Peur de mourir ? Vous n'êtes pas seul – ou peut-être que si...

Nicolas Gary - 18.09.2019

Edition - Société - peur mort - obsession mort existence - thanatophobie existence


Edgar Allan Poe, Knut Hamsun ou encore Pascal souffraient-ils d’un syndrome d’isolement existentiel ? Si la mort est une thématique ancestrale dans la littérature, des chercheurs ont creusé cette relation à la thanatophobie — en ce qu’elle peut rendre la vie insupportable. Paradoxe délicieux. 


 

Il semblerait que le public contemporain soit plus absorbé par l’idée de mourir qu’auparavant, se sont inquiétés les chercheurs. Pourtant, Le livre des morts égyptien est un best-seller depuis 3500 ans. Quid alors ? 
 

L'isolement existentiel, ou je suis tout seul ?


Le premier constat posé est celui des réseaux sociaux : tout à la fois proche et éloigné, entouré, mais isolé devant son écran. Les conséquences sur la santé mentale seront encore à explorer, mais la plus immédiatement constatée serait l’obsession de la mort. 

L’équipe de scientifiques de l’Université d’Arizona n’y voit pas un attrait particulier pour la mode gothique, mais plutôt une déformation du prisme par lequel nous observons le réel. Provoquant un « isolement existentiel », ces réseaux ont-ils provoqué une plus grande sensibilité à la mort ?

Par isolement existentiel, on désigne une personne dont la vision du monde ne serait pas partagée par d’autres — de leur point de vue. En somme, les réflexions et pensées ne reçoivent pas une validation sociale suffisante pour les aider à se sentir appartenir à un collectif plus vaste. Dans ce cas précis, la thanatophobie deviendrait galopante.

Un auteur comme Hervé Guibert démonterait facilement l'hypothèse : à 22 ans, il publie La mort propagande. Alors atteint du Sida, il évoque dans des lignes terribles la mort à venir, tout en la revendiquant comme une part désormais intégrée à sa vie. « La mort, on la bâillonne, on la censure, on tente de la noyer dans le désinfectant, de l’étouffer dans la glace. Moi je veux lui laisser sa voix puissante et qu’elle chante, diva à travers mon corps », écrit-il.

Mais en 1977, les réseaux sociaux sont encore loin d’avoir poussé leurs premiers gazouillis. 
 

Quantifier la peur de la mort ?


Pour les chercheurs américains, il fallait des preuves. Lors de deux expériences distinctes, a été demandé aux participants de répondre à des questionnaires : ces derniers devaient déterminer s’ils souffraient d’un isolement existentiel, et quelle part occupaient dans leur vie les pensées mortuaires. 



 
La première difficulté était alors de différencier une réflexion sur la mort d’une obsession morbide — comprendre : une terreur qui survient même dans les circonstances les plus ordinaires. Pour ce faire, les répondants devaient fournir des informations les concernant, exposant leur vision du monde et les liens qu’ils entretiennent avec le monde. 

Enfin, l’un des points à définir portait sur le sentiment d’appartenance à leur culture — américaine en l’état — et à quel point il leur importait. 

La seconde étape consistait en une résolution d’énigmes avec des mots incomplets — M • O • _ • _, par exemple, qui peut donner MORT ou MORS (ou MOTS, ou MOUX, etc.) Un processus assez clair, mais dont les résultats ne furent pas si probants. De fait, l’influence extérieure exerce sur les esprits des forces qui font varier le taux d’anxiété — décès d’un proche, etc.

De même, et avant que l’on n’aboutisse à l’idée pascalienne en diable que le divertissement des réseaux nous fait oublier, temporairement, que nous sommes mortels, une question demeure : comment quantifier le taux d’angoisses liées à la mort, pour en déduire une valeur qui servirait de norme ? 

Les recherches de Peter Helm et de son équipe n’ont certainement qu’à peine effleuré la question et les mystères liés à la crainte de la mort. Quant à savoir si l’on a plus peur de mourir aujourd’hui qu’hier…



via The Next Web


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