sont alors descendus dans les rues pour protester contre cette décision du gouvernement, et une nouvelle manifestation est prévue le 11 janvier.

 

Ils seraient pourtant 56 % des habitants du pays à approuver la grâce présidentielle reçue par Fujimori, contre 40 % qui la rejettent. Les autres préférant ne pas se prononcer. 

 

Cette vindicte populaire, qui a également porté de nombreuses critiques contre l’actuel président, est avant tout motivée par le sentiment d’injustice. Or, cela intervient peu après que le président PPK a été mis en accusation pour une affaire de pots-de-vin, reçus d’une société brésilienne, Odebrechet. Et face à une majorité fujimoriste au Congrès, PPK a dû se montrer convaincant. 

 

“Lire est le moyen de devenir de meilleurs citoyens”,
rappelle Vargas Llosa


Cette grâce aurait-elle tout de la compromission politique ? En tout cas, les manifestants — plusieurs dizaines de milliers — ne manquaient pas de slogans pour dénoncer la décision du président. Et nombre d’entre eux considèrent désormais la légitimité du chef d’État comme gravement mise à mal. 

 


 

Alberto Fujimori, ancien dictateur corrompu, tous les Péruviens en gardent un souvenir fort. Et à ce titre, un groupe d’écrivains du pays s’est fendu d’un courrier pour condamner la décision des autorités de gracier Fujimori. Le prix Nobel de littérature, Mario Vargas Llosa, compte parmi les signataires. Ce dernier avait été battu par Fujimori à l’élection présidentielle de 1990, plongeant par la suite le pays dans une période de tension et de violence. 

 

Ils sont 230 à avoir porté leur nom contre la grâce présidentielle, rappelant que « Fujimori a été reconnu coupable de violation des droits de l’homme et de corruption, il fut responsable d’un putsch ainsi que du démantèlement de nos institutions. Ce pardon montre le peu de cas qui est fait de la dignité et de l’égalité devant la loi, et du droit de mémoire », expliquent-ils.

 

Parmi les auteurs, on retrouve Alfredo Bryce Echenique, Fernando Iwasaki, Alonso Cueto ou encore Alfredo Pita. Ils ajoutent : « Il n’échappe à personne que cette mesure en faveur de l’ancien président n’est en rien un acte de compassion, mais un calcul politique des plus grossiers et des plus cyniques. » Simplement, un accord « perfide entre des forces politiques intéressées par le contrôle de cas de corruption les mettant en cause, et permettant de perpétuer l’injustice et l’impunité ».

 

Après l’audition au Sénat de PPK il fut voté d’une courte tête l’abandon des poursuites contre le président, rapporte l'agence Reuters. 
 

Mario Vargas Llosa :
corruption et développement économique au Pérou

 

La situation n’est pas prête de se résoudre dans le calme : quelque heures à peine après que le président PPK a prononcé sa décision une première vague de démission de son gouvernement, est intervenue. Et notamment celle de Roger Rodriguez, ancien directeur général des droits de l’homme, premier à présenter sa lettre de départ.

 

Plusieurs hauts fonctionnaires, ainsi que l’ancien acteur, devenu ministre de la Culture, Salvadaor del Solar, a également quitté le gouvernement.