Petit éloge de la première fois : ces instruments de gloire mobile

Clément Solym - 06.02.2012

Edition - Les maisons - éloge - premières fois - draisienne


La première fois peut être ridicule. Je pense en particulier à la draisienne, ce vélo en bois, sans pédales, ni chaîne. Deux roues, un semblant de guidon, et un cadre. On fait avancer la bête par de furieux et par là désordonnés mouvements des pieds. Le vélo, mais à son stade expérimental.

 

Dire que cet engin a été inventé en 1817 par un Allemand, noble qui plus est, le baron von Drais. L'usage en est limité, de construction, au terrain plat, genre Jardin des Tuileries.

 

Dans le même ordre d'idée, voyez ces affolantes machines conçues avec la volonté d'être le premier à voler dans les airs, tuant net ceux-là qui se sont faits une joie d'une première fois réussie. Leur gloire sera posthume – et obscure.


 

Nous nous sommes égarés. Corps et âme. Surtout le corps, d'ailleurs, si j'en crois l'édifiant résultat qu'on obtient en tapant « première fois » sur Internet, où virevoltent en tête d'innombrables conseils, tous avisés, destinés à préparer l'impétrant à de bonnes, harmonieuses et épanouissantes premières relations sexuelles. Indispensable viatique pour aborder sereinement l'existence.


Ça tient au mieux du cours d'anatomie comparée, au pire du stage de découpe CAP boucherie-charcuterie, option volaille, persillé de première année de psychologie adolescente appliquée aux conversations de comptoir.

 

La tendance, ici comme ailleurs, est au consumérisme mâtiné de communautarisme : des conseils pour réussir une première fois citoyenne, ou catho, ou casher, ou halal. Zwingliens, royalistes et autres taoïstes semblent, sur ce coup-là tout du moins, à la traîne. N'ayez crainte, ça viendra. Balzac dans sa Physiologie du mariage notait déjà que « Le sort d'un ménage dépend de la première nuit. »

 

 

Petit éloge de la première fois, Vincent Wackenheim, Folio 2 €

© Folio

 

Pour la première fois, à bicyclette... en draisienne