Rentrée littéraire : La fashion week des libraires

Pétition de libraires : Durcir les règles contre l'optimisation fiscale

Clément Solym - 02.07.2013

Edition - Librairies - librairie indépendante - fiscalité - sociétés


L'actualité est indéniablement aux libraires actuellement, et ce, un peu partout dans le monde. Ici, ce sont des Britanniques, qui donnent un étrange écho aux récents propos de la ministre de la Culture française. Soucieuse de faire en sorte qu'Amazon paye ses impôts en France, elle trouve, avec Frances et Keith Smith, les deux libraires anglais, une caisse de résonnance.

 

 

Amazon UK

Sean MacEntee, CC BY 2.0

 

 

En avril dernier, tous deux ont lancé une pétition, qui à ce jour compte près de 170.000 signatures, rapportant leurs craintes quant à l'avenir des librairies indépendantes. Le couple dispose de deux établissements, à Kenilworth et Warwick, et ce sont tous les parlementaires anglais qu'ils interpellent. Et à qui ils réclament une équité plus juste entre les acteurs du livre. « C'est l'avenir de la librairie physique qui nous inquiète. Ce n'est pas juste à propos des librairies et d'Amazon. Je veux que le HRMC soit renforcé, pour que ces sociétés prouvent qu'elles n'ont pas à payer d'impôt. »

 

« Nous payons nos impôts, alors qu'Amazon en fasse de même », clament-ils. 

 

HRMC, cela désigne Her Majesty's Revenue and Customs, organisme chargé de la collecte des taxes, et notamment de la TVA. Et comme Amazon n'a plus vraiment bonne presse actuellement au Royaume-Uni, la pétition a évidemment reçu un accueil particulièrement chaleureux. Pour l'année 2012, la société a réalisé un chiffre d'affaires de 320 millions £, avec un montant d'imposition de 2,4 millions £. La disproportion est grande. 

 

Mais en se penchant un peu mieux sur les ventes, le chiffre d'affaires prenant en compte les facturations réalisées depuis le Luxembourg s'élèverait plutôt à 4,2 milliards £. 

 

Bien entendu, à cela, la firme américaine répond toujours qu'elle paye ce qu'elle doit payer, et qu'elle assure un service excellent aux consommateurs des 27 - pardon, 28 - pays de l'Union européenne. Mais n'explique pas qu'elle a arrangé sa fiscalité, en basant son siège social au Luxembourg, pour ne payer que le strict minimum. 

 

Or, se déroule actuellement une semaine des librairies indépendantes, jusqu'au 6 juillet. Et pour l'occasion, une étude a montré que 60 % des acheteurs sont sensibles aux questions de fiscalité, et moins enclins, depuis qu'ils en sont informés, à acheter des livres en ligne. 

 

C'est que la responsabilité est autant politique que citoyenne : acheter en ligne implique de savoir ce que l'on fait, soulignent les libraires. Chris White, le député de Warwick ne peut cependant que les entendre. « Les sociétés ont une responsabilité morale et un rôle entier à jouer dans notre société. » Dénonçant les jeux fiscaux qui épargnent la trésorerie des entreprises, il enjoint les autorités fiscales à mieux surveiller l'activité des marchands en ligne, pour frapper plus durement les multinationales qui sont en cause.