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Pétition : et si l'Académie française supprimait le “nègre littéraire” ?

Victor De Sepausy - 21.02.2017

Edition - Les maisons - Académie française pétition - nègre littéraire pétition - écrivain fantôme prête-plume


Quand un auteur maladroit, mais auréolé de gloire, fait irruption dans une maison d’édition, la solution est simple : recourir au nègre littéraire. Ce dernier prendra la plume, pour assurer une rédaction digne de ce nom – et offrir au public les mémoires, l’autobiographie ou le roman qui soulèvera les foules. Mais quelle vilaine expression que celle du nègre littéraire !

 

Ghost Writer

Cameron Evas, CC BY 2.0

 

 

Entérinée dans le langage courant depuis le pamphlet sordide d’un certain Eugène de Mirecourt, journaliste, aka Charles Jacquot de son vrai nom, contre Alexandre Dumas, l’expression est restée. Son brûlot n’avait d’autre ambition que de détruire Dumas, en le présentant comme un esclavagiste faisant travailler des auteurs à sa propre gloire.

 

Il embauche des transfuges de l’intelligence, des traducteurs à gages qui se ravalent à la condition de nègres travailleurs sous le fouet d’un mulâtre.

Eugène de Mirecourt           

 

Mais l’histoire s’est perdue dans les temps, et, surtout, Jacquot n’employait pas à proprement parler l’expression de nègre littéraire. On la retrouve pourtant abondamment dans la presse.

 

Initiée par la fondatrice du site Enviedecrire.com, agence de conseil littéraire, une pétition vient de voir le jour – avec, déjà, 185 signatures. Elle revient sur l’idée que cette expression, des plus maladroite et injurieuse, mériterait bien d’être renvoyée aux poubelles de l’histoire – littéraire ou non.

 

Et d’écrire à l’Académie française, pour proposer le terme de prête plume ou encore d’écrivain fantôme, traduction de l’expression anglo-saxonne, ghost writer. On pourrait même évoquer la « plume », désignant dans l’appareil politique les personnes chargées d’écrire les discours, voire même « écrivain à gage », de ceux qui dégainent plus vite que leur ombre.

 

Ainsi, il est proposé au secrétaire perpétuel de l’Académie, Hélène Carrère d’Encausse, de supprimer du dictionnaire ce « nègre littéraire », au profit d’une expression plus sensible. Et moins ordurieuse.

 

 

 

Depuis 1932, le Dictionnaire de l’Académie française a enregistré cette acception : « Il se dit, en langage d’atelier, d’un auxiliaire qu’on emploie pour préparer un travail, pour en exécuter la partie en quelque sorte mécanique. »

 

Nègres littéraires, écrivains fantômes : ces auteurs qui écrivent pour les autres 

 

Or, ce n’est pas la première tentative d’éradiquer l’expression. L’an passé, Ginette Duphily, publiait Mon ami Pierrot (Linguatech éditeur, 2016), et assurait : « Je commence aussi à comprendre que, sur des airs de collaboration, je supplée aux lacunes des auteurs officiels, ce qui revient à dire que je fais “un travail de nègre”. Il semble que l’expression “prête-plume”, plus convenable, pourrait remplacer celle de “nègre littéraire”, mais elle n’apporte pas plus de droits d’auteur et de reconnaissance. »

 

En 2011, un éditeur travaillant au Cherche Midi, Arash Derambarsh, également élu LR de Courbevoie, proposait aussi de supprimer l’expression : « Je m’étonne, depuis mes débuts dans l’édition française en 1999, que beaucoup d’éditeurs reprennent ce terme avec, parfois, de l’humour, parfois de l’ironie. Cette banalisation des mots fait sens et fait écho. Ce mot blesse, car il pointe du doigt le travail ingrat de celui qui restera toujours dans l’ombre alors même qu’il a contribué à la totalité du travail. Ceci est injuste, pas valorisant. »

 

Espérons que cette fois sera la bonne.