Petits tirages, réimpressions rapides : les éditeurs français en quête de rentabilité

Clément Solym - 22.09.2016

Edition - Economie - marché communication graphique - rapport IDEP livres - production industrie édition


Au cours de l’année 2015, la production globale d’imprimés en France a chuté de 4 %, tendance suivie sur l’année 2016. L’IDEP présente son rapport annuel, où plusieurs éléments liés au livre se dégagent. 

 

impression livre production France

FDCT Sevilla, CC BY 2.0

 

 

« Si, malgré la bonne tenue des ventes et le goût jamais démenti des Français pour la lecture, la production de livres imprimés diminue (- 1 %), c’est que l’heure est encore à la rationalisation. Les éditeurs de livres privilégient les tirages ajustés, les réassorts rapides, pour coller au plus près de leurs prévisions de vente, une tendance qui pourrait d’ailleurs favoriser l’impression de proximité », indique le rapport.

 

En effet, les éditeurs ont besoin, pour se distinguer dans les librairies – mais également sur la toile – de proposer des couvertures « séduisantes et plus complexes ». Cette dernière est d’ailleurs la première communication publicitaire dont un livre peut bénéficier. 

 

Recul de 1 % de la production de livres en France

 

Dans le monde de l’industrie, on apprend que le nombre de salariés a diminué de 5 % en regard de 2014, annus horribilis, qui avait enregistré un recul de 7,5 % en regard de 213. Or, dans son ensemble (chiffres INSEE 2014), le livre ne représente que 5,5 % du chiffre d’affaires de l’imprimer de labeur – évalué à 5,5 milliards €. Les données sont stables dans l’ensemble.

 

Pour le strict marché du livre, le recul de la production est de 1 %, alors même que les ventes de livres ont connu une hausse de 1,5 % en 2015. Les importations sont en baisse de 7,5 % et les exportations en hauts de 8 %.

 

Le volume des importations a baissé d’environ 13 000 tonnes, soit - 7,4 %, par rapport à 2014, tandis que le volume des exportations a augmenté d’environ 4 000 tonnes, soit + 8,2 %. Cette dynamique, baisse des importations et hausse des exportations, est propre au marché du livre et à l’année 2015. En effet, si les importations avaient diminué en 2011 et 2013, les exportations étaient en baisse constante depuis plusieurs années, dégradant peu à peu la balance commerciale. Notons que la part des importations dans la demande finale (67 %) demeure élevée par rapport à la moyenne des imprimés (27 %). 

 

Les principaux partenaires commerciaux restent l’Europe de l’Ouest et la Chine pour les importations. Cependant, les baisses de volume sont significatives, estime l’IDEP. A contrario, les hausses constatées en provenance de l’Europe de l’Est montrent de nouveaux partenariats.

 

Imports-exports : la Chine n'est plus l'El Dorado

 

« Retenons également que les importations en provenance de Chine, un pays spécialisé dans les livres complexes tels que les livres-jouets, continuent de diminuer : - 23 % en 2015 alors qu’elles accusaient déjà une baisse de 13 % en 2014. Cette baisse s’explique principalement par une hausse continue des coûts liés à la main d’œuvre et donc, des prix à la fabrication. » La Chine serait donc moins rentable que par le passé.

 

Côté exportations, Belgique, Suisse et Canada sont les plus importantes destinations, bien que l’on assiste à une forte croissance en Allemagne ainsi qu’au Royaume-Uni. « À noter que la part des trois principales origines de nos importations que sont l’Italie, l’Espagne et le Royaume-Uni est moins importante que pour les autres marchés : 57 % en 2015. Pour ce qui est des exportations, la part des trois principaux pays destinataires dépasse à peine la moitié du volume total. »

 

 

 

Globalement, le nombre de titres édités continue de progresser, avec + 9 %, alors que le nombre d’exemplaires produits baisse de 3 %, deux tendances connues. Toutefois, « l’écart entre le nombre de tirages d’exemplaires produits et le nombre d’exemplaires vendus se resserre. Il est passé de 131 000 ouvrages en 2014 à 99 000 en 2015 ».

 

Reste que le marché du livre repose de plus en plus sur les best-sellers, note l’IDEP, mais que les années 2016 et 2017 devraient apporter des renouveaux, notamment du fait des renouvellements de programmes et de manuels scolaires qui les accompagneront. 

 

Le livre numérique, trop cher

 

Côté livre numérique, les 79 millions de CA, soit 2,9 % du CA global, représentent une hausse de 24 %, certes, mais reste que le format ne prend pas. « La faible pénétration du livre numérique en France s’explique sans doute par un facteur culturel, par un équipement moindre, mais également par son prix », analyse l’IDEP. « Les éditeurs sont globalement moins optimistes quant à l’évolution du marché : la majorité d’entre eux estime que la part du livre numérique représentera moins de 15 % du chiffre d’affaires d’ici à 2020, contrairement aux prévisions 2014. »

 

 

 

Gains de productivité et d'efficacité

 

Du côté des perspectives économiques, les éditeurs poursuivent leurs recherches d’économie, principalement à travers les outils de fabrications. Les ventes sont calculées au plus précis, pour affiner les impressions, et les premiers tirages sont plus courts, de sorte que l’on privilégie les réimpressions. 

 

« Au-delà de sa fonction de protection et d’information, elle devient un élément marketing. Pour se démarquer, les éditeurs songent à des couvertures de plus en plus sophistiquées (reliure bodonienne, gaufrage, effet métal,...) », note l’enquête.

 

Dans le même temps, les imprimeurs en mesure d’assurer ces deux conditions, petits tirages et réimpressions rapides, seront largement privilégiés. Le commerce de proximité pourrait ainsi gagner en regard de la concurrence chinoise, pour assurer des délais de livraisons rapides. 

 

Impression à la demande : touche à mon PoD !

 

En revanche, l’impression à la demande a le vent en poupe. Plusieurs initiatives sont pointées comme significatives. Notamment, « la création d’un site d’impression à la demande par la société EPAC en partenariat avec la société de distribution Interforum, filiale d’Editis, 6 ans après la joint venture entre Hachette et l’entreprise américaine de POD3 Lightning Source ». 

 

Ces projets, conçus pour la longue traîne et faire face aux ruptures de stocke méritent une attention toute particulière, indique l’IDEP.